Une alliance au service de la PME congolaise
À Pointe-Noire, du 21 au 23 août, le Forum horizon initiative et créativité a scellé une alliance susceptible de redessiner l’échiquier économique national, en liant le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement à l’Organisation de développement des entreprises locales.
Cette convention, signée devant un parterre d’experts et d’étudiants, engage cinq milliards de francs CFA de garanties destinées aux petites et moyennes entreprises membres de l’Odel, répondant ainsi aux ambitions du Plan national de développement 2022-2026 porté par le gouvernement congolais.
Pour les organisateurs, la cinquième édition du Fhic n’était pas un simple rendez-vous de conférences, mais la concrétisation d’une chaîne vertueuse reliant créateurs, institutions financières et autorités locales autour d’un objectif clair : faciliter l’accès au crédit et encourager l’innovation.
Un fonds de garantie pensé pour rassurer les banques
« Le rôle du Figa n’est pas de prêter directement, mais de créer la confiance nécessaire pour que les banques financent artisans et PME », a rappelé son directeur général, Dayi Allaire Branham Kintombo, soulignant l’importance d’un instrument de garantie plutôt que d’un guichet de prêts classique.
Concrètement, le fonds couvre jusqu’à 80 % du risque, réduisant la frilosité des établissements de crédit face à des projets jugés innovants mais insuffisamment capitalisés, un signal perçu positivement par plusieurs directeurs d’agences présents dans l’auditorium du Port autonome.
Le mécanisme s’inscrit aussi dans la stratégie nationale d’inclusion financière lancée en 2021, qui vise à porter le taux de bancarisation à 60 % d’ici 2025, en intégrant pour la première fois des acteurs culturels et créatifs dans les bénéficiaires éligibles.
L’appétit accru pour le financement des industries culturelles répond aussi aux recommandations de la Banque de développement des États d’Afrique centrale, qui voit dans les filières musicales, audiovisuelles ou du design un puissant vecteur de valeur ajoutée et d’exportations.
Kolisa, la microfinance qui change la donne
Aux côtés du fonds de garantie, la ligne de micro-crédit Kolisa a retenu l’attention du public, tant son modèle repose sur la confiance communautaire et la rapidité de décaissement, deux critères souvent réclamés par les entrepreneurs de l’économie créative.
Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, parrain de l’événement, a décidé de doubler le nombre de bénéficiaires, passant de 250 à 500 entrepreneurs, un geste salué par les réseaux de start-up qui y voient une démonstration tangible de soutien gouvernemental.
Soixante-trois virgule huit millions de francs CFA seront alloués, avec des enveloppes variant de 100 000 à un million selon la solidité du business plan, couvrant restauration, commerce en ligne, mode, cosmétique, coiffure et services numériques en pleine expansion dans la ville océane.
Selon l’économiste culture Patrick Bidingou, le modèle Kolisa instaure un « capital patient » qui donne le temps aux jeunes marques de se positionner avant de rembourser, ce que ne permet pas toujours le circuit bancaire traditionnel, focalisé sur le court terme.
Premiers lauréats, premiers succès
Parmi les premiers lauréats, la styliste Ricci El Louemba a confié sa joie après avoir reçu le plafond d’un million de francs : « Cet apport va moderniser ma chaîne d’approvisionnement et créer deux emplois supplémentaires ». Même enthousiasme chez Doriane Mayoukou, active dans la cosmétique bio.
Le directeur adjoint du Figa, Brice Makaya, a détaillé les étapes rigoureuses menant au décaissement : dépôt du dossier, contrôle terrain, contre-expertise par l’institution de microfinance, puis virement effectif sous quinze jours, un calendrier jugé crédible par plusieurs bénéficiaires.
Pour Ebeh Deschagrains, président de l’Odel, l’accord couronne six mois de négociations : « Notre horizon est d’atteindre mille entreprises adhérentes et de générer près de huit mille emplois moyennant ce levier financier ». Les applaudissements ont souligné l’adhésion du public à cette ambition.
De nombreux incubateurs de la place, tels que le Hub Numérique de Pointe-Noire, envisagent déjà de déployer des formations complémentaires en marketing digital pour maximiser l’impact des prêts, arguant qu’un financement sans compétence peut se révéler contre-productif.
Un impact attendu sur l’emploi et la créativité
Les économistes locaux estiment que chaque million injecté dans une PME peut créer entre trois et cinq emplois directs, d’où des projections honorables pour la ville portuaire, qui espère consolider son rang de carrefour logistique tout en dynamisant sa scène culturelle et artisanale.
À court terme, le suivi des performances sera assuré par un comité mixte Figa-Odel, lequel publiera des tableaux de bord mensuels afin d’identifier rapidement les besoins d’accompagnement supplémentaires en formation, digitalisation ou accès au marché public.
Au-delà des indicateurs, cette dynamique illustre la volonté des autorités de consolider un secteur privé capable de diversifier l’économie nationale, encore largement tributaire du pétrole, tout en offrant aux jeunes des perspectives concrètes d’insertion par la créativité et l’entrepreneuriat.
Les artistes, souvent confrontés à la précarité des revenus, voient dans cette ouverture financière une chance de structurer leurs labels, d’investir dans des studios ou de professionnaliser la distribution, conditions essentielles pour se hisser sur les plateformes internationales.
En définitive, la convention Figa-Odel constitue un laboratoire d’expérimentation économique, observé de près par les décideurs régionaux ; son succès pourrait servir de modèle réplicable dans les autres départements, conformément à la vision du président Denis Sassou Nguesso pour une croissance inclusive.

