Une disparition qui secoue les médias congolais
Le silence s’est fait jeudi 18 septembre 2025 autour du cercueil d’Anicet Rodrigue Mongala, surnommé « Trépied ». Dans la chaleur de Kintélé, collègues, amis et parents ont accompagné l’opérateur de prise de vue vers sa dernière demeure du cimetière Ciel et Vie.
La chaîne DRTV International, où il officiait depuis ses débuts, avait dépêché une forte délégation conduite par Sylvain Balinga, représentant la direction, pour saluer celui dont l’objectif a longtemps raconté le quotidien du Congo.
Dans la foule, la directrice générale de la Maison russe, Maria Fakrut Dinova, ainsi que des envoyés de la Présidence de la République, rappelaient la place singulière qu’occupait Mongala dans l’écosystème médiatique national.
Le parcours d’un pionnier de l’image
Né en 1972, formé sur le terrain auprès des vétérans de Télé Congo, Anicet Mongala rejoint DRTV à la fin des années 1990. À une époque où la vidéo naissante bouleversait les plateaux, il s’impose par son calme et une maîtrise instinctive de la lumière.
Ses pairs le surnomment vite « Trépied » car il ne semble jamais trembler, même lors des directes les plus mouvementées. En reportage, on le voit préférer un plan stable à toute précipitation, persuadé que l’élégance d’une image tient d’abord à sa lisibilité.
Avec Ladoré Foutika, autre pionnier de la chaîne, il constitue un binôme redoutable. Leur complicité technique permet à DRTV de couvrir concerts, festivals et grands rendez-vous politiques sans craindre la panne d’inspiration. « La caméra n’était qu’une extension de sa main », confiera plus tard un technicien.
Un regard au service de la Présidence
La confiance qu’il inspire pousse rapidement les protocoles à l’intégrer dans le pool vidéo affecté à la Présidence. Pendant plus de dix ans, il suit les déplacements de Denis Sassou Nguesso, du palais du Peuple à New York, guettant le moment où le chef de l’État s’adresse au pays.
Le récit préféré des confrères remonte à un voyage présidentiel à Owando. Chargé d’être fixe devant la voiture officielle, Mongala filme trois kilomètres en marche arrière, tenant le cadre malgré les nids-de-poule. « Il n’a jamais vacillé », souligne aujourd’hui un conseiller de la présidence.
Cette proximité avec les hautes institutions ne l’a jamais éloigné des réalités du terrain. Dès qu’il quittait le protocole, il rejoignait les marchés de Poto-Poto ou le bord du fleuve pour tourner des sujets société, convaincu que l’image officielle gagne à se nourrir du quotidien.
Hommages unanimes de la profession
Lors de la veillée au complexe Blaise Adoua, la profession s’est levée d’une seule voix. Le rédacteur en chef adjoint de DRTV, Giscard Mahoungou, a rappelé leurs quinze années de tandem sans la moindre note discordante, évoquant un « bon ouvrier » et « une expérience qui s’en va ».
Sur les réseaux, les jeunes opérateurs postent des images captées par lui, racontant comment son humilité les a inspirés. « Il saluait toujours d’abord le stagiaire avant le rédacteur en chef », écrit l’un d’eux, rappelant qu’une caméra se partage mieux qu’elle ne s’impose.
Les délégations diplomatiques présentes ont salué la « rigueur professionnelle » d’un homme dont la discrétion facilitait la médiation culturelle. Pour Maria Fakrut Dinova, sa capacité à « traduire une ambiance en quelques images » restera un exemple pour les partenariats audiovisuels entre Brazzaville et ses alliés.
Transmission et héritage audiovisuel
Anicet Mongala disparaît à 53 ans, laissant une fille adolescente et une combinaison de travail qui semble encore l’attendre dans le car-régie de DRTV. La direction assure qu’elle fera vivre son mémoire en créant un prix annuel récompensant l’excellence technique.
Les écoles de journalisme de Brazzaville réfléchissent déjà à intégrer son parcours dans leurs modules. « Comprendre son sens du cadre, c’est comprendre la discipline », souligne un enseignant de l’Institut supérieur de l’information, estimant que la meilleure des hommages reste la transmission.
Sa disparition réactive enfin le débat sur la santé des professionnels de l’image, souvent confrontés à des charges physiques intenses. Plusieurs confrères recommandent un suivi médical régulier et la modernisation du matériel pour réduire la fatigue, appel auquel DRTV pense répondre par un programme interne.
DRTV annonce également la numérisation de milliers de rushes signés Mongala. Ce fonds, jusque-là éparpillé entre disques durs et bandes Bétacam, sera indexé avec l’appui du ministère de la Communication afin d’offrir aux chercheurs un accès inédit aux coulisses de deux décennies d’actualité.
Pour les téléspectateurs, ces archives rappelleront les grands concerts de l’Orchestre Symphonique Africain, les matches au stade Massamba-Débat et l’ouverture du pont à péage sur le fleuve. Autant d’images saisies par un cadreur dont le pas feutré laissait toujours parler le sujet.
À l’heure où les plateformes numériques bouleversent la consommation télévisuelle, son exigence pour le plan bien posé rappelle que la solidité d’un récit commence par une prise de vue respectueuse du temps et des personnes.

