Une émulation numérique au service de la mer
Du 17 au 19 octobre 2025, le centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard de Pointe-Noire a bruissé de claviers et d’échanges passionnés. Pour la première fois, le Congo accueillait un Hackathon des océans, étape locale d’un concours international porté par le Campus de la Mer de Brest.
Porté par l’ONG Renatura Congo, en partenariat avec l’ambassade de France ainsi que les start-up FABLAB et YAMIFY, l’événement visait à imaginer des solutions numériques capables de rendre plus efficace la protection de la biodiversité marine sur la côte Atlantique congolaise.
Congo Terminal, ambassadeur de la RSE portuaire
Parmi les partenaires, Congo Terminal, filiale du groupe Bolloré Ports et concessionnaire du terminal à conteneurs de Pointe-Noire, avait rejoint le jury. L’entreprise était représentée par Raïssa Dekambi, cheffe du service Qualité, Compliance et RSE, connue pour piloter les initiatives environnementales du port.
« Soutenir la jeunesse qui code pour l’océan, c’est soutenir la compétitivité et l’attractivité du port », a-t-elle expliqué en marge des ateliers. Son implication a pesé dans la sélection de projets conciliant innovation, faisabilité économique et impact écologique, trois critères souvent cités par les experts de l’économie bleue.
Trois jours de prototypes et de passion
Durant trois jours, étudiants, ingénieurs, développeurs et designers ont travaillé sans relâche, passant des idées aux maquettes puis aux démonstrations. Les salles improvisées en laboratoires vibraient au rythme des impressions 3D, des lignes de code et des tests de capteurs, dans une ambiance à la fois studieuse et festive.
La cérémonie de clôture, tenue le dimanche soir, a récompensé trois équipes. Le premier prix est allé à une application mobile qui cartographie les nids de tortues marines et alerte les pêcheurs. Le second a distingué un prototype de drone aquatique collectant des déchets flottants.
Les lauréats représenteront le Congo lors de la finale internationale prévue dans quelques mois à Brest. Ils bénéficieront, d’ici là, d’un mentorat assuré par les membres du jury, dont Congo Terminal, afin de transformer leurs prototypes en pilotes exploitables sur le littoral ponténégrin.
Des solutions alignées sur les priorités nationales
Le contenu des projets colla étroitement aux priorités fixées par la Stratégie nationale de la biodiversité 2023-2030, qui promeut la surveillance des écosystèmes, la réduction des plastiques et la valorisation durable des ressources halieutiques. Le ministère de l’Environnement, présent en observateur, a salué l’apport du numérique.
Selon un conseiller technique, les plateformes d’open data produites pendant le hackathon pourraient être intégrées aux réseaux de suivi du littoral opérés par l’Agence nationale de l’environnement. « Le pays gagnera du temps et des moyens en profitant du génie créatif de sa jeunesse », a-t-il estimé.
Un partenariat durable avec Renatura
Pour Congo Terminal, cette implication n’est pas isolée. Depuis 2016, l’entreprise soutient Renatura dans ses campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, de Loango à Djeno. Plus de 350 000 enfants ont ainsi découvert les enjeux de l’océan, preuve qu’un acteur logistique peut aussi être éducateur.
Le partenariat couvre également le suivi scientifique des tortues marines. Les véhicules de Congo Terminal transportent régulièrement les équipements de balisage vers les plages de ponte, réduisant les coûts pour les biologistes. Cette logistique verte participe de la politique RSE valorisée par le groupe à l’international.
L’éducation environnementale comme priorité
Durant le hackathon, plusieurs participants étaient d’anciens élèves touchés par les ateliers Renatura. Leur retour en tant que développeurs confirme l’effet d’entraînement d’une sensibilisation précoce. « En 2010, j’apprenais la migration des tortues ; aujourd’hui je code pour elles », sourit Daniella, ingénieure logicielle d’une équipe finaliste.
Congo Terminal prévoit de renforcer ces programmes d’ici 2026, avec des clubs de codage orientés environnement dans les lycées techniques de Pointe-Noire. L’idée est de nourrir un vivier d’innovateurs capables de transformer la filière maritime, tout en offrant aux jeunes des compétences recherchées sur le marché régional.
Perspectives : du hackathon au terrain
Le succès de cette première édition ouvre la voie à un écosystème congolais de l’innovation bleue. Les organisateurs envisagent déjà une version 2026 axée sur la résilience côtière face aux changements climatiques, avec davantage de partenaires publics et privés pour accompagner le passage à l’échelle.
Pour Patrice Mavouenzela, président de la Chambre de commerce maritime, l’engagement d’entreprises comme Congo Terminal constitue « un signal de confiance » susceptible d’attirer des fonds africains de capital-risque. Plusieurs incubateurs de Brazzaville ont par ailleurs proposé d’accueillir les équipes afin de poursuivre les tests en conditions réelles.
Congo Terminal a déjà réservé un espace sur le port pour des essais grandeur nature de collecte de déchets. Si les résultats sont probants, une phase d’industrialisation pourra être examinée avec le ministère des Transports et de l’Économie bleue, dans le cadre du plan national d’aménagement portuaire.
En reliant innovation, responsabilité sociale et développement économique, le 1er Hackathon des océans de Pointe-Noire confirme que la transition écologique constitue aussi une opportunité de croissance pour le Congo. Derrière les écrans, une génération se lève, prête à coder l’avenir bleu du littoral national.

