Un parcours éclair
À 25 ans, Aristide J. Johnson fait vibrer autant les micros que les cœurs. Né à Brazzaville en 2000, l’ancien enfant de troupe s’est bâti un palmarès éclair, propulsant le Slam congolais sur les plus prestigieuses scènes africaines et internationales.
Crowned champion de Brazzaville puis champion national en 2024, il a confirmé en 2025 à Paris lors d’une Coupe du monde où il s’est hissé jusqu’en quarts de finale, une première pour un artiste du Congo-Brazzaville dans cette compétition exigeante.
Ces étapes l’ont conduit, en juillet 2025, à Abidjan, où la Fédération ivoirienne de Slam l’a distingué du très convoité Prix des Arts de créations poétiques, après avoir passé au crible plus de 125 textes venus de tout le continent.
Le prix ivoirien, caisse de résonance régionale
Le jury a salué « la densité imagée » de sa plume et « la musicalité d’une voix qui raconte la capitale congolaise aussi bien qu’elle interroge l’âme africaine ». Pour Johnson, la récompense dépasse la performance individuelle et érige le mot congolais au rang d’étendard.
« C’est la victoire d’une génération qui veut que ses métaphores franchissent les frontières », a-t-il lancé, entouré de jeunes auteurs ivoiriens. Dans la salle, son timbre grave a rappelé que le Slam est à la fois discipline, art oratoire et espace civique.
Les réseaux sociaux congolais ont immédiatement relayé le sacre, faisant grimper ses textes dans les playlists et déclenchant un regain d’intérêt pour les scènes open mic de Brazzaville et Pointe-Noire, déjà en pleine effervescence grâce à une jeunesse avide de codes urbains.
Dans son quartier de Mfilou, les habitants se souviennent de ses premières scènes improvisées sous un lampadaire, portable en guise de sono. « Il récitait déjà avec la passion d’un griot », raconte Mireille Ngouabi, libraire. Ces souvenirs alimentent aujourd’hui la légende naissante.
Entre caserne et micro, la méthode Johnson
Hors du micro, Johnson porte l’uniforme. Lieutenant-ingénieur en logistique des transports militaires, il supervise à l’école préparatoire Leclerc les relations civilo-militaires. Ce double ancrage, dit-il, forge un sens aigu de la discipline tout en nourrissant une poésie de la responsabilité.
Ses journées alternent exercices physiques et séances d’écriture intensives. « Je mêle la rigueur apprise dans la caserne à l’écoute sensible du verbe », confie-t-il. Respirations contrôlées, diction martiale et méditation silencieuse composent un entraînement qu’il compare volontiers à celui d’un athlète.
C’est cette méthode qui l’a porté à Paris, Abidjan et bientôt Conakry. Aucune tentative congolaise n’avait, la même année, aligné Coupe du monde puis Coupe d’Afrique. Johnson se voit désormais « trait d’union entre deux continents, preuve que la scène congolaise peut tout viser ».
Ses camarades officiers voient en lui un exemple de diplomatie culturelle en uniforme, capable de tisser des ponts entre armée et société civile.
Vers Conakry, un défi continental
La Coupe d’Afrique de Slam, prévue du 1er au 6 décembre 2025 en Guinée, sera son prochain défi. « Je la prépare comme un soldat prépare une mission mais avec le cœur d’un poète », annonce-t-il, conscient des attentes suscitées par ses récents trophées.
Il a déjà rédigé plusieurs inédits où se croisent proverbes kongo, imageries urbaines et hommages aux grandes figures du verbe africain. L’un d’eux, calibré pour la finale, s’intitule « Tambours du fleuve » et revisite l’odyssée du Congo depuis les rives du Pool.
Mais l’artiste voit plus loin. Le 24 janvier 2026, l’Institut français du Congo accueillera « La messe est dite », spectacle conceptuel mêlant poésie, musique et scénographie spirituelle. Cette création servira de prélude à une tournée panafricaine baptisée « Eloquence des mots ».
Bâtir un pont panafricain du verbe
Cette tournée entend relier Dakar, Lagos, Kigali et Antananarivo autour des valeurs de paix, de fraternité et de dignité. Johnson souhaite transformer chaque escale en laboratoire poétique, invitant les slameurs locaux à partager scène et ateliers avec lui.
« Nous devons faire du continent un archipel de micro-scènes interconnectées », plaide-t-il. Son ambition s’aligne sur les objectifs du gouvernement congolais, qui encourage depuis plusieurs années les initiatives culturelles participatives pour renforcer le rayonnement national et le dialogue interculturel.
Le slam, longtemps perçu comme marge contestataire, devient ainsi un vecteur d’image stratégique. À Brazzaville, les instituts culturels observent déjà une hausse des demandes de résidences artistiques. Les professionnels espèrent que l’élan crée un écosystème pérenne, capable d’exporter créations et savoir-faire.
À l’horizon 2027, il espère fonder une résidence d’écriture permanente sur les berges du Djoué. Le lieu accueillerait jeunes talents, chercheurs et musiciens, créant un hub créatif où masterclasses côtoient concerts. Plusieurs partenaires privés auraient déjà manifesté leur intérêt, confie son équipe.
Pour Aristide J. Johnson, la route ne fait que commencer. « Ma marche poétique continue, enracinée et ouverte », résume-t-il, avant d’ajouter un vœu : voir un jour le Congo devenir « phare culturel continental ». Un horizon que ses victoires rendent soudain moins lointain.

