Une avant-première attendue à Brazzaville
Sous le haut patronage du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, les fauteuils du Mémorial Pierre Savorgnan se sont remplis dès la fin d’après-midi, samedi 13 décembre 2025. L’affluence témoignait de l’intérêt croissant pour les récits positifs sur la jeunesse congolaise.
La ministre Irène Marie Cécile Mboukou Kimbatsa, plusieurs membres du gouvernement et des représentants d’organisations civiles ont pris place aux côtés d’étudiants, d’artisans et de créateurs. Le protocole, sobre, laissait surtout la lumière à l’œuvre projetée.
Porté par la Fondation Horizon, le documentaire « Jeunes 242. Une génération, un combat » ambitionne de dépasser la simple projection pour devenir une conversation nationale sur le potentiel local, loin des discours défaitistes.
Katia Mounthault Tatu, porte-voix d’une génération
Présidente de la Fondation Horizon, Katia Mounthault Tatu défend depuis dix ans l’entrepreneuriat social et l’inclusion. « Notre jeunesse n’est pas un problème à gérer, mais une force à accompagner », rappelle-t-elle à l’écran et dans les médias.
Pour la productrice, communiquer autrement sur l’avenir est essentiel. Elle revendique un discours « lucide mais galvanisant » qui rompt avec les représentations fatalistes souvent véhiculées hors du continent.
Son implication dépasse la production cinématographique : Katia milite pour que les initiatives documentées reçoivent ensuite un soutien financier et institutionnel, créant un cercle vertueux entre visibilité et action.
Dan Scott, un œil sensible derrière la caméra
Réalisé par le Franco-congolais Dan Scott, le film mêle rigueur journalistique et esthétique soignée. Plans serrés sur des gestes d’artisans, drones sur des exploitations maraîchères et séquences urbaines nocturnes composent une mosaïque visuelle captivante.
Scott confie avoir voulu « incarner les statistiques » en donnant des visages aux chiffres du développement. Son approche immersive permet d’entendre le martèlement d’un atelier ou la respiration d’un champ au lever du soleil, ancrant l’action dans le quotidien.
La narration alterne témoignages et insertions graphiques sobres qui contextualisent les obstacles structurels sans jamais occulter l’élan créatif des protagonistes.
Jeunesse congolaise, moteur de développement national
« Jeunes 242 » présente la jeunesse non comme un fardeau démographique mais comme un capital stratégique. Les séquences d’ouverture montrent des visages concentrés plutôt que des regards perdus, signal puissant envoyé aux décideurs et aux familles.
L’accent est mis sur la capacité d’adaptation : réparateurs de téléphones, développeurs d’applications ou agriculteurs urbains transforment les contraintes en opportunités. Le film résonne avec les politiques publiques qui encouragent l’auto-emploi et la diversification économique.
En filigrane, le documentaire rappelle que la croissance inclusive passe par l’accès au financement, à la formation et aux réseaux, territoires où l’État et les partenaires peuvent amplifier l’impact.
Agriculture, artisanat, gastronomie : terrains d’innovation
À Dolisie, une coopérative de jeunes cultive le manioc hors-sol, limitant la pression sur les terres arables. Les images détaillent le système d’irrigation bricolé avec ingéniosité locale.
À Pointe-Noire, un menuisier de 27 ans conçoit du mobilier design à partir de bois certifié, prouvant qu’écologie et rentabilité peuvent dialoguer. Son atelier, filmé en plan-séquence, respire la fierté collective.
La cheffe Jenny Mouandzi revisite le ntaba en y intégrant des herbes urbaines cultivées en bacs. Sa brigade explique comment la gastronomie devient vecteur de storytelling touristique, ouvrant de nouveaux marchés.
Un plaidoyer pour rester et bâtir chez soi
Plusieurs protagonistes évoquent la tentation du départ mais soulignent les coûts émotionnels et financiers d’un exil incertain. « Ici, je vois ma famille sourire chaque soir », confie un start-upper.
Le film ne condamne pas la migration ; il invite plutôt à envisager la réussite locale comme un choix rationnel. La recherche d’opportunités s’inscrit dans une logique d’ancrage territorial renforcé.
Cette posture rejoint les récentes orientations gouvernementales encourageant le retour des compétences de la diaspora et la structuration d’incubateurs régionaux.
Voix croisées lors d’un panel vibrant
Après la projection, Fanie Fayar, Paterne Maestro, Sonia Jaquet et Jenny Mouandzi ont échangé sur scène. Leurs carrières illustrent la pluralité des chemins possibles, de la musique live au e-commerce.
Tous insistent sur l’importance de la formation continue. « Nous devons apprendre chaque jour, sinon le marché nous dépasse », lance Fanie Fayar sous les applaudissements.
Les invités saluent également l’émergence d’associations professionnelles qui mutualisent ressources et visibilité, signe d’un écosystème culturel et entrepreneurial plus mature.
Mobilité et retour, la voie médiane
Tourné partiellement à Paris, Dakar et Shanghai, le documentaire souligne que la mobilité peut renforcer l’économie nationale si elle débouche sur un retour ou un partenariat durable.
Un développeur formé à Shanghai explique avoir rapatrié son entreprise dans la zone économique de Pointe-Noire, attiré par les incitations fiscales et la proximité des marchés régionaux.
Cette perspective résonne avec le concept de « circulation des compétences », régulièrement évoqué dans les conférences panafricaines sur l’innovation.
Un outil pédagogique pour collèges et lycées
La Fondation Horizon prévoit une tournée dans trente établissements secondaires dès janvier 2026. Des livrets d’activités accompagneront chaque projection pour déclencher débats et ateliers d’orientation.
Les enseignants rencontrés se disent enthousiastes, estimant que ces images réalistes complètent efficacement les cours d’éducation à la citoyenneté et d’économie familiale.
L’objectif assumé est de semer l’idée d’entreprendre avant le baccalauréat, afin que les projets mûrissent parallèlement aux études supérieures.
L’après-projection, quelles perspectives ?
Katia Mounthault Tatu souhaite désormais traduire le film en lingala et en kituba pour toucher un public plus large, renforçant ainsi l’inclusion linguistique.
Des discussions sont ouvertes avec des plateformes de streaming africaines afin de diffuser l’œuvre auprès de la diaspora et des amis du Congo à l’international.
En coulisses, les partenaires institutionnels étudient la création d’un fonds d’amorçage dédié aux initiatives présentées dans le documentaire, concrétisant le credo : montrer, inspirer, financer.

