Lancement attendu à Loudima
Sous un soleil d’août, le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Émile Ouosso, a donné à Loudima le coup d’envoi de la réhabilitation de la ligne haute tension Pointe-Noire-Brazzaville, épine dorsale de 500 kilomètres qui soutient la moitié du trafic électrique national et irrigue des ateliers créatifs.
Le geste symbolique – remettre un morceau de câble flambant neuf au directeur général d’Eni Congo – a rappelé combien la qualité du courant reste une attente quotidienne pour ménages, entrepreneurs et services publics, au sud comme au nord du fleuve.
Un chantier stratégique de 500 km
Le chantier concerne une ligne 220 kV posée à la fin des années 1980. Conduites marécageuses, pylônes corrodes et câbles fatigués seront remplacés ou renforcés, tandis que neuf postes stratégiques, de Ngoyo à Mindouli, recevront des transformateurs modernes et des systèmes de surveillance numérique.
Selon la Direction générale de l’Énergie, l’opération devrait réduire drastiquement les pertes techniques, limitant les micro-coupures qui handicapaient durablement les industriels de Pointe-Noire et les hôpitaux de Brazzaville. L’objectif officiel reste un rendement du réseau supérieur à 95 % en 2026, dès la prochaine saison sèche.
Enjeux pour les villes créatives
Au-delà de la dimension technique, l’électricité stable nourrit l’effervescence culturelle des deux métropoles. Studios d’enregistrement, ateliers de graphistes et scènes de slam tournent au ralenti chaque fois que le voltage chute. Un réseau fiable peut, demain, prolonger les concerts et élargir les sessions de mixage nocturnes.
Le peintre brazzavillois Dieudonné Mouissi confie que « la lumière constante change la palette ». Il prévoit d’ouvrir, dès la mise à niveau terminée, une résidence d’artistes éclairée vingt-quatre heures, soutenue par des associations locales qui saluent l’initiative gouvernementale.
Eni Congo, partenaire technologique
Depuis un mois, les équipes d’Eni Congo quadrillent la forêt, hissant grues et drones pour cartographier le tracé. Son directeur général, Andrea Barberi, promet « un pont stratégique entre les besoins pressants d’aujourd’hui et les ambitions durables de demain », insistant sur le respect des délais.
Filiale du géant énergétique italien, l’entreprise co-gère déjà la Centrale électrique du Congo depuis 2010, à laquelle elle fournit gaz et expertise. La centrale assure plus de 70 % de la production nationale, avec une fiabilité de 98 %. Autant dire que l’exploitant connaît la partition sur toute la gamme électrique.
Impact environnemental et fiabilité
La modernisation privilégiera des conducteurs à faible résistance, limitant l’échauffement et donc la déforestation liée aux coupes de sécurité. Des compensateurs statiques, installés à Loudima et Mindouli, corrigeront les variations de puissance, évitant le gaspillage énergétique et les pics de carbone.
Les ingénieurs évoquent un réseau « plus intelligent ». Capteurs en temps réel, centres de contrôle redondants et protocoles cyber-sécurisés permettront une maintenance prédictive, rarissime en Afrique centrale. Le pari : moins d’interventions d’urgence, plus de planification, donc des coûts publics maîtrisés.
Regard des artistes sur la lumière
Dans les quartiers culturels de la côte, le collectif de rappeurs Baobab City imagine déjà un festival lights-mapping sur la plage de Loango, mu par le nouveau réseau. « Sans générateurs bruyants, le flow sera plus pur », sourit l’artiste Tshipou, micro à la main.
Les salles de spectacle de Brazzaville, souvent contraintes d’annuler des représentations, espèrent tourner la page des black-outs. Pour la metteuse en scène Irène Kimbembe, « disposer d’une tension stable, c’est aussi garantir un environnement sûr pour le public et le matériel scénique ».
Perspectives pour la sous-région
Le corridor Pointe-Noire-Brazzaville alimente déjà le câblier binationale vers Kinshasa et un échange transfrontalier avec Cabinda. Sa montée en puissance consolidera la Zone de libre-échange continentale, en offrant un socle énergétique aux projets de data centers et de streaming africains.
Le secrétariat de la Communauté économique des États d’Afrique centrale voit dans ces travaux un futur hub interconnecté, capable d’exporter des mégawatts vers le Gabon et le Cameroun. Un premier pas vers la mutualisation régionale des investissements et une baisse progressive des tarifs.
Une énergie pour demain
À Loudima, le morceau de câble brandi par le ministre a surtout symbolisé un engagement : doter le Congo d’une électricité fiable, moteur discret de la création artistique et du développement industriel. De l’atelier au studio, la promesse de lumière continue aiguise déjà les imaginaires.
Si le calendrier est tenu, les premiers kWh du nouveau réseau circuleront fin 2025. Les jeunes entrepreneurs culturels, eux, comptent les jours. Car, comme le résume le guitariste Jorel Tadi, « chaque note a besoin d’énergie pour vibrer longtemps ». Et la ligne renaît.

