Un essai de 428 pages attendu
Publié par les éditions Alliance Koongo, Lumière sur la République du Congo, la grande alchimie patriotique paraît au moment où le débat citoyen s’intensifie. Avec 428 pages denses, l’ouvrage de Ramsès Bongolo ambitionne de revisiter trois décennies de vie publique congolaise.
Dans un style à la fois accessible et érudit, l’auteur, éditeur et critique littéraire, propose un récit serré mêlant archives, témoignages et analyses philosophiques. Le livre se veut une lanterne pour les lecteurs avides de comprendre l’architecture institutionnelle façonnée depuis le retour au multipartisme.
Descente dans les coulisses de l’État
Page après page, Bongolo entraîne le lecteur derrière les tentures du pouvoir, là où se tissent alliances et rivalités. Il restitue l’atmosphère des conseils restreints, décortique les notes diplomatiques et éclaire les décisions stratégiques souvent réduites, dans la mémoire collective, à de simples slogans ou approximations médiatiques.
Cette plongée inédite ne sombre jamais dans la complaisance. L’auteur assume cependant une posture résolument patriotique: mettre en avant la stabilité institutionnelle comme socle des progrès sociaux récents, tout en signalant les fissures apparues chaque fois que l’État fut fragilisé de l’intérieur par des acteurs impatients.
Conférence nationale et virages décisifs
Le chapitre consacré à la Conférence nationale souveraine de 1991 s’avère particulièrement dense. Bongolo rappelle la ferveur populaire, mais aussi les négociations discrètes ayant précédé les assises. Selon lui, ce moment fondateur a ouvert la voie à un pluralisme qui exige toujours un apprentissage collectif.
L’écrivain souligne que les réformes adoptées alors ont posé les bases d’un dialogue institutionnel durable. Il estime que la maturation des acteurs politiques, encouragée par le leadership présidentiel, reste la meilleure garantie pour préserver la paix civile et accompagner l’essor démographique des grandes villes côtières.
1997, année charnière revisitée
Dans une section attendue, Bongolo revisite la crise de 1997 sans céder à la dramatisation. Il restitue l’enchaînement des faits, rappelle les médiations régionales et s’attarde sur le souci, partagé par Brazzaville et ses partenaires, d’éviter le scénario chaotique observé ailleurs sur le continent à.
Le livre rappelle que la consolidation institutionnelle post-crise a nécessité un effort d’alignement entre la classe politique, les forces de sécurité et la société civile. Cette phase décisive, note l’auteur, a permis de renouveler le pacte social, condition de l’actuelle dynamique de modernisation et d’inclusion durable.
Economie, émergence et perspectives 2025
En évoquant l’émergence annoncée pour 2025, Bongolo interroge la notion même d’émergence, parfois réduite à un slogan technocratique. Il privilégie une lecture gradée : infrastructures, capital humain et industrie créative forment, selon lui, le triptyque indispensable à un décollage durable et inclusif du pays.
Sur ce point, l’auteur applaudit les programmes visant à renforcer la connectivité routière entre Brazzaville, Pointe-Noire et les capitales voisines. Il souligne également la montée en puissance des jeunes pousses numériques, capables de transformer l’économie des services et de capter l’épargne de la diaspora active.
Françafrique et opposition sous la loupe
L’un des fils rouges du livre demeure la critique méthodique des réseaux françafricains. Bongolo y voit non pas une fatalité, mais un héritage que les États africains doivent dépasser par une diplomatie plus équilibrée. Il plaide pour des partenariats d’égale dignité, ancrés dans l’agenda continental commun.
L’opposition radicale n’est pas épargnée. L’essayiste décrit ce qu’il considère comme une offensive numérique où s’entremêlent storytelling anxiogène et activisme financé. Son constat reste nuancé : l’espace politique a besoin de contradictions, mais celles-ci devraient, selon lui, se nourrir de projets plutôt que d’invectives et d’idées claires.
Bongolo suggère d’ailleurs un code d’éthique pour les réseaux sociaux, afin de préserver la cohésion intercommunautaire. Il mentionne positivement les campagnes officielles de fact-checking, déployées pour neutraliser les rumeurs et remettre la vérité factuelle au centre des échanges, y compris dans la diaspora connectée.
La voix d’un panafricaniste chevronné
Auteur de plus de quarante titres, Bongolo revendique une filiation directe avec le panafricanisme culturel des années 1960. Sa plume convoque Cheikh Anta Diop, Marcus Garvey et les pharaons du Nil. Ce bagage savant confère à l’essai une perspective transnationale rarement offerte au grand public.
Critique littéraire aguerri, il multiplie les références aux lettres bantoues, aux mythes nordiques ou à la psychanalyse jungienne pour étayer ses raisonnements. Cette érudition ne ralentit jamais le rythme narratif; elle crée, au contraire, un pont inattendu entre mémoire ancestrale et enjeux politico-économiques contemporains du Congo.
Un appel vibrant au patriotisme
La dernière partie résonne comme un manifeste. « Réveillons-nous, mobilisons-nous », scande l’auteur, exhortant chaque citoyen à défendre la vérité historique face aux déformations. Il répète que l’unité nationale, portée par le Grand Patriarche, reste l’outil le plus sûr pour transformer l’avenir collectif en prospérité et paix.
Au final, Lumière sur la République du Congo n’est pas simplement un livre; c’est une invitation à relire l’histoire récente sans œillères, à dialoguer avec rigueur et à bâtir, ensemble, un horizon où l’idéal patriotique rime avec innovation, créativité et ouverture au monde pour tous.

