Un rendez-vous diplomatique crucial à Paris
Du 1ᵉʳ au 16 octobre, Paris redeviendra l’épicentre de la diplomatie culturelle. Sous la présidence de Vera El Khoury Lacoeuilhe, les cinquante-huit États membres du Conseil exécutif se réuniront pour leur 222ᵉ session, dernière ligne droite avant la Conférence générale de novembre.
Au-delà des rapports budgétaires et des programmes, c’est la succession d’Audrey Azoulay à la direction générale qui focalise l’attention. Le premier tour du vote se tiendra le 6 octobre à 18 heures, dans la salle construite par Marcel Breuer, à huis clos, selon la tradition.
Le calendrier serré de la 222e session
La session s’ouvrira officiellement le 6 octobre par le discours d’Audrey Azoulay, point d’orgue d’un mandat marqué par la réintégration des États-Unis et la consolidation des programmes pour l’Afrique. Aussitôt, les délégations entameront un marathon de débats publics et de tractations privées.
Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, les scrutins se succéderont chaque soir jusqu’au 10 octobre. Le président de la 43ᵉ Conférence générale sera élu dans la foulée, confirmant un calendrier serré où chaque minute compte.
Firmin Edouard Matoko, parcours d’un pilier de l’Unesco
Titulaire d’un doctorat en économie et commerce de l’université La Sapienza, Firmin Edouard Matoko s’est imposé, en vingt-neuf ans, comme l’une des mémoires de l’Unesco. De 2018 à 2022, il a occupé le poste de sous-directeur général chargé de l’Afrique et des relations extérieures.
Auparavant, il dirigeait le bureau multipays de Bamako, puis celui de Maputo, peaufinant une connaissance fine des enjeux éducatifs et patrimoniaux du continent. Un diplomate africain basé à Paris le décrit comme « un artisan patient de consensus, doté d’une solide culture institutionnelle ».
À 61 ans, Matoko capitalise sur un réseau transversal, tissé de ministères de l’Éducation, d’universités et d’ONG. Son passage à la coopération internationale congolaise a également façonné sa sensibilité aux priorités nationales du Plan national de développement 2022-2026.
La vision du candidat pour l’Unesco du futur
Depuis l’annonce de sa candidature en mai, Firmin Matoko plaide pour « une Unesco plus proche des communautés » et pour l’ancrage du numérique dans les programmes scolaires, deux axes qu’il développe lors de rencontres informelles avec les délégations à Paris.
Il insiste sur la transversalité genre, l’inclusion des personnes vivant avec un handicap et la résilience climatique des sites du patrimoine mondial. À ses yeux, la diversité culturelle demeure le ciment le plus sûr face aux tensions géopolitiques.
« Nous devons préserver l’âme du multilatéralisme », martèle-t-il, citant le discours de Léopold Sédar Senghor à l’Unesco en 1978 comme boussole. Son équipe de campagne met en avant son savoir-faire budgétaire, composante jugée déterminante par les bailleurs.
Les enjeux pour le Congo et l’Afrique centrale
Porter un Congolais au sommet de l’agence constituerait une première historique pour l’Afrique centrale. Pour Brazzaville, l’initiative s’inscrit dans la dynamique de diplomatie culturelle voulue par le président Denis Sassou Nguesso, centrée sur la francophonie et la promotion des arts.
Le Congo entend également renforcer l’appui de l’Unesco à la préservation du massif forestier du bassin du Congo, deuxième poumon écologique mondial. L’ascension de Matoko pourrait, selon un analyste de la CEMAC, « amplifier la visibilité des programmes sur l’éducation au climat et la gestion durable du fleuve ».
Dans la diaspora, les réseaux associatifs se mobilisent, multipliant webinaires et podcasts pour expliquer les rouages de l’élection. Au-delà du symbole, ces cercles évoquent l’opportunité d’un meilleur accès aux bourses Unesco pour les étudiants africains.
Entre équilibres géopolitiques et diversité culturelle
L’élection s’annonce ouverte. Les candidats issus d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe défendront leurs atouts, tandis que les grandes puissances scruteront la répartition future des postes-clés. Dans ce ballet feutré, le consensus africain autour de Matoko reste un atout, mais devra se consolider.
Observateurs et anciens ambassadeurs soulignent que la question du financement de l’Unesco, fragilisé depuis plusieurs années, pèsera dans le choix final. La capacité de bâtir des partenariats public-privé crédibles pourrait faire la différence entre deux tours.
Prochaines étapes avant le vote décisif
Jusqu’au 5 octobre, les candidats présenteront leurs programmes lors de séances publiques diffusées en ligne, occasion d’affiner leur visibilité auprès de la société civile mondiale. Matoko prévoit de mettre l’accent sur la synergie entre éducation, sciences et culture comme catalyseur de paix.
Une fois le nom du futur directeur général proposé par le Conseil exécutif, la Conférence générale de novembre ratifiera la recommandation. Pour Firmin Edouard Matoko, la route passe donc par un pari sur la confiance, nourri d’années de service et d’une vision ancrée dans la tradition humaniste de l’Unesco.

