Montée en puissance de la justice environnementale
Lorsque la présidente de la chambre correctionnelle a fait retentir son marteau dans la salle d’audience boisée du tribunal de grande instance d’Impfondo, la sentence a résonné bien au-delà des murs du palais. Trois ans de réclusion pour Jodel Mouandola, deux ans pour Arel Ebouzi et Parfait Mbekele, assortis d’amendes et de dommages s’élevant à quatre millions de francs CFA : rarement la justice congolaise s’était montrée aussi ferme face à la délinquance faunique. Ce verdict, commenté avec sobriété par le parquet – « un signal fort adressé aux réseaux criminels », a déclaré le substitut du procureur –, traduit la consolidation d’une jurisprudence qui, depuis une décennie, ne cesse de se durcir à l’égard des trafics d’espèces protégées.
Impfondo, carrefour stratégique de la Likouala
Située à la lisière septentrionale du vaste massif forestier du bassin du Congo, la petite ville d’Impfondo est traversée par le fleuve Oubangui, qui ouvre un corridor fluviatile vers les marchés transfrontaliers. C’est dans cette géographie propice aux échanges rapides que les trois prévenus ont été interpellés, le 27 mai dernier, alors qu’ils s’apprêtaient à écouler une peau de panthère et plusieurs centaines d’écailles de pangolin géant. Les gendarmes, épaulés par la direction départementale de l’Économie forestière et les techniciens du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, avaient minutieusement suivi la filière durant plusieurs semaines. Un officier confie que « la pression sur les trafiquants a changé de camp : nous investissons désormais le terrain avant qu’ils n’atteignent les frontières ».
Un verdict enraciné dans la législation de 2008
Le fondement juridique de l’affaire n’a laissé aucune zone d’ombre. L’article 27 de la loi 37-2008 sur la faune et les aires protégées interdit strictement l’importation, l’exportation, la détention et le transit d’espèces animales intégralement protégées, sauf dérogation scientifique. La panthère (Panthera pardus) et le pangolin géant (Smutsia gigantea) font partie de cette liste au plus haut niveau de protection. En reconnaissant les faits, les trois prévenus ont admis avoir violé non seulement le droit national, mais aussi les engagements internationaux du Congo, partie à la Convention de Washington (CITES). « Le respect de ces textes renforce notre crédibilité diplomatique et atteste de notre souveraineté environnementale », rappelle un juriste du ministère de l’Économie forestière.
Coopérations institutionnelles et partenariats de terrain
Au-delà du prétoire, l’affaire révèle un maillage opérationnel associant forces de sécurité, magistrature et société civile. Les ONG spécialisées, en particulier celles qui mènent des actions de sensibilisation auprès des communautés riveraines, jouent un rôle anticipatif dans la transmission d’alertes. Dès réception des premiers renseignements, des patrouilles mixtes ont été dépêchées entre Impfondo et Epéna, contribuant à l’arrestation du propriétaire des trophées. Selon un représentant du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, « ce travail de coordination est indispensable pour que la loi ne reste pas une coquille vide ». Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs ou agences techniques, saluent une « dynamique nationale cohérente » qui s’inscrit dans les orientations prônées par les autorités centrales.
Perceptions locales et enjeux socioéconomiques
Dans les villages de la Likouala, l’économie de subsistance repose encore largement sur les ressources forestières. Certains habitants expliquent que la valeur marchande des écailles de pangolin – utilisées en médecine traditionnelle en Asie – peut atteindre l’équivalent de plusieurs mois de revenus. Toutefois, la multiplication des opérations de contrôle et la visibilité des condamnations commencent à infléchir les attitudes. « Il devient plus risqué de vendre que de protéger », estime un chef de village, qui souligne parallèlement la montée d’initiatives de filières alternatives, comme la valorisation du miel forestier ou l’écotourisme fluvial. Les autorités départementales encouragent ces voies de diversification en partenariat avec des programmes de développement rural.
Perspectives pour la biodiversité congolaise
À l’échelle nationale, les observateurs voient dans l’affaire d’Impfondo la confirmation que la lutte contre la criminalité faunique se hisse au rang de priorité stratégique. Des protocoles de partage de données entre régions, une montée en compétence des magistrats spécialisés et la modernisation des brigades forestières constituent autant de leviers évoqués lors des dernières Assises nationales sur l’environnement. À court terme, les peines prononcées devraient avoir un effet dissuasif ; à moyen terme, elles pourraient inspirer d’autres juridictions. Comme le résume un haut fonctionnaire du ministère de la Justice, « la protection du vivant est désormais indissociable de l’État de droit ». Pour la panthère, le pangolin et l’ensemble du patrimoine naturel congolais, cette jurisprudence trace une voie de renforcement durable.

