Émergence d’une plume congolaise
À 59 ans, James Gassongo franchit un nouveau palier littéraire avec la sortie de «Les malades en vadrouille». Comptable de profession, il s’impose désormais comme une voix repérable de la scène congolaise, cultivant un style vif qui tranche avec la rigueur des chiffres.
Cette double casquette nourrit un imaginaire fait d’observation et de discipline. Le quotidien du bureau glisse discrètement dans ses phrases, tandis que l’ironie sociale affleure. «Écrire me permet d’équilibrer le bilan de mon existence», confiait-il lors d’une récente conversation improvisée au sortir d’un café.
Entre chiffres et phrases
Avant d’aligner des nouvelles, Gassongo alignait des colonnes comptables. Il explique que les bilans l’ont formé à la précision, qu’il transpose désormais sur la page. Ses pages, justement, évitent l’enflure et privilégient la suggestion, proposant des récits courts où chaque détail compte comme dans un tableau financier.
Cette méthode s’était déjà révélée dans «Tuez-le-nous! Le couloir de la mort», premier roman publié en mai 2021 aux Éditions Saint-Honoré, en France. Le texte suivait, de manière serrée, le rythme d’un couloir étroit, accentuant le sentiment d’urgence sans jamais s’appesantir.
Continuité éditoriale à Paris
Pour son recueil, l’auteur a choisi les Éditions Le Lys Bleu, également basées à Paris. Entre l’adresse parisienne et l’ancrage brazzavillois, il trace un pont littéraire révélateur d’une ambition assumée : garder une visibilité internationale tout en restant fidèle aux réalités congolaises qu’il explore.
Le catalogue du Lys Bleu, centré sur les voix émergentes, promet une diffusion numérique soutenue et une impression à la demande. Gassongo y voit l’occasion de toucher des lecteurs installés hors du Congo, notamment dans la diaspora, sans renoncer aux rencontres physiques dans les institutions culturelles locales.
Un recueil qui interroge la marge
Le titre, «Les malades en vadrouille», intrigue aussitôt. L’expression combine fragilité et mouvement, suggérant des personnages en transit, peut-être en quête de rémission. Gassongo refuse d’en dévoiler davantage avant la date prévue, mais il concède que la désinvolture apparente de ses héros cache une profonde humanité.
L’option narrative des nouvelles lui permet de multiplier les angles, donne la parole à plusieurs «malades», et fait circuler le lecteur d’une situation à l’autre, comme dans un service hospitalier agité. Pour l’auteur, cette forme courte ressemble à un laboratoire d’expériences à basse température.
L’Institut français comme scène littéraire
Le mercredi 7 janvier 2026, Gassongo présentera son recueil dans la salle de la Médiathèque adulte de l’Institut français du Congo, à Brazzaville. Ce lieu, à l’acoustique feutrée, permettra un échange direct avec le public, avant la traditionnelle séance de dédicaces.
Interrogé sur la préparation de l’événement, l’auteur confie avoir répété quelques lectures à voix haute afin de restituer le rythme singulier de ses phrases. Il espère, dit-il, «que les mots respirent autant que les lecteurs», convaincu que l’oralité éclaire la page imprimée.
La Médiathèque adulte, habituée aux rencontres littéraires, devrait offrir un cadre convivial. Les responsables culturels signalent déjà un nombre important de réservations. Sans fanfare, Gassongo pourrait bien remplir la salle, profitant d’un public brazzavillois avide de découvertes et curieux de comprendre ces voyageurs un peu souffrants.
Un public attendu pour dialoguer
Ce face-à-face, l’auteur l’envisage comme un laboratoire d’écoute. «Je veux savoir ce que les récits déclenchent chez chacun», affirme-t-il. Les questions devraient aller des choix stylistiques à la portée sociale des histoires, en passant par la manière dont un comptable organise son temps d’écriture.
Au-delà des mots, la rencontre souligne la vitalité de l’écosystème du livre au Congo-Brazzaville. Les libraires du centre-ville indiquent qu’ils tiendront des exemplaires le soir même, tandis que les plateformes en ligne référencent déjà le titre. L’enjeu est clair : faire circuler les histoires au rythme des lecteurs.
Dans l’attente, «Les malades en vadrouille» circule déjà de bouche à oreille. Certains lecteurs ayant commandé en avant-première partagent leurs impressions sur les réseaux sociaux, parlant d’une prose agile, à la fois pudique et incisive. De quoi alimenter la curiosité avant le rendez-vous brazzavillois.
Le 7 janvier, l’Institut français résonnera des pas de ces «malades» littéraires, portés par la voix de Gassongo. L’événement s’annonce simple, sans décor dramatique, mais chargé d’une profondeur que seule la littérature offre : l’échange fragile entre un texte et sa communauté.
Si son premier roman posait la question de la finitude, ce second opus explore la survivance. Entre salle de comptabilité et salle de lecture, James Gassongo poursuit une démarche cohérente : compter les battements d’un monde en mouvement et donner aux chiffres un supplément d’âme.
Les discussions pourraient également aborder la place des maisons d’édition étrangères dans la trajectoire des auteurs congolais. Gassongo estime que la localisation des partenaires importe moins que l’intégrité des textes. «Si la structure me garantit la liberté, je signe», glisse-t-il, soucieux de préserver sa singularité narrative.
La soirée promet ainsi plus qu’une simple lecture : un échange d’expériences, catalyseur d’idées pour les créateurs d’histoires congolaises.

