Course mondiale à la direction de l’Unesco
La course à la direction générale de l’Unesco entre dans sa phase décisive, et le Congo-Brazzaville avance une candidature que beaucoup n’avaient pas anticipée. Firmin Édouard Matoko, diplomate chevronné, se veut le porte-étendard d’une vision africaine ouverte aux défis planétaires.
Face à l’Égyptien Khaled El-Enany et à la Mexicaine Gabriela Ramos, l’ancien sous-directeur général pour la Priorité Afrique sait que chaque voix comptera lors de la 43e Conférence générale prévue en novembre à Samarcande, haut lieu symbolique des échanges anciens.
Un profil forgé par trois décennies
Économiste du développement formé à Paris, Matoko a passé plus de trente années dans les arcanes onusiennes. Des couloirs de New York aux programmes de terrain à Lomé, il a affûté cette diplomatie du résultat qui privilégie la négociation au spectaculaire.
Ses soutiens rappellent qu’il dirigeait encore récemment la Priorité Afrique, portefeuille stratégique qui irrigue 54 pays membres. À ce poste, il a amplifié les partenariats public-privé, mobilisé des fonds innovants et accompagné l’essor des industries culturelles numériques.
Un programme centré sur l’avenir
Le manifeste qu’il défend se structure autour de la modernisation intelligente de l’Organisation. Matoko insiste sur l’éducation à l’ère de l’intelligence artificielle, voulant que les cursus primaires et universitaires embrassent la robotique tout en préservant les humanités africaines.
Il propose une Unesco plus agile face aux impacts du climat, misant sur des observatoires régionaux capables d’alerter les États côtiers dès que la montée des eaux menace un site classé. Les Mangroves du Bas-Congo deviennent alors laboratoire de résilience mondiale.
Troisième axe, l’économie créative: l’organisation, sous son égide, soutiendrait davantage les jeunes labels urbains, incubateurs de jeux vidéo et studios d’animation, convaincu que la culture génère du PIB et un sentiment d’appartenance qui fait barrage aux extrémismes.
La diplomatie congolaise en action
Depuis janvier, le ministère des Affaires étrangères congolais pilote un ballet diplomatique inédit. Le chef de l’État Denis Sassou Nguesso a confié au Premier ministre Anatole Collinet Makosso la mission de présenter la candidature sur chaque continent, du Cap à Buenos Aires.
Jean-Claude Gakosso, chef de la diplomatie, a pour sa part bouclé en juillet une tournée éclair de sept capitales africaines. Les entretiens, rapportent ses services, ont souligné la nécessité pour le continent d’obtenir une voix plus audible dans les enceintes multilatérales.
Matoko, rarement avare de contacts, a profité de chaque escale pour dialoguer avec les commissions nationales Unesco et les organisations de la société civile, misant sur leur influence diffuse auprès des délégués qui voteront à Samarcande à bulletin secret.
Soutiens continentaux et asiatiques
Le communiqué conjoint signé à Hanoï en juin a marqué un tournant. Les cinq capitales asiatiques visitées ont signalé, selon la délégation congolaise, leur disposition à soutenir une candidature africaine capable de servir d’interface entre Nord et Sud.
De l’autre côté de la mer Rouge, Djibouti a exprimé, le 10 août, un soutien officiel jugé décisif. « Matoko connaît la machine et partage nos priorités éducatives », a résumé le président Ismaïl Omar Guelleh, ravi de voir la francophonie gagner en visibilité.
Les observateurs notent toutefois que l’élection se jouera aussi sur les équilibres latino-américains et européens. Là encore, Brazzaville multiplie les démarches confidentielles, consciente que la neutralité affichée de plusieurs délégations peut se transformer, la veille du scrutin, en ralliement opportun.
Vers une gouvernance multilatérale renouvelée
Au-delà du seul vote, le discours de Matoko s’inscrit dans la réflexion plus large sur le multilatéralisme. « Les grilles de lecture d’hier s’effritent », répète-t-il, rappelant que la pandémie puis la guerre en Europe ont rebattu les cartes de la coopération.
Sa future méthode, précise-t-il, renforcerait la place des organes directeurs tout en ouvrant davantage les portes du secrétariat aux réseaux académiques et à la jeunesse connectée. L’objectif reste le même depuis 1945 : façonner la paix par la culture et la science.
Au-delà de l’élection, un enjeu pour l’Afrique
Si Matoko l’emporte, il deviendra le deuxième Subsaharien à occuper ce fauteuil, trente-sept ans après le Sénégalais Amadou-Mahtar Mbow. Pour beaucoup de jeunes Africains, l’élection représenterait un signal fort de reconnaissance et de confiance dans les compétences régionales.
En attendant le verdict de Samarcande, artistes, étudiants et entrepreneurs culturels du continent suivent la campagne avec attention. Quel que soit son résultat, la démarche congolaise aura, d’ores et déjà, repositionné le débat sur la place des cultures africaines dans le récit mondial.
Les milieux universitaires saluent également la candidature, rappelant que le Congo fut l’un des premiers pays de la région à inscrire le patrimoine oral des Tékés au registre Mémoire du monde. Cette antériorité renforce, selon eux, la crédibilité culturelle de Brazzaville.
À l’heure où l’Unesco débat de la restitution des œuvres africaines, la présence d’un directeur général originaire du Bassin du Congo pourrait accélérer les négociations, tout en favorisant la mise en place de centres d’excellence locaux pour la conservation et la formation muséale.
Rendez-vous est pris en novembre: au carrefour de la route de la soie, se jouera aussi un morceau du futur culturel africain.

