Police de proximité et sport : un tandem stratégique
Promu par le Commandement des forces de police et inauguré au stade Ornano, le tournoi de football des catégories U13 et U20 se présente comme le premier jalon d’un programme de police de proximité reposant sur la dynamique sportive. « Le ballon rond peut, mieux que bien des sermons, détourner nos cadets des tentations de la rue », a fait valoir le colonel-major Hugues Ondongo, président du comité d’organisation, lorsqu’il a détaillé les contours de l’événement devant un parterre d’élus locaux et de représentants ministériels (Les Échos du Congo-Brazzaville).
En offrant à seize clubs venus de Brazzaville, d’Ouesso et d’Ignié cinq jours de compétition encadrée, l’institution policière endosse un rôle d’animateur social. Cette démarche s’inscrit dans la logique internationale de « community policing », où l’agent en uniforme troque ponctuellement le sifflet de circulation contre le sifflet d’arbitre afin de tisser, sur la pelouse, un relationnel apaisé avec la population.
La jeunesse congolaise au cœur de la prévention
Dans un contexte où l’urbanisation rapide expose les adolescents à des réseaux de petite criminalité, déplacer la focale sécuritaire vers la prévention constitue, selon le sociologue Urbain Mabiala, « un investissement rentable à long terme, car il réduit la récidive avant qu’elle n’existe ». L’initiative bénéficie du soutien du Conseil consultatif de la jeunesse et du ministère de l’Enseignement technique, qui y voient une passerelle vers l’insertion professionnelle grâce à la discipline sportive.
Au-delà du spectacle, chaque mi-temps est ponctuée de causeries sur la citoyenneté, la non-violence et la gestion des conflits. L’objectif affiché n’est pas la prouesse athlétique, mais l’apprentissage de règles transposables hors du stade : respect de l’arbitre, sens du collectif, acceptation de la sanction. En ce sens, le football devient un langage commun où la règle du hors-jeu résonne comme une leçon de légalité.
Sécurité participative : vers un modèle durable
Si les mécanismes répressifs demeurent indispensables, la hiérarchie policière insiste sur la complémentarité des outils préventifs. Le général André Fils Obami-Itou évoque « une main tendue plutôt qu’un poing fermé », rappelant que l’adhésion des jeunes aux institutions fait partie intégrante de la stabilité nationale.
Le pari est désormais d’inscrire ce tournoi dans une saisonnalité régulière, voire de l’étendre à d’autres disciplines culturelles pour consolider le maillage social. Le succès d’audience des premiers matchs, relaté par la presse locale, laisse augurer un engouement populaire susceptible d’alimenter un cercle vertueux : plus de visibilité pour le sport de base, moins de désœuvrement dans les quartiers périphériques, et une relation police-citoyen fondée sur la confiance plutôt que sur la crainte.

