Un coup d’envoi scolaire ambitieux
Des cris d’enthousiasme résonnent encore dans la cour du complexe scolaire Emonaya, à Brazzaville, où la Fédération congolaise de tennis de table a lancé, le 22 décembre, son programme 2025-2026 en initiant des centaines d’élèves aux bases ludiques du jonglage.
Des balles blanches ont volé au-dessus des uniformes, traduisant la volonté de la FCTT de repérer des talents dès l’école primaire jusqu’au lycée. L’institution entend bâtir une filière de champions nationaux en cultivant précocement coordination, réactivité et goût de la compétition.
Le jonglage, porte d’entrée ludique
Le secrétaire général, Novège Oualembo Moutou, décrit le jonglage comme « un appât captivant » permettant d’attirer l’attention avant même la première frappe de raquette. Selon lui, cette activité développe réflexes oculomoteurs et confiance, deux prérequis essentiels pour progresser ensuite à la table.
Les instructeurs ont enseigné un enchaînement simple : maintenir la balle en suspension le plus longtemps possible. Les rires et défis improvisés ont confirmé l’efficacité pédagogique de la méthode, capable de transformer un simple exercice de motricité en moment d’émulation collective.
Former et sensibiliser les encadreurs
Au-delà des élèves, le projet inclut une formation certifiante pour les enseignants d’éducation physique. Ces sessions aborderont tactique, sécurité et arbitrage, afin que chaque établissement puisse animer ses propres ateliers sans dépendre systématiquement de techniciens fédéraux.
« Nous voulons une approche durable, pas une démonstration ponctuelle », insiste M. Oualembo Moutou. Les encadreurs recevront également un module sur l’égalité des genres, la FCTT souhaitant garantir aux jeunes filles un accès équitable aux créneaux d’entraînement et aux compétitions.
Emonaya, laboratoire dynamique
Le choix d’Emonaya n’est pas anodin. L’établissement multiplie les championnats interclasses et dispose d’infrastructures couvertes, un atout pour un sport sensible au vent. La direction, réputée pour sa discipline, facilite l’expérimentation de nouvelles méthodes sport-études.
Les tribunes improvisées ont réuni professeurs, parents et voisins curieux. Cette ouverture vers la communauté cadre avec l’objectif fédéral : installer le tennis de table au cœur des quartiers, jusqu’à ce qu’il devienne, selon les mots du secrétaire général, « un réflexe culturel ».
Paroles d’élève, passion révélée
Parmi les volontaires, Magdala Zoé Pandi de Dany, élève de 3e, retient l’attention. Ses yeux brillent lorsqu’elle raconte la sensation de « n’entendre plus que le rythme de la balle ». Pour elle, chaque échange est un instant suspendu hors du temps scolaire.
Elle affirme que le tennis de table renforce sa capacité respiratoire, un point crucial pour cette collégienne sujette à l’asthme. « Même quand mon souffle flanche, le geste reste fluide », dit-elle, convaincue que ce sport conjugue douceur et intensité.
Magdala rêve déjà de tournois inter-lycées et encourage la fédération à répliquer l’opération « dans toute la ville ». Son enthousiasme gagne la foule, preuve que la rencontre a semé les germes d’une communauté prête à se retrouver autour d’une table et d’un filet.
Un levier de cohésion sociale
Au rythme d’une sono festive, élèves et encadreurs ont mêlé applaudissements et pas de danse entre deux séquences techniques. La FCTT voit dans cette convivialité un instrument de rapprochement inter-générationnel, une valeur chère aux politiques congolaises de promotion de la jeunesse, à la faveur d’un remix afrobeat entraînant.
L’accessibilité financière du tennis de table renforce cet atout. Une table, quelques raquettes, et un coin couvert suffisent : des conditions réunies dans nombre de quartiers brazzavillois, susceptibles de faire émerger une nouvelle sociabilité sportive, inclusive et pacifique, et de créer des emplois d’entraîneurs locaux.
Projections pour 2025-2026
Le calendrier fédéral prévoit des mini-ligues départementales, des camps d’été et la participation à des compétitions continentales U-15. Chaque performance scolaire sera intégrée à une base de données nationale, outil moderne pour suivre les progrès et orienter un accompagnement personnalisé, et un classement public en ligne.
Des partenariats avec des sponsors des télécoms et de l’agro-industrie sont en discussion afin de financer du matériel homologué. La FCTT espère ainsi réduire les disparités régionales et offrir aux plus méritants des stages de perfectionnement à l’étranger.
D’ici 2026, l’objectif affiché est de doubler le nombre de licenciés tout en façonnant « une élite issue de chaque arrondissement ». Le secrétaire général se veut confiant : « Le rêve olympique congolais commence peut-être aujourd’hui, sous ces toits d’école ».
Un élan à pérenniser
Les derniers ballons rangés, les élèves repartent avec un carnet didactique et la promesse d’un prochain rendez-vous en janvier. Le programme semble déjà avoir gagné son pari initial : déclencher l’étincelle qui transformera de simples jongleurs en pratiquants réguliers.
Reste désormais à capitaliser sur l’enthousiasme suscité à Emonaya pour irriguer tout le réseau scolaire congolais. En s’appuyant sur des initiatives aussi créatives que ce baptême du jonglage, la FCTT pourrait bien inscrire durablement le tennis de table dans le quotidien des jeunes.

