Un Salon qui fait vibrer Brazzaville
Le futur village de l’artisanat, installé face au stade Président Alphonse Massamba-Débat, a pris des airs de grande foire du savoir-faire entre le 11 et le 27 août 2025. Sous les toiles colorées, l’odeur du bois ciré rivalisait avec les rythmes des groupes traditionnels.
Pour sa quatrième édition, le Salon des métiers du bois a attiré près d’une centaine d’artisans venus de la République du Congo, du Cameroun, du Gabon ou encore de Côte d’Ivoire. La fréquentation a bondi, signe d’un intérêt croissant pour les créations panafricaines en bois et raphia.
La ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Jacquéline Lydia Mikolo, a salué un cru « exceptionnel » lors de la cérémonie de clôture. Devant les agences onusiennes présentes, elle a rappelé l’ambition gouvernementale : « faire du Made in Congo un réflexe d’achat, ici et à l’international ».
Une filière bois en quête de valeur ajoutée
Le chiffre d’affaires cumulé des exposants, initialement estimé à 15 millions de FCFA, a franchi le cap des 55,8 millions. Au-delà de la performance, la ministre y voit « le symbole d’une filière dynamique, prête à transformer le patrimoine forestier en richesses locales ».
Le Congo possède 22 millions d’hectares de forêts productives. Pourtant, la plupart des grumes partent encore brutes vers l’Asie ou l’Europe. La tenue d’un salon consacré aux produits finis rappelle qu’une marge de progression existe dans la transformation sur place.
Les visiteurs ont découvert des jouets éducatifs en padouk, des luminaires sculptés dans le sapelli et des canapés en okoumé lamellé-collé. Chaque stand racontait une histoire d’adaptation aux nouveaux goûts urbains sans renier l’esthétique bantoue.
Likouala Timber, de la forêt à l’atelier
Parmi les exposants vedettes, Likouala Timber a occupé une place stratégique, juste à l’entrée principale. Historiquement connue pour son activité d’exploitation forestière, la société a présenté une gamme complète de meubles et de panneaux massifs prêts à l’usinage.
Patrick M’pouassa-Touré, responsable commercial, détaillait aux menuisiers la résistance du wengué local ou la veine dorée du moabi. « Nous avons les essences et les machines pour fournir des formats standardisés, sans recours aux panneaux agglomérés importés », expliquait-il, pièces de démonstration à l’appui.
Selon lui, l’entreprise livre déjà les tables-bancs de plusieurs écoles publiques. « Nous voulons désormais équiper les bureaux des administrations et même les ambassades, pour que l’État reste cohérent avec le discours de la création d’emplois locaux », ajoute-t-il.
Le plaidoyer pour le Made in Congo
Le message de Likouala Timber est clair : chaque armoire achetée à l’étranger représente une fuite de devises et d’emplois. Le responsable rappelle que la commande publique en mobilier atteint plusieurs milliards de FCFA par an, un volume capable de structurer tout un réseau d’ateliers nationaux.
« Si nous transformons 30 % du bois ici, nous créerons des dizaines de milliers de postes, de la scierie au designer », estime-t-il. La proposition a séduit plusieurs élus locaux venus échanger sur des programmes d’aménagement des mairies et des écoles.
La ministre Jacquéline Lydia Mikolo a, de son côté, encouragé les artisans à formaliser leurs activités pour accéder aux financements dédiés. Elle a rappelé l’existence du fonds de garantie géré par son ministère, outil visant à professionnaliser les circuits de production.
Vers un écosystème artisanal durable
Au-delà des stands, des ateliers participatifs ont réuni designers, écologues et bailleurs. Ils ont travaillé sur des labels de traçabilité destinés à garantir que le bois provient de concessions gérées durablement, un critère de plus en plus exigé sur les marchés extérieurs.
Les jeunes créateurs ont profité des démonstrations pour expérimenter des finitions naturelles à base de résines locales. « Notre génération veut marier tradition et écologie », confie Anicet Bongou, diplômé de l’École des beaux-arts de Pointe-Noire, auteur d’une chaise en raphia tressé et moabi.
La forte affluence du public urbain confirme aussi une évolution des goûts. À Brazzaville, l’idée que le mobilier de qualité vient forcément d’Europe s’effrite. Les influenceurs déco sur les réseaux sociaux ont partagé en direct leurs coups de cœur, amplifiant la portée du salon.
Avant de quitter l’esplanade, la délégation onusienne a souligné la « cohérence entre préservation du bassin du Congo et valorisation locale ». Le rendez-vous est déjà pris pour 2027, avec l’espoir que d’ici là, le mobilier congolais aura gagné de nouveaux marchés.
En coulisses, Likouala Timber poursuit ses investissements : modernisation de la chaîne de séchage, certification FSC en cours et partenariat avec une école technique pour former des opérateurs. Autant de signaux montrant qu’entre la forêt et le salon, une véritable industrie créative est en train d’éclore.

