Une sortie littéraire très attendue à Brazzaville
Le hall lumineux de l’ESGAE, à Brazzaville, bruissait de questions ce 26 décembre 2026. Devant la presse, le Professeur Roger Armand Makany élevait un mince volume aux couvertures bleu nuit. Son nouvel essai, Le Management par les détails, amorçait officiellement sa vie publique.
Un salon d’échanges improvisé a suivi la présentation, permettant au public de feuilleter l’ouvrage fraîchement sorti des presses d’Hémar, publié en 2025. Les premières réactions saluaient un texte dense, de 148 pages, qui promet de bouleverser les habitudes d’analyse dans l’administration comme dans l’entreprise.
Roger Armand Makany, un parcours académique prolifique
Né à Pointe-Noire et titulaire de la chaire de management à l’Université Marien-Ngouabi, Makany n’en est pas à son coup d’essai. Ses articles et manuels antérieurs lui valent de siéger au CAMES et d’être décoré Grand officier de l’Ordre du Mérite congolais.
À la tête de l’ESGAE, il promeut depuis deux décennies une pédagogie alliant observation de terrain et exigence scientifique. « Un bon diagnostic commence toujours par un détail qui cloche », glisse-t-il, rappelant qu’il fut d’abord auditeur qualité avant de devenir chercheur confirmé sur plusieurs projets internationaux.
Le détail, clé de voûte d’un nouveau paradigme
L’essai part d’un constat simple : les indicateurs globaux rassurent mais ne réparent rien. Du taux de réussite scolaire au rendement d’une usine, l’auteur montre que les moyennes masquent les écarts, retardent les corrections et nourrissent parfois un optimisme désincarné chez les gestionnaires pressés de résultats.
S’attaquer aux détails, écrit-il, change le regard. Une ampoule grillée dans un couloir d’hôpital, un formulaire incomplet au guichet, une saisie comptable erronée : autant d’alertes qui, traitées vite, évitent la panne générale et reconstruisent la confiance usagers-institutions, surtout dans des contextes où les ressources sont comptées.
Le Management par les détails érige donc l’acuité d’observation en compétence cardinale. Makany oppose la vitesse de décision, souvent valorisée, à la lenteur attentive qui décèle l’anomalie naissante. Il parle d’« hygiène du regard », à cultiver à tous les échelons hiérarchiques, des services jusqu’au sommet exécutif.
Six chapitres pour décortiquer la performance
L’ouvrage se déploie en six chapitres serrés, chacun disséquant un aspect du détail : nature, fonction, mesure, perception, outils et gouvernance. Le style, direct et émaillé d’anecdotes, traduit une volonté pédagogique d’embarquer simultanément praticiens aguerris et étudiants en quête de repères auprès des organisations africaines modernes.
La démarche originale réside dans l’usage des cinq sens comme grilles d’audit. Voir la propreté d’un atelier, écouter la tonalité d’une réunion, sentir l’odeur d’un stock, goûter la cantine, toucher la texture d’un document : autant d’exercices quotidiens proposés aux équipes de tout niveau hiérarchique.
Pour capter ces micro-signaux, Makany passe en revue des instruments physiques – du simple thermomètre aux plateformes numériques – et des dispositifs organisationnels tels que la veille stratégique ou l’audit interne. Il insiste sur la nécessité d’associer les usagers afin d’éviter l’aveuglement institutionnel et renforcer l’apprentissage collectif.
Une pensée résolument africaine et pragmatique
Ancré en Afrique, le livre scrute les obstacles spécifiques à l’émergence. L’auteur rappelle que les indices internationaux reposent sur l’addition d’innombrables détails mesurés : minutes d’attente pour un raccordement électrique, kilomètres de routes bitumées, ou encore proportion de dossiers traités dans les délais administratifs et juridiques.
Selon lui, les États qui progressent ne brandissent pas de slogans, ils règlent des problèmes concrets. Il cite l’exemple de la couverture vaccinale au Rwanda ou du guichet unique douanier au Maroc pour démontrer l’efficacité d’une stratégie patiente, portée par le souci granulaire permanent.
Quel écho pour les managers congolais ?
Au Congo-Brazzaville, l’ouvrage arrive à point nommé. Les réformes en cours dans la santé, l’eau potable et la numérisation de l’administration gagnent à être suivies au microscope, explique la consultante Clarisse Tchibota, invitée au lancement. « Le détail objectivé rassure partenaires et investisseurs », souligne-t-elle avec conviction sereine.
Du côté académique, le professeur André Patient Bokiba, auteur de la préface, y voit un complément aux approches macrosocio-économiques dominantes. Il affirme que cette sensibilité micro « offre une métrique de progrès plus palpable pour les citoyens », notamment dans les collectivités locales congolaises naissantes.
Vers une culture de l’excellence quotidienne
Les premiers tirages s’écoulent rapidement dans les librairies de Brazzaville et Pointe-Noire. Des clubs de lecture universitaires annoncent déjà des ateliers pour mettre la méthode en pratique, alors que plusieurs entreprises parapubliques envisagent d’inclure l’ouvrage dans leurs programmes internes de formation continue dès janvier prochain.
Interrogé sur ses projets, Makany évoque la création d’un observatoire du détail organisationnel en partenariat avec l’AUF. Sa mission serait de collecter, documenter et diffuser les bonnes pratiques repérées dans les ministères, PME et collectivités, afin d’alimenter un tableau de bord national évolutif et public.
En refermant le livre, on comprend que le message dépasse la simple technicité. Il s’agit d’un plaidoyer pour une posture éthique fondée sur la responsabilité individuelle, la curiosité et la rigueur. Dans une époque souvent pressée, Makany rappelle que le progrès durable s’écrit lettre après lettre, détail après détail.

