Ferréol Gassackys, une plume au-delà de l’hémicycle
Du 9 au 11 octobre, Cotonou déroulera le tapis rouge à Ferréol Gassackys. L’écrivain et député congolais parraine la troisième édition du Festival international du livre et des arts assimilés du Bénin, le Filab 2025, gratuit et résolument panafricain.
Membre de la commission Affaires étrangères et des Congolais de l’étranger à l’Assemblée nationale, Gassackys conjugue diplomatie et curiosité esthétique. Conseiller des Affaires étrangères, il rappelle souvent que le verbe peut précéder l’action publique et nourrir le dialogue entre institutions, créateurs et citoyens.
Depuis Les hasards du destin paru en 2019 jusqu’à Pachelbel ce génie méconnu annoncé pour 2025, son catalogue alterne poésie, romans et essais. Chaque titre réfléchit les thèmes du destin, de la foi ou de la mémoire, tout en interrogeant subtilement la trajectoire collective congolaise.
Filab 2025, carrefour littéraire africain
Créé en 2021, le Filab s’est rapidement hissé au rang des rendez-vous majeurs de l’édition ouest-africaine. La programmation 2025 explore l’industrie culturelle à l’ère du numérique, thème fédérateur qui scrute la manière dont les créateurs, éditeurs et lecteurs s’approprient les technologies connectées.
Plus de trois cents auteurs, chercheurs et artistes sont attendus, épaulés par un public estimé à six mille visiteurs. Les organisateurs promettent vingt espaces thématiques déployés dans le centre de conférences de Cotonou, afin de relier contenus littéraires, arts visuels, musique et industries créatives émergentes.
La particularité du Filab réside dans sa volonté de confronter générations et géographies. Aux côtés des signatures confirmées comme Gassackys, le festival fait place aux premiers manuscrits et aux livres autoédités, créant une conversation horizontale où l’expérience des aînés répond aux audaces stylistiques de la jeunesse.
Panorama des activités et opportunités
Tout au long des trois journées, les tables rondes disséqueront l’édition numérique, les droits d’auteur ou la traduction interafricaine. Des ateliers d’écriture proposeront aux lycéens de composer des textes multilingues avant de les publier sur une plateforme instantanée, illustrant la démocratisation des moyens de diffusion.
Le programme prévoit également des projections nocturnes de courts métrages inspirés d’ouvrages béninois, un concours de slam, des performances de danse contemporaine et une exposition-vente où les plasticiens repensent la couverture de livres célèbres. L’idée est de brouiller les frontières entre page, scène et écran.
Au-delà de la fête, les professionnels scruteront les tendances du marché. Des agents littéraires installés à Paris, Abidjan ou Libreville rencontreront de jeunes auteurs impatients de signer leur premier contrat. Les éditeurs numériques, eux, chercheront des catalogues africains capables de séduire la diaspora par un clic.
Industrie culturelle et révolution numérique
L’effervescence se nourrit d’un constat : la création africaine gagne en visibilité grâce aux plateformes, des podcasts aux librairies en ligne. Le thème retenu interroge la chaîne de valeur complète, du manuscrit au paiement mobile, et questionne l’équilibre entre créativité locale et distribution globale.
Pour le sociologue béninois Rodrigue Tossou, invité des plénières, « le livre n’a jamais autant voyagé que depuis qu’il tient dans la poche d’un smartphone ». Selon lui, l’enjeu n’est plus d’imprimer mais de rendre visible, lisible et monétisable une production foisonnante.
Ferréol Gassackys, qui diffuse déjà ses poèmes via des applications de lecture africaine, se dit « curieux des passerelles entre texte et algorithme ». Il présentera une version audio interactive de Frikia Pèlerin des âges afin d’illustrer la manière dont la littérature épouse la voix.
Un rendez-vous stratégique pour la jeunesse béninoise et congolaise
La dimension citoyenne du Filab reste cardinale. Des séances d’échanges mettront en avant la lecture comme outil d’insertion et de résilience. Les lycéennes de Cotonou dialogueront avec des étudiantes de Brazzaville connectées à distance, démontrant que l’espace numérique peut étendre la salle de classe.
En marge des discussions, un incubateur éphémère formera de jeunes entrepreneurs à la gestion d’un label littéraire, du marketing d’influence à la logistique. Les mentors insisteront sur les modèles économiques hybrides mariant ventes physiques, abonnements digitaux et produits dérivés, autant de pistes pour revitaliser la chaîne du livre.
Brazzaville – Cotonou, un pont culturel
L’invitation faite à un écrivain congolais souligne le dialogue Brazzaville – Cotonou déjà visible dans la musique ou la mode. Pour Véronique Hounsou, coordinatrice du Filab, « la francophonie n’est pas un couloir mais un carrefour ». Les édifices culturels deviennent ainsi des postes-frontières symboliques.
À l’issue de l’événement, une délégation béninoise projette de se rendre au Salon du livre de Brazzaville pour prolonger l’élan. Ferréol Gassackys voit dans cette circulation des idées « un gage de vitalité », persuadé que le livre demeure un pont plus solide qu’un tarmac.
Les retombées économiques sont également surveillées. Les hôteliers de Cotonou annoncent déjà un taux d’occupation de 90 %, tandis que les librairies espèrent tripler leurs ventes hebdomadaires grâce aux séances de dédicaces programmées en centre-ville.
Pour de nombreux observateurs, l’édition 2025 servira de test grandeur nature avant la candidature du Filab au label Capitale africaine du livre. Un succès renforcerait la position du Bénin comme hub culturel de la sous-région et rapprocherait encore les capitales du Golfe de Guinée.

