Un communiqué qui tombe comme un clap final
Le rideau tombera le 26 octobre prochain sur les écrans géants des salles CanalOlympia de Brazzaville, Pointe-Noire et Oyo. L’annonce officielle, datée du 11 octobre, a surpris un public fidèle qui pensait la rumeur de fermeture définitivement dissipée.
En six années d’exploitation, ces complexes cinématographiques ont accueilli blockbusters mondiaux, fictions régionales et spectacles live, devenant l’un des rares lieux climatisés ouverts à tous les budgets. Leur silence imminent provoque autant de nostalgie que de questions chez les professionnels du secteur.
Les raisons d’un repositionnement continental
La direction de CanalOlympia invoque un « repositionnement stratégique » continental. Christine Pujade, présidente du réseau, affirme vouloir concentrer désormais les investissements sur « des projets hybrides plus proches des attentes locales », sans détailler pour l’heure les contours de cette nouvelle feuille de route.
Au Congo-Brazzaville, la sortie se veut organisée. En mars, la ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des Loisirs, Lydie Pongault, recevait la délégation du groupe pour préparer la transition. Elle promettait alors « un accompagnement institutionnel assurant la continuité des projections pour le public ».
Selon une source au ministère, un opérateur privé congolais est déjà pressenti pour reprendre les bâtiments et le matériel, « afin d’éviter toute interruption durable ». L’identité du repreneur reste cependant confidentielle le temps de finaliser les clauses de bail et les normes de sécurité.
Des lieux devenus symboles urbains
Dans le quartier Poto-Poto, la salle de Brazzaville ne se limitait pas aux sorties de films. Entre deux séances, l’esplanade servait de plateau pour les jeunes rappeurs, de catwalk improvisé pour les stylistes sapeurs et de forum pour les collectifs d’auteurs émergents.
À Pointe-Noire, le complexe du quartier Côte Sauvage était devenu un point de ralliement des familles portuaires le samedi soir. Les avant-premières nationales attirant des vedettes comme Samantha Biffot ou Jean-Michel Tchissane animaient la ville au-delà des traditionnels after-works du front de mer.
La salle d’Oyo, inaugurée en présence de plusieurs personnalités locales, offrait à la région des Plateaux une visibilité artistique inédite. Des scolaires y découvraient leurs premiers documentaires, tandis que des associations projetaient des courts métrages luttant contre le décrochage scolaire ou sensibilisant à la préservation de la faune.
Impact social et économique immédiat
La fermeture inquiète aussi pour l’emploi. Chaque site comptait une dizaine de techniciens, caissiers, agents de sécurité, mais aussi des prestataires extérieurs pour la maintenance ou la restauration. « Nous espérons être repris par le nouvel opérateur sans rupture de contrat », confie un projectionniste rencontré à Poto-Poto.
Au Cameroun, au Gabon ou au Bénin, des fermetures similaires ont eu lieu cette année. Les bâtiments sont souvent rétrocédés aux universités ou aux municipalités, appelées à les transformer en centres culturels polyvalents. Les observateurs y voient un signe de maturité des marchés locaux plutôt qu’un recul.
Pour certains analystes, l’enseigne laisse derrière elle un modèle ambitieux, mais coûteux à amortir dans des pays où le pouvoir d’achat reste modeste. D’autres estiment que la forte progression des plateformes de streaming a modifié, plus vite que prévu, les habitudes de consommation d’images.
L’État ouvre la voie à de nouveaux acteurs
« Nous n’avons jamais cessé de soutenir l’exploitation cinématographique », rappelle un cadre du Centre national du cinéma et de l’image animée du Congo. L’institution prépare de nouveaux mécanismes de défiscalisation et encourage des co-productions régionales afin que les écrans congolais diffusent davantage de contenus produits sur le territoire.
Parallèlement, plusieurs entrepreneurs brazzavillois testent des mini-salles de cinquante places, équipées de projecteurs LED moins gourmands en énergie. Un modèle adapté aux réalités des coupures électriques récurrentes. Leur pari : proposer un abonnement mensuel, des films en langue locale et des débats citoyens après chaque projection.
Les cinéastes, eux, y voient l’occasion de consolider un écosystème plus inclusif. « La page CanalOlympia se tourne, mais le besoin de raconter nos histoires reste », insiste la réalisatrice Sonia Mbakou. Elle finalise un long métrage tourné entre Makoua et Loukoléla, qu’elle espère dévoiler dans une salle congolaise.
Et maintenant ? Les pistes pour l’avenir
Dans les universités, des clubs de cinéma envisagent de négocier des créneaux avec le futur exploitant pour maintenir leurs cycles de formation. « Ces fermetures ne doivent pas nous couper de l’image », martèle le professeur Jonas Ngatsé, qui voit dans la transition un moment pédagogique pour parler de gestion culturelle.
Reste la question du calendrier. Le communiqué évoque le 26 octobre 2025 pour Brazzaville, mais sur le terrain, certains évoquent une possible prolongation technique afin de laisser le temps au nouveau gestionnaire d’obtenir les licences de diffusion et de recruter le personnel.
Pour l’instant, les comptes à rebours affichés à l’entrée des salles rappellent que chaque séance devient un événement. Les spectateurs immortalisent leurs tickets sur les réseaux, entre mélancolie et espoir. Car si le rideau se ferme, l’histoire du cinéma congolais, elle, continue de s’écrire.

