Makoumbou illumine le Roots Festival 2025
Samedi 15 novembre 2025, l’ancienne cité industrielle de Birmingham a vibré au rythme de la diaspora africaine. Au Legacy Centre of Excellence, la plasticienne congolaise Rhode Bath-Schéba Makoumbou a dévoilé peintures, sculptures monumentales et un court métrage, aimantant curieux, médias et collectionneurs.
Programmée dans le cadre de la première édition britannique du Roots Festival 2025, sa participation marquait un double événement : l’arrivée de son travail outre-Manche et l’inscription des arts visuels d’Afrique centrale dans une manifestation initialement dédiée aux musiques « roots » et aux dialogues diasporiques.
Scénographie et réception du public
La mise en scène mêlait cimaises sombres, éclairages rasants et sonorités mandingues. Entre deux rythmes, les visiteurs découvraient des toiles hautes en couleur, empreintes d’une pâte épaisse travaillée au couteau, ainsi que des personnages de sciure et de colle dépassant parfois trois mètres.
Selon la commissaire invitée, la Nigériane Yinka Ogunleye, « l’œuvre de Makoumbou relie la mémoire des métiers traditionnels à la modernité de nos mégapoles ». Une ligne curatoriale qui a trouvé écho auprès d’un public intergénérationnel, entre familles caribéennes et étudiants britanniques.
Une écriture plastique enracinée
La plasticienne, née le 29 août 1976 à Brazzaville, revendique un apprentissage précoce auprès de son père, le peintre David Makoumbou. « Il m’a appris à écouter la matière », confie-t-elle. À quinze ans, elle tenait déjà son premier stand au Centre culturel français.
En 2002, un virage décisif la voit passer de la toile à la sculpture monumentale. Sciure de bois, colle et fil de fer deviennent sa palette. Le geste se fait physique, presque chorégraphique, épousant la posture des vendeuses de marché ou des batteuses de foufou.
Cette approche, qu’elle décrit comme un « réalisme cubiste », permet d’accentuer les volumes tout en fracturant la perspective. Dans ses toiles, les couteaux remplacent les pinceaux, créant des crêtes de peinture qui captent la lumière et donnent l’illusion d’un relief permanent.
Féminité et quotidien magnifiés
Le fil rouge reste la femme africaine. Marchandes, agricultrices ou mères porteuses de jarres se dressent dans une dignité magnifiée. « Elles sont le cœur battant de nos sociétés », rappelle l’artiste, citant les exemples de sa grand-mère pêcheuse et des fumeuses de manioc d’Oyo.
En vingt-six ans de carrière, Makoumbou a accroché son nom à plus de 240 expositions. Paris, Bruxelles, New York, Doha ou Marrakech figurent sur sa carte. Chaque déplacement devient, selon elle, « un aller-retour entre mes racines congolaises et l’imaginaire collectif du public ».
Un parcours mondial en chiffres
Son installation à Bruxelles, en 2004, a élargi son réseau et facilité les tournées transatlantiques. Elle y a fondé un atelier-galerie, hub informel pour créateurs d’origine subsaharienne. Des designers belges y croisent des sculpteurs rwandais, nourrissant un écosystème où la collaboration prime sur la compétition.
À Birmingham, ce sens du collectif s’est prolongé lors d’ateliers ouverts au public. De jeunes collégiens ont modelé de petites figurines en sciure tandis que des retraités caribéens échangeaient des souvenirs d’enfance à Kingston. « L’art crée une communauté éphémère, mais tangible », observe Makoumbou.
Côté projection, son court métrage documentaire retrace le façonnage d’une sculpture grandeur nature d’une vendeuse de foufou. Tourné entre Brazzaville, Pointe-Noire et Bruxelles, le film dévoile les étapes, du ramassage de sciure à la pose du vernis, sur une bande-son de percussions Mbochi.
La critique britannique a salué la fraîcheur de son regard. The Guardian évoque « une ode sensuelle à la vie ordinaire, dépouillée du filtre exotique ». Pour le magazine ArtReview, ses textures « réinventent la sculpture comme un espace de narration collective ».
Perspectives après Birmingham
La municipalité de Birmingham, partenaire du festival, envisage d’acquérir une des œuvres exposées pour sa collection publique. Le conseiller culturel Michael Thompson estime que « cette sculpture monumentale rappellera aux générations futures la contribution inestimable des Afro-descendants à la vie économique de la ville ».
Pour la créatrice, l’actualité reste dense. Elle prépare une rétrospective à Brazzaville et travaille avec des ingénieurs locaux sur des impressions 3D de certaines pièces, dans un souci de conservation. « Innover sans perdre l’âme du geste » est le credo qu’elle partage volontiers.
Dans la diaspora congolaise du Royaume-Uni, certains y voient le signe d’un regain d’intérêt pour l’art d’Afrique centrale. Les associations locales projettent déjà des rencontres scolaires autour de ses œuvres, appuyées par l’ambassade du Congo et le conseil municipal.
Le Roots Festival 2025, qui se poursuit jusqu’en décembre, entend consolider l’axe Birmingham-continent africain. Après la musique reggae et l’afrobeat, les organisateurs souhaitent mettre l’accent sur le design textile et la gastronomie. L’exemple Makoumbou sert déjà de modèle à d’autres créateurs invités.
Sur le chemin du retour, l’artiste confie vouloir multiplier les résidences en Afrique centrale. « Chaque exposition à l’étranger me rappelle d’où je viens. Je veux rendre cette énergie aux jeunes talents de Brazzaville », conclut-elle, sourire tranquille, avant d’embarquer pour Bruxelles.

