La rentrée éditoriale 2025 chez L’Harmattan
Le catalogue Afrique 2025 de L’Harmattan s’avance comme un kaléidoscope où se reflètent les angoisses, les espoirs et les saveurs d’un continent créatif. De la psychiatrie sénégalaise aux coutumes du Fouta-Djallon, huit titres dessinent une cartographie inattendue des savoirs.
Cette rentrée éditoriale confirme la stratégie du groupe, attentif aux écritures situées mais adossées à une diffusion internationale. Chaque ouvrage est pensé comme une passerelle : entre disciplines, entre générations, entre lectorats d’Afrique centrale, de la diaspora et d’Europe.
Tour d’horizon, en six mouvements, d’une collection où la science dialogue avec les traditions et où l’intime rejoint la scène publique, sans jamais perdre de vue l’exigence esthétique chère à notre lectorat brazzavillois.
Psychanalyse et art-thérapie sénégalaise
Signé par l’art-thérapeute Adaem et le guérisseur diola Bacary Diatta, Ethno-Art-Thérapie relate trois années d’ateliers menés au centre psychiatrique de Ziguinchor. Le livre décrit la manière dont cauris, talismans et symboles picturaux complètent les protocoles cliniques contemporains.
Le récit, soutenu par la préface du professeur Alain Gleize, plaide pour une écologie du soin où l’hôpital s’ouvre aux cosmologies locales. L’Harmattan confirme ainsi son attention aux dispositifs hybrides qui réinventent la santé mentale sur le continent.
L’approche intéresse déjà plusieurs universitaires congolais, curieux de confronter rites Kongo et pratiques artistiques urbaines. « Le dialogue entre thérapeutes et tradipraticiens nourrit de nouvelles méthodologies », note un psychiatre de Brazzaville joint par nos soins.
Prioritologie: un concept né à Brazzaville
Avec La science des priorités, le chercheur congolais Julien Francis Moufonda propose rien moins qu’une nouvelle discipline : la prioritologie. En 80 pages alertes, il détaille lois, typologies et applications d’un art de décider qui veut dépasser la gestion classique du temps.
Nourri de cas tirés des entreprises d’énergie et des télécoms de Pointe-Noire, l’essai offre des outils aux dirigeants en quête d’efficacité. Il s’inscrit dans la collection Harmattan Congo-Brazzaville, reflet d’une production intellectuelle nationale de plus en plus structurée.
À Brazzaville, certaines écoles de commerce envisagent déjà d’intégrer le concept dans leurs modules de leadership. Un signe supplémentaire que les idées circulent désormais aussi vite que la musique populaire ou la mode de la Sape.
Patrimoines ouest-africains sous la loupe
Trois titres explorent les socles culturels d’Afrique de l’Ouest. Chez Adama Tomé, l’histoire des peuples du Sud-Ouest burkinabè croise l’art des figures Bateba. El Hadj Souleymane Bah, lui, s’attarde sur le Puutoo, bonnet noble du Fouta-Djallon.
Boundiala Dioubaté, enfin, convie le lecteur à Norassoba, village malien présenté comme un « temple du Bon, du Bien et du Beau ». Les trois ouvrages partagent une même ambition : restituer, par l’image et la narration, des patrimoines longtemps cantonnés à la tradition orale.
Pour les créateurs congolais, l’enjeu est clair : ces monographies prouvent que la valorisation du tissu symbolique local peut séduire un public global. Elles ouvrent la voie à des projets similaires sur les royaumes Téké ou les sculptures de Makoko.
Interculturalité et action sociale
Les deux volumes des Actes du Séminaire International de Dakar, dirigés par Amadou Ndoye, compilent six années de recherches sur la famille, les migrations et l’intervention sociale. Ils rassemblent des voix venues d’Afrique, d’Europe et des Amériques, dessinant une carte des solidarités.
Le premier tome questionne les mutations familiales, le second les défis interculturels. Les contributions insistent sur la formation des travailleurs sociaux, condition essentielle à la cohésion des communautés métissées qui caractérisent désormais Dakar, Abidjan, Douala ou Brazzaville.
L’intérêt de ces Actes pour le public congolais réside dans leur approche pragmatique : études de terrain, propositions opérationnelles, grilles d’évaluation. Une matière précieuse alors que les pouvoirs publics multiplient les programmes en faveur de l’inclusion des jeunes déplacés internes.
Nouvelles pistes pour une santé durable
Dernier volet, la collection santé mêle rigueur scientifique et enracinement local. Louise Renée Loe détaille une diététique adaptée aux diabétiques camerounais, tandis que Symplice Ebo livre une lecture naturopathique du cancer fondée sur les pharmacopées africaines et l’accompagnement holistique.
Dans un contexte où l’OMS rappelle la progression des maladies chroniques, ces deux manuels proposent des réponses accessibles : listes d’aliments, exercices, rituels de prévention. Ils complètent, sans jamais s’y opposer, les protocoles biomédicaux déployés dans les hôpitaux publics régionaux.
En filigrane, L’Harmattan pose une question simple : comment articuler savoirs endogènes et exigences globales ? La réponse, fragmentaire mais stimulante, se lit dans cette mosaïque de livres qui font déjà parler d’eux sur les rives du fleuve Congo.
Une maison attentive à la scène congolaise
Depuis l’ouverture de son antenne congolaise en 2013, L’Harmattan accompagne auteurs, universitaires et jeunes plume issus de Brazzaville ou de Pointe-Noire. Plus de cent cinquante titres ont déjà vu le jour, couvrant histoire, économie, poésie et littérature jeunesse.
Dans un contexte où les pouvoirs publics encouragent la création éditoriale, la maison d’édition se positionne en partenaire naturel. Des masterclass sont prévues en 2025 pour aider les auteurs à structurer leurs projets et à accéder aux circuits internationaux du livre.

