Port-Marly au rythme de la solidarité
Une douce lumière dorée baignait la salle des fêtes de Port-Marly, le 6 décembre, tandis que les premières notes de jazz accueillaient les invités de la troisième édition du gala de charité imaginé par l’association Cedestone, dédiée aux enfants autistes.
Depuis trois ans, ce rendez-vous transforme la petite ville des Yvelines en laboratoire de solidarité, rassemblant bénévoles, familles, personnalités politiques et artistes autour d’une conviction simple : l’inclusion est un droit et non un luxe réservé à quelques-uns.
Sous les rubans bleu cobalt, couleur de la sensibilisation à l’autisme, les convives ont pris place pour un dîner-concert où chaque tableau artistique rappelait la diversité des talents, des voix lyriques au slam, réaffirmant que la différence peut être source d’harmonie.
Cedella Madina Tathy, une voix qui porte
À l’origine de cette mobilisation se trouve Cedella Madina Tathy, entrepreneure sociale formée entre Brazzaville et Paris, convaincue que la bienveillance peut franchir l’Atlantique. « Je veux que chaque enfant autiste sente qu’il a sa place », glisse-t-elle en préambule.
Son association Cedestone naît d’une histoire personnelle : un neveu diagnostiqué tardivement, les regards réprobateurs, le manque criant de structures adaptées. La jeune femme transforme ces obstacles en moteur d’action et organise, dès 2021, un premier gala devenu événement annuel.
Entourée d’une équipe d’une trentaine de bénévoles, elle a bâti un réseau de partenaires franciliens et congolais, des pâtissiers étoilés aux groupes logistiques, afin de donner à la cause les moyens de ses ambitions sans rien céder à l’exigence esthétique du rendez-vous.
Un institut Warren pour Brazzaville
Point d’orgue de la soirée : la collecte de fonds destinée à l’institut psychoéducatif et social Warren, projet pilote qui doit voir le jour à Mfilou, au nord-ouest de Brazzaville. Le futur centre accueillera cinquante enfants dans des classes à effectifs réduits, encadrés par des éducateurs spécialisés.
L’architecte basé à Pointe-Noire, Alain Ngakala, a présenté une maquette circulaire privilégiant la lumière naturelle et les jardins sensoriels. Une approche qui, selon lui, « apprivoise le bruit et favorise la sérénité », conditions précieuses pour des enfants concernés par des troubles du spectre autistique.
Au terme des enchères silencieuses — une guitare signée Lokua Kanza et une toile de l’artiste Moke Bateke — l’urne affichait déjà 68 000 euros, somme qui lancera la première phase des travaux prévue pour le second semestre de l’année prochaine.
Diplomatie et engagement humain
La dimension franco-congolaise du projet a gagné en visibilité grâce à la présence du ministre conseiller Armand Rémy Balloud-Tabawe, mandaté par l’ambassadeur Rodolphe Adada. Saluant « une persévérance admirable », il a souligné la complémentarité entre initiatives citoyennes et action publique.
Pour le diplomate, l’enjeu dépasse la philanthropie : il s’agit de justice sociale face à une réalité encore taboue. Son intervention a rappelé les efforts législatifs engagés à Brazzaville sur la prise en charge du handicap et la nécessité d’impliquer les diasporas dans les solutions concrètes.
Les applaudissements nourris ont consacré une forme de diplomatie douce, faite de proximité et d’écoute. « Dans la douleur comme dans l’espoir, la solidarité devient une force motrice capable de transformer les vies », a-t-il déclaré, faisant écho aux mots de la première dame du Congo lors de précédentes campagnes.
Un regard nouveau sur l’autisme
Au fil de la soirée, psychologues et enseignants spécialisés ont démystifié l’autisme, rappelant qu’il s’agit d’une manière singulière d’interagir avec le monde et non d’une maladie. Leur plaidoyer visait à déplacer le miroir de la pitié vers celui du respect.
Marie-Claire Boukinda, pédopsychiatre à l’hôpital de Talangaï, a rappelé que le dépistage précoce reste un défi : moins de dix pour cent des enfants congolais concernés bénéficient d’un diagnostic avant six ans, faute de centres adaptés.
L’institut Warren veut donc devenir un démonstrateur, où les familles trouveront des ressources mais aussi un message clair : « un enfant autiste est avant tout un enfant, doté de droits fondamentaux qu’il nous revient d’accompagner », insiste Cedella Madina Tathy.
Perspectives et appel à l’action
À l’heure du dessert, les promesses de dons continuaient d’affluer sur la plateforme dédiée, signe d’un engouement que la directrice de Cedestone souhaite inscrire dans la durée, avec un programme de parrainage mensuel et des ateliers de formation à Brazzaville.
La date de la quatrième édition est déjà cochée : décembre prochain, pour célébrer l’avancée des travaux et, surtout, mesurer les progrès des premiers bénéficiaires. D’ici là, Cedella Madina Tathy sillonnera Brazzaville et Pointe-Noire pour plaider la cause d’une inclusion devenue inéluctable.

