Un livre pour raviver la mémoire politique congolaise
Après plusieurs années de recherches, l’essai biographique « Jacques L. Opangault, 1907-1978 : de la colonie à la République – l’action politique » est sorti des presses de L’Harmattan France en mai 2024, offrant plus de deux cents pages consacrées à une figure clé du Congo.
L’auteur, le chercheur en génétique Elie Mavoungou, n’aura pourtant pas vu la réception de son travail : il s’est éteint avant la parution, laissant un manuscrit abouti qui répond à une triple exigence historique, scientifique et citoyenne.
Une collaboration virtuelle entre Brazzaville et Paris
Pour retracer la vie dense de Jacques Opangault, Elie Mavoungou a travaillé main dans la main avec Emile Pascal Opangault, fils du leader, sans jamais le rencontrer physiquement ; la correspondance numérique a permis de comparer archives familiales, documents coloniaux et témoignages locaux.
Le cadet de la lignée a également rédigé la préface, fournissant dates, anecdotes et éclairages rarement publiés. Sous la pression de sollicitations personnelles, il a choisi de mettre la lumière sur son père plutôt que sur lui, confiant : « La postérité doit juger l’homme, pas l’héritier ».
Présentation publique sur fond d’émotion et de respect
Le 5 décembre 2025, la salle de conférence de la société A.O.G.C. à Brazzaville a accueilli la présentation officielle. Une minute de silence a ouvert la cérémonie, rappelant le destin contrarié de l’auteur et créant une atmosphère de recueillement rare dans les lancements d’ouvrages.
Parmi le public figuraient le ministre de la Défense nationale Charles Richard Mondjo, l’ancien ministre Grégoire Lefouoba ou encore le professeur Ludovic Miyouna Ntétani, ancien sénateur chargé d’introduire l’œuvre. Cette présence politique souligne l’importance toujours vive d’Opangault dans l’imaginaire républicain.
Les racines d’un leader entre Boundji et la capitale
Né à Boundji le 13 décembre 1907, Jacques Ludovic Opangault grandit dans un contexte colonial où chaque ambition africaine devait composer avec l’administration. Après la disparition d’André Grenard Matsoua en 1942, il relève le flambeau et fonde le Mouvement socialiste africain en 1945.
Son credo, « servir et non se servir », attire au M.S.A. une base populaire interethnique, tandis qu’il accepte de travailler aux côtés de l’abbé Fulbert Youlou, premier président de la République du Congo. Cette ouverture dépasse alors les calculs d’appartenance tribale.
Lorsque le président Youlou chute en août 1963, Opangault rentre d’une mission extérieure et se constitue prisonnier afin de répondre, avec le chef d’État déchu, des décisions prises. Libéré, il se retire définitivement à Boundji, où il s’éteint le 20 août 1978.
Servir au lieu de se servir : une devise intemporelle
Le professeur Miyouna Ntétani insiste sur la portée contemporaine de cette devise : « Alors que la démocratie se cherche parfois, la probité d’Opangault reste une boussole ». Le livre détaille ses refus de privilèges, témoignages d’anciens compagnons à l’appui.
Au fil des chapitres, le lecteur découvre un homme qui refuse d’exploiter les clivages ethniques pour gravir les échelons. Au contraire, il sillonne le pays, convainc militants du nord comme du sud, persuadé que la construction nationale passe par l’union.
Regards d’historiens et d’officiels congolais
L’historien Joachim Goma Théthé salue « un éclairage nouveau sur un personnage majeur, remarquable du point de vue de l’éthique politique ». Selon lui, l’approche de Mavoungou conjugue rigueur académique et sens narratif, rendant l’ouvrage accessible au grand public.
Le ministre Charles Richard Mondjo évoque, pour sa part, « la nécessité de revisiter notre passé afin de comprendre les mutations actuelles ». Dans la salle, plusieurs étudiants notent que le livre leur offre un précieux complément aux cours d’histoire politique nationale.
Pourquoi cette biographie compte aujourd’hui
En s’attardant sur les mécanismes d’alliance entre leaders issus de différentes régions, l’essai montre que la diversité congolaise peut être source d’équilibre. Les questions abordées résonnent avec les ambitions de consolidation institutionnelle et d’inclusion portées par les autorités actuelles.
Le livre rappelle aussi que la transmission de valeurs reste autant l’affaire des familles que des institutions. En mettant à disposition archives, discours et photos, il contribue à nourrir une citoyenneté active chez les jeunes lecteurs, notamment ceux de la diaspora.
Entre mémoire familiale et patrimoine national
Interrogé à l’issue de la rencontre, Emile Pascal Opangault confie qu’il envisage une tournée de présentation dans les lycées et centres culturels. « Connaître nos héros apaise les malentendus », dit-il, convaincu que cette histoire singulière a vocation à devenir un bien commun.
Perspectives éditoriales et universitaires
Publié chez L’Harmattan, l’ouvrage sera prochainement disponible dans les bibliothèques universitaires de Brazzaville et Pointe-Noire, assorti d’un index détaillé. Les enseignants envisagent de l’inscrire au programme des masters d’histoire politique et de sociologie électorale.
La famille Opangault, pour sa part, réfléchit déjà à un fonds d’archives ouvert aux chercheurs. Copie numérique des lettres, enregistrements audio et carnets personnels permettraient d’élargir encore le regard sur une période charnière de la marche vers l’indépendance.
Une lecture recommandée aux décideurs
Au-delà des cercles académiques, l’ouvrage intéresse les managers et responsables publics. Comprendre comment Opangault négociait des compromis dans un contexte fragmenté offre des clés pour les projets de développement actuels, qu’il s’agisse de dialogue social, de gouvernance économique ou de promotion de la cohésion nationale, enjeux chers aux décideurs congolais.

