Une célébration panafricaine de la propriété intellectuelle
A Brazzaville, la date du 13 septembre vient de résonner comme un rappel des promesses de l’ingéniosité africaine. La vingt-sixième Journée africaine de la technologie et de la propriété intellectuelle a réuni décideurs, créateurs et chercheurs autour d’un même credo : transformer l’idée en moteur de croissance.
L’événement, célébré simultanément dans dix-sept capitales membres de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, marque aussi le troisième anniversaire de cette institution dont l’ambition affichée demeure la consolidation d’un marché commun de l’innovation, apte à défendre les talents originaires du continent.
Au Congo-Brazzaville, le ministère du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé a choisi de placer l’humain au centre des débats. Son titulaire, Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes, appelle à faire des compétences nationales le ressort d’une économie compétitive et inclusive.
Les origines de la Journée africaine
Instituée en 1999 par la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation de l’Unité africaine, la Journée vise d’abord à ancrer la culture de la protection des œuvres dans chaque pays. Le rendez-vous annuel fournit un cadre d’évaluation et de projection collectifs.
Cette philosophie reste inchangée deux décennies plus tard : valoriser la science et l’art comme catalyseurs de souveraineté. Le thème retenu en 2023, « Ressources humaines en propriété intellectuelle et développement technologique de l’Afrique », insiste sur le maillon souvent négligé : l’expertise disponible pour accompagner les démarches.
Comprendre la propriété intellectuelle
Dans son allocution, le ministre congolais rappelle que la propriété intellectuelle englobe inventions, œuvres littéraires ou artistiques, dessins, modèles, symboles et marques. Deux branches structurent l’édifice juridique : la propriété industrielle, qui délivre brevets et marques, et la propriété littéraire, fondée sur les droits d’auteur.
Le dispositif confère aux créateurs un monopole temporaire, moyen de contrôler l’usage commercial de leurs œuvres et d’en retirer un revenu légitime. Il s’agit d’un cercle vertueux : plus la rémunération est garantie, plus l’incitation à l’invention et à la diffusion se renforce.
Pour les pouvoirs publics, la protection de la propriété intellectuelle n’est donc pas un luxe juridique, mais un instrument de politique industrielle. Elle structure un environnement où la prise de risque créative trouve une récompense, attirant investissements, formations spécialisées et partenariats technologiques vers les territoires concernés.
Le message du ministre congolais
Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes situe clairement l’enjeu : « Favoriser les droits exclusifs, c’est encourager l’innovation ». Son ministère entend amplifier la sensibilisation auprès des universités, afin que chaque étudiant saisisse les étapes de dépôt d’un brevet ou d’enregistrement d’une marque dès la phase de projet.
Le membre du gouvernement salue par ailleurs l’impulsion donnée par le président Denis Sassou Nguesso, qui inscrit la recherche appliquée parmi les priorités du Plan national de développement. La Journée africaine lui fournit un tremplin pour conforter les collaborations entre centres publics, start-ups et structures d’accompagnement privées.
Selon le ministre, l’enjeu dépasse la seule valorisation universitaire. Les entreprises, grandes ou petites, doivent internaliser le réflexe de la protection afin de préserver leur avantage concurrentiel à l’export. Dès lors, l’État promet un accompagnement administratif simplifié pour réduire les coûts et accélérer les démarches.
Capital humain et recherche nationale
Au cœur du thème 2023 figure la question des talents. Le Congo entend renforcer les cursus en droit de la propriété intellectuelle, mais aussi en ingénierie et design, afin de maîtriser toute la chaîne, de l’idée au produit. L’objectif déclaré : retenir les compétences et multiplier les brevets locaux.
Plusieurs universités prévoient déjà des modules communs associant juristes et scientifiques pour simuler la création d’une start-up fictive, du prototype à la demande de protection internationale. Cette pédagogie immersive, encouragée par le ministère, veut ancrer le réflexe IP dans les parcours d’études sans attendre l’entrée professionnelle.
Le gouvernement étudie également la possibilité de bourses ciblées permettant aux jeunes chercheurs de déposer un premier brevet. En retour, les lauréats s’engageraient à transférer leur savoir-faire dans les écosystèmes locaux, créant une boucle d’émulation entre laboratoires, incubateurs et industries naissantes.
Entreprises créatives et croissance
Parce que la création ne se limite pas aux laboratoires, la Journée africaine met en lumière stylistes, auteurs et développeurs de jeux vidéo. Pour ces acteurs de la culture urbaine, la marque ou le droit d’auteur conditionne l’accès aux plateformes mondiales et sécurise les revenus issus du streaming.
Les maisons de production basées à Pointe-Noire ou Brazzaville soulignent que l’enregistrement systématique d’un visuel, d’un riff ou d’un script constitue désormais un préalable pour attirer investisseurs et sponsors. L’émergence d’un label congolais reconnu à l’international passerait par cette rigueur documentaire et juridique.
Une stratégie continentale en gestation
En offrant un forum de réflexion, la Journée africaine nourrit l’ambition d’une feuille de route partagée. Le Congo affiche sa volonté de contribuer à cette dynamique, misant sur la convergence des politiques nationales pour bâtir, à l’horizon 2030, un véritable marché unique de l’innovation africaine.

