Couche à jeter : du collectif à la liberté créative
Sur les hauteurs sonores de Brazzaville, le chanteur Couche à jeter tourne aujourd’hui une page déterminante. Figure autrefois flamboyante d’Extra Musica Zangul, il quitte l’ombre pour écrire en solo une trajectoire pensée depuis des années, mûrie dans les coulisses, entre voyages, répétitions nocturnes et rencontres capitales.
Il confie que la décision, loin d’être un caprice, répond à une aspiration personnelle : « Je sens que j’ai grandi », souffle-t-il, sourire en coin. Des années d’apprentissage auprès de Roga Roga l’ont, selon lui, doté de l’assurance indispensable pour piloter désormais son propre navire artistique.
Pesa makambo, miroir d’un parcours
Le premier maxi-single, baptisé Pesa makambo, se présente comme un carnet intime rythmé par les guitares seben, les cuivres conquérants et une ligne de basse moelleuse. Le titre-clé raconte sans détour les coulisses d’un artiste souvent incompris, décidé à convaincre même les sceptiques les plus tenaces.
Dans le refrain, il clame être un « mal nécessaire » pour la musique congolaise, formule piquante qui nourrit déjà les débats sur les réseaux. Ce mélange d’assurance et d’autodérision incarne la signature Couche à jeter : un verbe franc, épicé d’humour, toujours accroché à des mélodies populaires.
Des rives du Congo vers l’horizon
S’il enregistre au calme des studios DM Record, l’artiste vise loin. Les premières écoutes internes évoquent une distribution numérique simultanée sur toutes les plateformes mondiales, avant une version physique destinée aux mélomanes de Brazzaville, Pointe-Noire, Kinshasa et aux diasporas installées à Paris, Bruxelles et Montréal.
Pour accompagner la sortie, deux concerts pilotes sont annoncés, l’un au Palais des congrès de Brazzaville, l’autre dans la grande salle du Centre culturel Jean-Baptiste Tati Loutard à Pointe-Noire. Les fans y découvriront un spectacle pensé comme un voyage audiovisuel, entre chorégraphies futuristes et clins d’œil traditionnels.
Loyengué ya Brazza, moteur scénique
Derrière Couche à jeter gravite la troupe Loyengué ya Brazza, escouade énergique de danseurs menés par Missile Drôle. Leur réputation de faiseurs d’ambiance n’est plus à prouver sur le boulevard de la Paix où les répétitions, souvent publiques, font lever une audience bigarrée d’étudiants, taximen et commerçants.
À leurs côtés, Tâta Matsoua, Eboué Boss, Android et Fara Mbonda apportent chacun sa couleur : déhanchements couper-décaler, pas de soukous revisités, gymnastique acrobatique. « Nous voulons que les gens respirent notre musique avec les yeux », glisse Android, convaincu que le langage du corps précède souvent la guitare.
Autoproduction maîtrisée
Dans un contexte où la scène locale se professionnalise, Couche à jeter mise sur l’autoproduction, sécurisé par quelques mécènes discrets. « Cela me donne la liberté d’aller vite », souligne-t-il. Le budget principal couvre l’enregistrement, le clip et la location des lumières LED, indispensables au rendu immersif recherché.
Il évoque aussi la longévité, valeur rare dans un marché dominé par le single éphémère. En s’en remettant, dit-il, « à l’Architecte universel », il rappelle la dimension spirituelle qui irrigue les studios brazzavillois : prières, encens, puis capture des prises vocales en une pression sur REC.
Calendrier et feuille de route
La date précise de sortie reste confidentielle mais DM Record l’estime « imminente ». Les dernières séances de mixage se concentrent sur la spatialisation des chœurs et des percussions live. Une fois le master validé, une campagne d’affichage urbain, teasers TikTok et passages radio se déploieront.
Couche à jeter planche également sur une mini-tournée dans les lycées et universités, histoire d’enrôler la Génération Z avant les scènes payantes du week-end. Ce contact direct, hérité des cabarets de Bacongo, demeure pour lui l’outil marketing le plus crédible : le bouche-à-oreille vivant.
Un écosystème musical en ébullition
Le timing de Pesa makambo s’avère opportun. Depuis le triomphe de Fally Ipupa au stade des Martyrs de Kinshasa, la rumba et le soukous bénéficient d’un regain médiatique continental. Les playlists afropop accueillent désormais sans complexe les guitares congolaises, réconciliant danse de salon, trap et synthés highlife.
Au Congo-Brazzaville, l’écosystème se structure grâce aux efforts du ministère de la Culture et d’initiatives privées comme la plateforme Baziks. Studios numérisés, formations sonores et fiscalité incitative favorisent l’émergence de projets neufs. Couche à jeter s’inscrit pleinement dans cette dynamique jugée stratégique par les décideurs.
Les analystes estiment que cet artiste, déjà rompu à la discipline des tournées internationales d’Extra Musica, possède l’atout réseau. Son carnet d’adresses couvre les programmateurs de festivals d’Abidjan, Rabat et Berlin. Si le single performe, une tournée panafricaine pourrait sceller son passage de choriste à tête d’affiche.
En attendant, Brazzaville bruisse de rumeurs. Les DJs testent déjà des extraits clandestins dans les bars de la rue Mâ Loango. L’écho grandit, promettant de transformer le lancement de Pesa makambo en petit événement national, nouveau chapitre d’une musique congolaise toujours portée par la créativité et l’audace.
Si la promesse se confirme, Couche à jeter rejoindra la lignée des performers capables de fédérer les deux rives culturelles du fleuve, unissant Brazzaville et Kinshasa dans un même souffle musical, quelque part entre nostalgie rumba et pulsations afrobeats.

