Brazzaville célèbre la vitalité organologique
Sur les rives du fleuve Congo, la 12ᵉ édition du Festival panafricain de musique fait résonner, du 19 au 26 juillet, l’écho des cultures plurelles du continent. Au-delà des concerts et des colloques, un moment symbolique a captivé l’attention : la remise officielle de nouveaux instruments traditionnels au Musée panafricain de la musique. La ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des Loisirs, Marie Hélène Lydie Pongault, a salué « la force d’un geste qui conjugue mémoire et avenir » tandis que le commissaire général du Fespam, Hugues Gervais Ondaye, évoquait « un acte de transmission intergénérationnelle ».
L’événement conforte la vocation de Brazzaville à se positionner comme carrefour des patrimoines. Dans une démarche respectueuse de la souveraineté culturelle des États, la République du Congo poursuit, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, une politique de valorisation des expressions artistiques nationales et régionales, plaçant la culture au cœur du développement.
Une diplomatie du don instrumental
Les pièces remises — pendé, tambour, goni, inanga, umuduri, inyahura et xylophone — proviennent de la République démocratique du Congo, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Rwanda et du Sénégal. Chacun de ces objets, façonné dans un bois ou un cuir spécifiques, porte la marque d’un territoire, d’une langue et d’un rituel distincts. « Le goni n’est pas une simple flûte ; il est la voix des griots qui chantent l’épopée collective », a rappelé Abdou Sambadjiata, directeur général de la Culture ivoirienne. La Mauritanienne Vienvona Bobajidou a, pour sa part, souligné que l’inanga reste traditionnellement réservé aux hommes pendant les cérémonies d’investiture ou les noces de prestige.
Ces dons relèvent d’une diplomatie douce où la circulation des objets précède celle des idées. Dans le sillage de la Charte de Brazzaville pour la culture, adoptée en 2019, les États parties encouragent l’échange d’œuvres patrimoniales pour renforcer la cohésion continentale. Cette politique trouve un soutien institutionnel auprès de l’Union africaine, qui voit dans la musique un outil d’intégration aussi puissant que la libre circulation des personnes.
Dialogues culturels et mémoire sonore continentale
Depuis son ouverture au public en 2008 à l’École nationale des beaux-arts Paul-Kamba, le Musée panafricain de la musique s’est imposé comme un conservatoire vivant. Vingt-et-un pays y ont déjà déposé des artefacts, transformant la collection en fresque organologique. « Nous abritons aujourd’hui plus de quatre cents pièces, reflet de la mosaïque africaine », précise le directeur Honoré Mobonda.
Chaque instrument consigne une parcelle d’histoire orale. Le pendé, tambour sacré du Kwilu, résonne lors des rites agraires. L’umuduri, arc musical rwandais, accompagne les berceuses qui apaisent les jeunes mères. En préservant ces sonorités, le musée protège des savoir-faire de facture, des techniques de jeu et des répertoires qui risqueraient autrement de s’effacer sous la pression de la modernité électronique.
Numérisation : le patrimoine à portée de clic
Le projet Prima, mené avec le Musée des instruments de musique de Bruxelles, a permis de numériser une part significative des collections brazzavilloises. Photogrammétrie, enregistrements haute définition et fiches ethnomusicologiques bilingues alimentent désormais une base de données accessible en ligne. Cette mise à disposition répond aux attentes des chercheurs, mais aussi des jeunes curieux, pour qui le numérique est l’espace naturel de la découverte.
Cette stratégie s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, misant sur la culture comme levier d’innovation. L’État congolais, conscient des potentialités éducatives, encourage de surcroît les programmes de résidence artistique et les ateliers de lutherie moderne inspirés des formes traditionnelles. Le musée devient ainsi une plateforme où se croisent archéologie sonore et création contemporaine.
Perspectives pour la jeunesse congolaise et africaine
La réception de ces instruments ouvre de nouvelles perspectives pédagogiques. Des master-classes, animées par les délégations étrangères, initient les étudiants de l’Institut national des arts à des techniques vocales et instrumentales rarement enseignées dans les conservatoires classiques. « Comprendre la vibrante polyrythmie du sabar sénégalais permet d’enrichir l’écriture des musiques urbaines actuelles », explique le musicologue congolais François-Xavier Ikomba.
En facilitant l’accès à un patrimoine commun, le Fespam nourrit un sentiment d’appartenance continentale chez les jeunes générations. Alors que les industries culturelles africaines connaissent une croissance soutenue, la maîtrise de ces racines confère un avantage créatif dans les marchés globaux. En conjuguant sauvegarde, innovation et diplomatie, Brazzaville confirme sa place d’atelier central où se façonne, au rythme des tambours et des cordes d’ébène, la bande-son de l’Afrique du futur.

