Un vernissage haut en couleurs à Pointe-Noire
Le soir du 22 décembre, la cour intérieure du musée Cercle africain vibrait d’une atmosphère de fête : tapis rouge, projecteurs mobiles, odeur persistante d’acrylique fraîche. Le vernissage de la septième édition du Salon de peinture du Congo ouvrait ses portes devant un public curieux et exigeant styles.
Sur la tribune, Lis Pascal Moussodji, directeur de cabinet de la ministre de l’Industrie culturelle, saluait un à un les artistes, entouré des représentants d’Eni Congo, de l’Unesco et de la Fondation musée Cercle africain, tous engagés à faire de la capitale économique un phare culturel majeur.
Le cliquetis des verres de bissap pétillant couvrait parfois la voix d’Alphonse Chardin Nkala, directeur général des Arts et des Lettres, qui rappelait dans son discours que « Pointe-Noire, jadis chantier pétrolier, devient désormais chantier d’imagination », s’attirant une salve d’applaudissements nourrie par la fierté de la jeunesse locale émergente.
Peinture et histoire, un thème fédérateur
Le fil rouge de cette édition, « Peinture et histoire », invite chaque visiteur à voyager entre mémoire et pigment. Les cimaises accueillent ainsi des récits visuels de la période précoloniale aux pages urbaines contemporaines, révélant ce que l’historienne Anne Lafont nomme une archive sensible et partagée maintenant.
Devant un grand format du Brazzavillois David Banzouzi, figurant l’épopée de la Croix du Congo, un visiteur s’exclamait : « On devrait enseigner cette toile à l’école ». La remarque résume l’ambition curatoriale : rendre l’histoire accessible, non en manuels austères, mais en images vibrantes et nuancées, pour toutes les générations futures.
Selon Moussodji, la peinture agit ici comme « source primaire et miroir de son époque ». Cette dialectique passé-présent, largement commentée pendant la leçon inaugurale de Biram Mbarou Diouf, rappelle que l’art visuel peut aussi servir de pont entre réflexion académique et émotion populaire dans la cité portuaire actuelle.
Une scène panafricaine de 27 talents
Vingt-sept artistes, six pays, un seul plateau. Le Salon réunit des pinceaux venus d’Angola, d’Afrique du Sud, du Rwanda, du Sénégal, de RDC et des deux principales villes congolaises. Cette géographie volontaire rompt l’isolement créatif souvent reproché aux scènes nationales du continent, en célébrant leurs diversités artistiques.
Dans l’aile gauche, l’Angolais Tiago Kikumba expérimente l’huile sur tôle ondulée tandis qu’à l’opposé la Sud-Africaine Naledi Mokoena juxtapose acrylique et perles Ndebele. Le parcours devient mosaïque de techniques, signe, selon Diouf, que « l’Afrique ne parle pas d’une seule voix, elle chante en polyphonie » audacieux et réceptif ici.
Cette cartographie plurielle offre aussi de nouveaux débouchés aux artistes locaux. « En trois jours, j’ai vendu deux toiles », sourit la Ponténégrine Sarah Kadiata, dont les portraits d’ouvriers portuaires partent à Dakar. Les prix oscillent entre 5 000 et 1 925 000 FCFA, preuve d’un marché régional en nette progression récente déjà.
Le marché de l’art congolais se structure
Depuis la première édition en 2019, le Salon accompagne l’anniversaire du musée Cercle africain et agit comme baromètre du secteur. Les galeristes brazzavillois scrutent les signatures montantes, tandis que les entreprises pétrolières locales amorcent des politiques d’achat, sensibles au mécénat.
Brice Olivier Kamwa Ndjatan, représentant de l’Unesco, souligne que l’organisation reste prête « à accompagner la structuration du marché par la formation et la numérisation des archives ». Un message accueilli favorablement par les associations d’artistes, souvent confrontées au manque de visibilité hors des réseaux sociaux actuels.
Pour l’économiste de la culture Jean-Marie Portella, présent dans l’assistance, l’enjeu est d’établir un code d’éthique des ventes. « Le collectionneur doit être rassuré sur la provenance », insiste-t-il, rappelant que la transparence booste la confiance, donc la valeur des œuvres produites localement à moyen et long terme.
Une plateforme de vente en ligne, NgomaArt, devrait être lancée en 2024. Catalogue haute définition et paiement mobile money viseront à connecter les artistes ponténégrins avec la diaspora congolaise.
Patrimoine local, horizon global
Au-delà de la transaction, le Salon joue un rôle de diplomatie douce. Les artistes étrangers logent chez l’habitant, visitent le port autonome, improvisent des ateliers pour écoliers. Ces échanges tissent, selon l’administrateur Diouf, « un réseau qui dépasse les frontières administratives » et renforce la solidarité créative panafricaine.
L’événement constitue aussi une vitrine touristique. Les agences incluent désormais la visite dans leurs circuits de fin d’année, couplant les tableaux avec la gastronomie côtière. Une stratégie gagnante, analyse Nkala, car « l’image d’un pays passe autant par ses paysages que par l’imaginaire de ses artistes » créateurs.
À moyen terme, le comité culturel envisage de délocaliser certaines expositions à Oyo, Dolisie ou Ouesso, afin de toucher un public national élargi. Un premier pas pourrait être franchi dès 2024, sous réserve de financements, confirmant la volonté d’inscrire l’art dans une circulation intérieure régulière et inclusive demain.
En attendant, jusqu’au 18 janvier, les visiteurs peuvent encore flâner sous les poutres coloniales du Cercle africain, s’attarder devant cent cinquante toiles et repartir, selon Nkala, « avec une histoire supplémentaire à raconter ». Une expérience où chaque coup de pinceau affirme l’avenir artistique du Congo et d’ailleurs.

