Un levier stratégique pour la souveraineté énergétique
À Brazzaville, le lancement officiel du Projet d’amélioration des services d’électricité résonne comme le signal d’une nouvelle ère énergétique. En réunissant autour d’une même table le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Émile Ouosso, et le représentant résident de la Banque mondiale, Clarence Tsimpo Nkengne, les autorités congolaises ont réaffirmé une conviction : la sécurité d’approvisionnement demeure un préalable à tout essor industriel et social. Le financement de 100 millions de dollars, obtenu dans le cadre du partenariat historique avec l’institution de Bretton Woods, s’inscrit dans une trajectoire qui privilégie la consolidation d’infrastructures nationales tout en ménageant les équilibres macroéconomiques (Banque mondiale).
Le contexte est clair : malgré des ressources hydrauliques abondantes et un potentiel de production supérieur à la demande interne, la distribution souffre d’un déficit d’investissement cumulé. En zone urbaine, la vétusté des lignes haute tension limite la fiabilité, tandis que les coupures récurrentes entravent la compétitivité des PME. Pour la jeunesse majoritaire, chaque interruption signifie un frein à l’accès à l’information, à l’e-commerce et aux services culturels en ligne. C’est ce diagnostic partagé qui fonde l’ambition du Pasel, pensé comme outil de souveraineté énergétique et d’inclusion socio-économique.
Modernisation des infrastructures : du transport à la distribution
Premier pilier technique du Pasel, le renforcement du réseau de transport vise à stabiliser l’axe stratégique Pointe-Noire–Brazzaville. L’installation de compensateurs statiques dans trois postes clefs permettra de réguler la tension et de réduire les pertes induites par une charge hétérogène. La réhabilitation des postes 220 kV de Ngoyo et Mbono, ajoutée au remplacement d’isolateurs entre Ngoyo et Mboundi, devrait abaisser sensiblement le taux d’incidents. Selon les ingénieurs du ministère, la marge de manœuvre obtenue pourrait atteindre 15 % de capacité supplémentaire, un gain décisif pour absorber la croissance urbaine attendue dans la décennie.
Au-delà du transport, le projet consacre une enveloppe dédiée à la modernisation des compteurs et au déploiement de solutions de paiement électronique. Cette orientation répond à un double impératif : fiabiliser la facturation et réduire les pertes commerciales. Les études pilotes menées à Brazzaville ont mis en évidence une amélioration de recouvrement supérieure à 25 % là où les compteurs intelligents ont été déployés (Ministère de l’Énergie). À terme, la manne générée par ces économies pourrait être réinvestie dans les zones rurales, où le taux d’électrification demeure en deçà de la moyenne continentale.
Gouvernance et transparence : cap sur la performance publique
L’assistance technique, deuxième composante du Pasel, s’attache à professionnaliser les opérateurs publics. Un audit organisationnel accompagnera la réforme des procédures de passation de marchés, tandis que des sessions de formation certifiantes renforceront la maîtrise des standards internationaux. « Le succès du Pasel dépend de notre capacité collective d’agir de manière concertée, de coordonner nos efforts, d’innover et de servir l’intérêt général avec rigueur, transparence et patriotisme », a insisté le ministre Ouosso lors de la cérémonie de lancement.
La Banque mondiale, de son côté, voit dans cette démarche une occasion de consolider la gouvernance sectorielle. Clarence Tsimpo Nkengne rappelle que « ce projet incarne notre engagement commun pour un avenir énergétique plus durable, inclusif et résilient ». En favorisant la digitalisation des données de consommation et la publication périodique des indicateurs de performance, l’initiative entend accroître la confiance des usagers et des investisseurs privés. L’arrivée attendue de producteurs indépendants, notamment dans le solaire hors-réseau, pourrait ainsi être accélérée grâce à un environnement réglementaire clarifié.
Électrification inclusive : vecteur de développement humain
Au-delà des chiffres, le Pasel s’inscrit dans une ambition plus large : bâtir une croissance qui profite à l’ensemble des Congolais. L’accès fiable et abordable à l’électricité influence directement l’indice de développement humain, de la santé à l’éducation en passant par la culture numérique. Pour de nombreux jeunes entrepreneurs, la stabilité du réseau conditionne la pérennité d’initiatives dans les industries créatives, moteur d’innovation et d’emploi. En zone rurale, l’éclairage scolaire en soirée pourrait améliorer significativement les taux de réussite aux examens, tandis que les centres de santé gagneraient en sécurité pour la conservation des vaccins.
Les trajectoires africaines montrent qu’un pourcent d’augmentation de la couverture électrique peut entraîner jusqu’à 0,5 % de croissance supplémentaire du PIB (Commission économique pour l’Afrique). Le Congo, déjà engagé dans la diversification de son économie, y voit un accélérateur de transformation. En inscrivant la jeunesse au cœur du dispositif – ateliers de formation, incubateurs d’énergies renouvelables, bourses d’ingénierie – le Pasel entend catalyser un cercle vertueux où création d’emplois et cohésion sociale se nourrissent mutuellement.
Cap 2030 : une transition énergétique maîtrisée
En se dotant d’un cadre structurant, le Congo-Brazzaville consolide sa feuille de route 2030, qui vise une augmentation substantielle du taux d’électrification nationale et une réduction des émissions carbone par kilowatt-heure. Le Pasel n’est certes qu’une pièce d’un puzzle plus vaste – reliant grands barrages, centrales hybrides et mini-réseaux solaires – mais il en constitue la charnière opérationnelle.
À l’horizon 2027, date d’achèvement prévue, l’indicateur de satisfaction client devrait dépasser 80 %, selon les projections officielles. Ce signal positif renforcerait la confiance des partenaires techniques et financiers, à commencer par l’incontournable Banque mondiale. Pour l’heure, la concertation engagée avec les collectivités, les organisations de la société civile et les acteurs privés laisse augurer une appropriation nationale exemplaire. Aussi, de Brazzaville à Pointe-Noire, l’espoir se conjugue désormais à l’impératif de résultats concrets, pierre angulaire d’une transition énergétique maîtrisée et inclusive.

