Brazza se prépare à accueillir une nouvelle statue
Dans le calme solennel du mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza, une perspective inédite prend forme : le buste du sergent Malamine Camara sera inauguré dans les prochains mois. L’annonce a été faite par l’ambassadeur du Sénégal au Congo, Ousmane Diop, après un entretien avec la directrice Bélinda Ayessa.
Le diplomate a salué « un projet extrêmement important pour le Sénégal et pour le Congo ». En associant les deux capitales, Dakar et Brazzaville, la future sculpture ambitionne d’ajouter un chapitre partagé aux récits nationaux sans bouleverser les repères historiques déjà présents au mémorial.
Figure historique du sergent Malamine Camara
Malamine Camara, tirailleur sénégalais de la fin du XIXᵉ siècle, accompagna l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza lors des premières expéditions sur les rives du fleuve Congo. Nommé chef de poste au futur site de Brazzaville, il en devint le gardien vigilant.
Les chroniques de l’époque louent sa diplomatie avec les chefferies téké et sa ténacité face aux convoitises concurrentes. En érigeant son effigie, le mémorial veut rappeler que la naissance de la ville doit autant à sa présence qu’aux initiatives européennes de l’époque.
« Il symbolise la loyauté et le courage africain », souligne l’historien congolais Jean-Claude Mabiala, pour qui ce buste « restaurera un équilibre narratif » en mettant en lumière un acteur africain souvent relégué dans l’ombre.
Diplomatie culturelle entre Dakar et Brazzaville
La genèse du projet remonte à plusieurs mois d’échanges entre les chancelleries des deux pays. Ousmane Diop a indiqué que les plus hautes autorités sénégalaises avaient validé l’idée, y voyant « un pont mémoriel » avec le Congo, où plusieurs milliers de ressortissants sénégalais vivent aujourd’hui.
Invitée à Dakar, Bélinda Ayessa participera à des réunions techniques sur le modelage et la fonderie du buste. « Nous avançons sereinement », confie-t-elle, se déclarant « émue » de rendre hommage à « un digne fils du Sénégal et de l’Afrique ».
Pour l’experte en patrimoine, l’initiative s’inscrit dans la diplomatie culturelle promue par Brazzaville, déjà illustrée par la Biennale d’art contemporain et les jumelages muséaux dans la sous-région.
Les messages portés par la mémoire sculptée
Au-delà de la pierre et du bronze, la figure de Malamine Camara invite à repenser la notion d’héroïsme dans les anciennes colonies. Elle rappelle que l’histoire locale n’est pas une succession d’actes extérieurs, mais un enchevêtrement de destins africains façonnant leur propre avenir.
Le placement du buste, prévu à l’entrée du pavillon principal, a été étudié pour dialoguer avec les reliefs existants consacrés à Savorgnan de Brazza. Une scénographie équilibrée doit permettre aux visiteurs de comprendre la complémentarité de ces deux figures sans rivalité artificielle.
Les écoles de Brazzaville comptent déjà intégrer cette nouvelle représentation dans leurs parcours pédagogiques. « Nos élèves verront enfin le visage d’un Africain qui a défendu la cité avant même qu’elle ne porte son nom », explique la directrice d’un collège du centre-ville.
Calendrier et coulisses du projet sénégalo-congolais
Selon les services de l’ambassade du Sénégal, l’appel d’offres pour le sculpteur sera lancé d’ici fin juin. Plusieurs artistes africains, dont le Sénégalais Ousmane Dia et le Congolais Daudet Dina, ont manifesté leur intérêt, gage d’une réalisation ancrée dans le continent.
Une fois le bronze coulé à Dakar, le buste sera convoyé par fret aérien jusqu’à Brazzaville. Les services du mémorial prévoient ensuite une installation nocturne afin de préserver la surprise pour le public, avant une cérémonie officielle annoncée pour le dernier trimestre.
Les autorités municipales espèrent que cette inauguration générera un afflux touristique supplémentaire. Brazzaville développe en parallèle une offre de parcours patrimoniaux le long du fleuve, convaincue que la culture reste un atout économique durable et fédérateur.

