Un prix célébrant l’excellence littéraire
Sous les voûtes feutrées d’une galerie de Pointe-Noire, la cinquième édition de Plum’art-Z a dévoilé son verdict : le Grand Prix 2025 revient à l’écrivain-dramaturge Yvon Wilfride Lewa-Let Mandah, ovationné par un public mêlant étudiants, critiques et officiels.
Cette distinction, créée pour saluer les destinées littéraires hors norme, récompense l’ensemble d’une production qui, depuis près de trois décennies, scrute la société congolaise, ses espoirs et ses failles, avec une langue ciselée dont l’auteur fait une arme douce de réforme morale.
Dans la salle, Maître Landry Bongo, président du comité Plum’art-Z, a rappelé que le jury a voté à l’unanimité, soulignant « la capacité de Lewa-Let à tendre un miroir sans concession tout en ouvrant des pistes d’apaisement social ».
La dotation symbolique comprend un trophée en bois d’iroko, un chèque et surtout la promesse d’une tournée de lectures dans les capitales d’Afrique centrale, stratégie visant à tisser un marché francophone plus solidaire autour des plumes du continent.
Portrait d’un créateur pluriel
Né à Pointe-Noire en 1970, Lewa-Let Mandah navigue depuis l’enfance entre bibliothèque paroissiale et ateliers de fortune, là où il découvre Molière, Tchicaya U’Tamsi et Aimé Césaire; un triple choc qui forge son goût du verbe théâtral et la vigueur de ses images.
À 22 ans, il signe « Mon patron n’est pourtant pas un blanc », satire de bureau devenue pièce-fétiche des troupes universitaires; le succès l’encourage à multiplier recueils et essais, jusqu’à compter aujourd’hui treize ouvrages au catalogue, sans jamais céder au confort stylistique.
Comédien aguerri, metteur en scène, interprète bilingue pour des conférences internationales, il revendique un parcours « multitâche » qui, dit-il, « nourrit l’écriture de silences volés aux coulisses et d’odeurs senties sur les docks pétroliers ».
Une œuvre traversée par la quête de la Namenttitude
Le terme, forgé par l’auteur, combine n’âme, humanité et attitude; il désigne cette posture d’équilibre où le bien-être individuel n’exclut pas la responsabilité collective.
Dans « Apocalypse » ou « Hécatombe ou remontada », la scène devient laboratoire moral: personnages corrompus, policiers fatigués, étudiants frondeurs se frottent au dilemme du choix juste, invitant le spectateur à une autocritique plutôt qu’à la plainte.
Les critiques saluent également la musicalité de sa poésie, volontairement ancrée dans les sonorités du kikongo et du lingala, sans sacrifier l’intelligibilité internationale; une approche que la chercheuse française Anne-Sophie Pailloux qualifie de « traduction spontanée de l’âme portuaire ».
Rayonnement international et engagement citoyen
Depuis 1995, Lewa-Let dirige la section congolaise de l’Institut international de théâtre, organisme partenaire de l’UNESCO; à ce titre, il a plaidé pour l’inscription du festival Mantsina sur scène au registre du patrimoine immatériel, valorisant la créativité brazzavilloise.
Invité à Stockholm, Anvers ou Accra, il porte volontiers la veste indigo des sapeurs congolais, convaincu qu’« un écrivain doit donner envie de se tenir droit ». Une élégance qui lui ouvre, selon le critique Godefroy Obenga, « les salons où se décide l’agenda culturel ».
Parallèlement, le pasteur qu’il est devenu préside le Centre de réveil chrétien international de Pointe-Noire; ses prêches dominicaux, souvent retransmis en ligne, insistent sur la concorde et la prévention des violences urbaines, faisant écho aux valeurs prônées dans ses pièces.
Perspectives et nouveaux projets
Alors qu’il s’apprête à célébrer trente ans d’écriture, l’auteur confie préparer un roman historique consacré à la construction du chemin de fer Congo-Océan, sujet où se croisent mémoire ouvrière, conscience écologique et destin urbain de Pointe-Noire.
Il envisage aussi, grâce au partenariat scellé avec Plum’art-Z, un programme de résidences croisées entre Brazzaville et Ouagadougou pour que jeunes dramaturges se frottent à d’autres scènes, « car la littérature africaine doit circuler comme un fleuve, pas comme une rigole », plaide-t-il.
Pour le ministère de la Culture, représenté lors de la remise par la conseillère Sonia Goma, « cette reconnaissance illustre la vitalité créative du Congo-Brazzaville et confirme notre ambition d’en faire un hub majeur de la francophonie artistique ».
Au-delà des honneurs, le Grand Prix inscrit le nom de Lewa-Let Mandah dans un panthéon national où dialoguent désormais littérature, foi et citoyenneté; un triptyque que l’auteur résume ainsi: « Écrire, c’est servir, raconter, puis soigner, toujours ».
Regards critiques et marché éditorial
Au catalogue des éditions L’Harmattan, ses livres se frayent une place régulière dans les bibliothèques d’Afrique centrale, mais aussi au Québec, où l’universitaire Guy Ndiaye consacre chaque année un séminaire à « Mon refuge », qualifié de pont entre spiritualité et management.
L’auteur profite désormais des plateformes audio pour enregistrer ses poèmes, convaincu que l’oralité reste la boussole du lectorat jeune; un choix stratégique, selon l’éditeur Armel Kifoula, « car la voix de Lewa-Let, grave et rythmée, prolonge la chaleur des conteurs ».
Dans la diaspora parisienne, le collectif « Congo-Lectures » prévoit déjà une soirée hommage, tandis qu’à Abidjan la chaîne Class’Culture rapporte une hausse de 15 % des requêtes sur ses ouvrages depuis l’annonce du prix, signe d’un marché stimulant.
La prochaine étape sera sa présence au Salon du livre de Libreville, où il prononcera le discours inaugural dédié aux solidarités littéraires régionales.

