La revanche d’un champion congolais
Il y a encore quelques mois, peu d’observateurs misaient sur un retour de Junior Mobonda. Huit ans sans compétition internationale pèsent sur les articulations comme sur la réputation. Mais le karatéka brazzavillois a renoué avec les tatamis, frappant fort dans la catégorie des +84 kg.
« C’est une immense fierté pour le karaté congolais », confie-t-il en repensant à son podium lors de l’Open international de l’Unité diaspora à Douala. Dans la salle bondée, son kiai a résonné comme une déclaration d’intention : rien n’est terminé pour l’ancien Diable Rouge.
Douala, tremplin d’un retour remarqué
La compétition camerounaise, disputée du 8 au 10 août, rassemblait seize nations de quatre continents. Des sélections d’Autriche, des États-Unis ou de Côte d’Ivoire aux pays voisins, l’affiche rappelait à Mobonda le parfum des grands rendez-vous et la rigueur des combats de haut niveau.
Sous le regard du président de la Fédération camerounaise, Me Bertin Dongmo, l’athlète congolais a décroché la médaille de bronze en surclassant plusieurs têtes de série. Le public de Douala s’est levé lorsqu’il a scellé sa qualification pour l’Open d’Autriche prévu du 15 au 18 janvier 2026.
Vers l’Open d’Autriche 2026 : objectifs et défis
Le rendez-vous autrichien figure parmi les tournois majeurs du circuit WKF. Une place sur le podium à Vienne ouvre la porte aux championnats du monde, et peut-être aux Jeux Africains. Mobonda le sait : chaque kata, chaque kumite, chaque séance de gainage compte désormais.
« J’ai vibré au rythme de Douala, maintenant je pense à l’Autriche », assure-t-il. Son programme d’entraînement inclut six mois de préparation ciblée, mêlant travail cardio, pliométrie et sparring intensif. Il collabore avec un préparateur physique passé par le centre olympique de Tunis pour affiner vitesse et explosivité.
S’il affiche une confiance nouvelle, le karatéka demeure lucide sur les réalités financières. Équipement, déplacements, stage en altitude : le budget estimé dépasse largement ses ressources personnelles. D’où son appel aux grandes entreprises nationales comme la SNPC ou aux opérateurs télécoms pour un partenariat gagnant-gagnant.
Le karaté congolais en quête de reconnaissance
Dans un pays où le football occupe souvent le devant de la scène, les arts martiaux se structurent doucement. Le ministère des Sports multiplie les tournois urbains et les formations d’arbitres pour élever le niveau technique. Les performances de Mobonda offrent ainsi un levier médiatique précieux.
La Fédération congolaise, présidée par Me Dieudonné Essou, mise sur la diaspora pour accélérer la montée en gamme. Les invitations croisées avec le Cameroun ou la France permettent aux athlètes locaux de jauger la concurrence et de nourrir leurs ambitions continentales.
La scène associative n’est pas en reste : à Brazzaville, des clubs comme Budo-Dojo ou Kimpa-Vita accueillent chaque semaine de nouveaux pratiquants, séduits par les valeurs d’autodiscipline et de respect. Les succès de Mobonda pourraient catalyser une vague d’adhésions supplémentaires.
Motivation et préparation, six mois cruciaux
Pour garder le cap, l’ancien Diable Rouge s’appuie sur un cercle restreint : son coach, deux sparring-partners et un ostéopathe. Les séances ont lieu à l’aube au stade Alphonse-Massamba-Débat, avant que la chaleur ne devienne écrasante. La constance, insiste-t-il, sera sa meilleure alliée.
Son régime, réajusté par une nutritionniste, privilégie manioc, poisson fumé et fruits locaux riches en antioxydants. Le but : maintenir les 90 kg réglementaires tout en maximisant la puissance explosive. « La discipline alimentaire est un combat silencieux », glisse-t-il avec un sourire.
En parallèle, Mobonda poursuit ses fonctions de trésorier adjoint à la Ligue départementale. Suspendu un temps puis rétabli, il dit vouloir servir d’exemple aux jeunes pour montrer que la gouvernance sportive peut rimer avec transparence et performance.
Une discipline aux valeurs universelles
Derrière la quête de médailles, le karaté véhicule un code moral en huit principes, du courage à l’humilité. Autant de repères que Mobonda décline lors d’ateliers scolaires. « Le tatami est une salle de classe », aime-t-il rappeler aux élèves de Mfilou.
Les experts soulignent que la pratique régulière réduit la délinquance juvénile et favorise la mixité. À Brazzaville, un programme pilote soutenu par la municipalité propose des cours gratuits chaque week-end. Les podcasters culturels relayent l’initiative, valorisant une jeunesse proactive.
Un avenir sous le signe du dépassement
À trente-deux ans, Mobonda sait que le temps sportif s’accélère. Sa trajectoire, entre suspension, retour et ambition internationale, incarne le dépassement dont rêve toute une génération. « Je veux prouver qu’un champion peut renaître et porter haut les couleurs du Congo », affirme-t-il.
Son ticket pour l’Open d’Autriche constitue déjà une victoire symbolique. Reste à transformer l’essai. Si sponsors et institutions l’accompagnent, le karaté congolais pourrait écrire à Vienne l’un de ses plus beaux chapitres. L’histoire, désormais, est en pleine écriture.

