Brazzaville célèbre un plaidoyer logistique
La saison sèche offrait un ciel limpide, ce 8 août, lorsque les salons lambrissés d’un hôtel de Brazzaville ont accueilli la présentation publique de « Impact du secteur des transports et de logistique sur le développement économique et social pour l’intégration régionale de la République du Congo ». L’ouvrage, paru chez L’Harmattan, est signé du Dr Dominique Candide Fabrice Koumou Boulas, directeur général du Conseil congolais des chargeurs et président de l’Union des chargeurs africains. Autour de lui, universitaires, professionnels du fret et représentants institutionnels ont livré un débat dense qui a rappelé la place centrale, mais encore sous-exploitée, de la chaîne logistique dans la trajectoire socio-économique congolaise.
Des infrastructures au service de la diversification
Déployant une analyse nourrie d’indicateurs macro-économiques, l’auteur rappelle que les infrastructures de transport ne sont plus de simples outils d’évacuation des matières premières. Elles constituent désormais des actifs stratégiques susceptibles de stimuler la diversification voulue par les autorités congolaises. Les programmes d’extension du port en eau profonde de Pointe-Noire, les projets de modernisation ferroviaire et les corridors terrestres qui relient les deux capitales les plus proches du monde — Brazzaville et Kinshasa — dessinent, selon lui, une matrice logistique capable de réduire les coûts de transaction et d’attirer de nouveaux investissements manufacturiers.
Compétitivité, emplois et ZLECAF
Le livre souligne que chaque dollar investi dans la logistique génère un effet multiplicateur supérieur à celui de nombreux secteurs extractifs, notamment grâce aux emplois directs et indirects qu’il induit. Les corrélations établies entre le volume du trafic portuaire de Pointe-Noire et la progression du produit intérieur brut congolais corroborent cette hypothèse. Dans le sillage de la Zone de libre-échange continentale africaine, l’auteur estime que l’amélioration de l’interconnexion routière et ferroviaire de l’Afrique centrale pourrait augmenter de 25 % les échanges intrarégionaux sur un horizon quinquennal. Il note toutefois que les goulets d’étranglement réglementaires et la rareté des compétences spécialisées pèsent encore sur la compétitivité nationale.
Une feuille de route scientifique pour les décideurs
Sans occulter le contexte de volatilité des cours pétroliers ni les contraintes budgétaires, le Dr Koumou Boulas propose une batterie de mesures, parmi lesquelles un financement mixte des infrastructures, l’optimisation des droits de transit et la création de centres de formation dédiés aux métiers du fret. Le Pr Moukala Kadima Nzusi, chargé de la critique littéraire lors de la cérémonie, a salué « la rigueur d’une plume qui allie données statistiques et souci de l’impact social ». Selon lui, le livre ouvre une réflexion pragmatique sur la manière d’ancrer la logistique dans les politiques de développement durable et d’industrialisation progressive.
Entre diagnostic et prospective régionale
Au fil de ses 265 pages, l’ouvrage dresse un tableau nuancé : si la baisse structurelle des recettes issues du pétrole invite à diversifier les sources de richesses, la géographie du Congo — carrefour fluvial et côtier — offre un avantage comparatif rare sur le continent. Des zones économiques spéciales correctement irriguées par les corridors routiers, ferroviaires et maritimes pourraient, selon l’auteur, transformer le pays en plateforme d’exportation pour l’hinterland d’Afrique centrale. Les responsables publics présents ont pris note de cette invitation à hisser la logistique au rang de priorité stratégique, consciente qu’une intégration régionale réussie renforcerait la résilience économique et améliorerait le quotidien des populations.

