Un rendez-vous stratégique à Brazzaville
Quatre journées denses, du 30 juin au 3 juillet 2025, ont transformé les salles de classe de l’Institut national de la jeunesse et des sports en un laboratoire intellectuel où pédagogues, psychologues et responsables administratifs ont confronté leurs expériences. L’initiative, pilotée par le ministère de la Jeunesse, des Sports, de l’Éducation civique, de la Formation qualifiante et de l’Emploi en partenariat avec l’Unesco, matérialise la volonté des autorités de doter le pays d’une véritable ingénierie sociale au service de la cohésion nationale.
La jeunesse congolaise, priorité gouvernementale
Au Congo-Brazzaville, près de 60 % de la population est âgée de moins de trente ans. Ce capital humain, riche mais fragile, fait l’objet d’une attention soutenue des pouvoirs publics. Depuis la création de l’Agence nationale d’insertion et de réinsertion sociale des jeunes, les dispositifs se multiplient pour prévenir les ruptures de parcours. Le centre d’Aubeville, récemment inauguré dans le département de la Bouenza, illustre cette articulation entre réinsertion, formation qualifiante et accompagnement psychosocial.
Unesco : un partenaire aux compétences éprouvées
En s’appuyant sur l’Unesco, le ministère conforte la dimension internationale de ses programmes. « Nous devons partager les meilleures pratiques et capitaliser sur les réussites observées ailleurs », souligne Brice Kamwa-Ndjatang, représentant-résident adjoint de l’organisation onusienne. Les modules, inspirés de protocoles testés au Sénégal et en Namibie, ont été adaptés aux réalités locales afin de respecter les spécificités socioculturelles congolaises.
Comprendre les racines de la délinquance juvénile
Le premier axe de la formation a consisté à décrypter les facteurs déclencheurs de la délinquance. Entrepressures économiques, influences numériques et dynamiques familiales parfois complexes, les analyses croisées ont mis en lumière la nécessité d’une approche holistique. Les participants ont insisté sur l’importance des indicateurs précoces, tant scolaires que comportementaux, pour intervenir en amont et éviter l’enracinement des conduites à risque.
Vers des approches éducatives innovantes
Les échanges ont ensuite porté sur les pédagogies actives. Jeux de rôle, médiation culturelle et pratiques sportives encadrées ont été présentés comme des leviers privilégiés pour restaurer la confiance et l’estime de soi. Selon les formateurs, « l’activité physique reste un vecteur de valeurs d’entraide, de discipline et de respect de l’autre », des atouts essentiels pour contrer la spirale de l’exclusion.
Prise en charge sensible au genre
Conformément aux engagements internationaux du Congo, la dimension genre a traversé l’ensemble des ateliers. Les cadres de l’I.N.J.S ont planché sur la construction de parcours mixtes qui protègent les jeunes filles des stéréotypes et des violences. Ils ont notamment étudié l’expérience des clubs sportifs féminins de Pointe-Noire, où la pratique du handball a fait reculer le décrochage scolaire de 18 % en trois ans, selon une enquête interne.
Des stratégies de réinsertion durables
La formation a ouvert un large chapitre aux protocoles de suivi post-institutionnel. Il s’agit de garantir qu’un jeune, une fois réinséré, ne retombe pas dans le cycle de la marginalisation. Les discussions ont mis en exergue la nécessité de partenariats solides avec la justice, la santé et l’enseignement technique, afin d’offrir des passerelles crédibles vers l’emploi et l’entrepreneuriat.
Vers une traduction opérationnelle en politiques publiques
Point fort de l’atelier : l’élaboration d’une matrice de suivi appelée à nourrir les prochains décrets d’application de la Stratégie nationale pour la jeunesse. Cette matrice prévoit, entre autres, la création de comités socio-éducatifs au sein des établissements partenaires de l’I.N.J.S, la formation continue obligatoire des encadrants et une évaluation annuelle partagée avec les collectivités territoriales.
Les perspectives d’une jeunesse actrice de développement
Au terme de la session, Charles Makaya, directeur de cabinet du ministère, a insisté sur le caractère pérenne de la démarche : « Nous ne formons pas seulement des techniciens, nous façonnons des bâtisseurs de paix. » La perspective est claire : accompagner la jeunesse pour qu’elle devienne un moteur de stabilité et d’émergence. En tissant cette alliance entre expertise internationale et volontarisme national, l’Institut national de la jeunesse et des sports confirme sa vocation : être un carrefour de compétences au service d’un Congo harmonieux et inclusif.

