La dynamique victorieuse d’un collectif en maturation
Décembre dernier, dans la touffeur de Malabo, la sélection locale congolaise a franchi un palier symbolique en dominant la Guinée équatoriale deux buts à un. Ce succès, faisant suite à un nul solide à Bata quelques jours plus tôt, a refermé une année 2024 marquée par l’endurance et la recherche d’automatismes. « Nous avons gagné en constance, c’est le fruit d’un travail entamé depuis près de deux ans », confiait le sélectionneur Barthélémy Ngatsono au sortir de la rencontre.
Si l’on remonte à janvier 2023, le bilan peut sembler contrasté avec deux revers face au Cameroun et au Sénégal, mais il révèle surtout une courbe d’apprentissage ascendante. Le onze local, exclusivement composé de joueurs issus du championnat national, a su digérer les frustrations pour transformer ses atouts physiques en un pressing haut plus discipliné. Cette évolution tactique, saluée par plusieurs analystes de la Confédération africaine de football, place désormais le Congo parmi les outsiders crédibles de la prochaine édition du Championnat d’Afrique des nations.
Le CHAN, miroir du championnat national
Créée pour valoriser les talents évoluant sur le continent, la compétition est devenue un baromètre de la bonne santé économique et structurelle des ligues locales. À Brazzaville, la Fédération et les clubs se sont engagés dans un dialogue permanent pour fluidifier les calendriers et permettre aux internationaux A’ de conserver du rythme. « Contrairement à une idée reçue, un joueur qui reste au pays ne manque pas d’exposition, à condition que le championnat soit compétitif », explique Jonas Malonga, chroniqueur sportif pour Radio Congo.
Les enceintes rénovées à l’occasion des Jeux africains de 2015 accueillent désormais des affluences régulières. Le Stade Alphonse-Massamba-Débat, en particulier, sert de laboratoire aux expérimentations tactiques du staff national. Le public y découvre de jeunes profils, à l’image du milieu récupérateur Ravy Kikounga, 21 ans, dont la lecture du jeu et la couverture de terrain évoquent déjà les standards de l’élite continentale.
Enjeux économiques et diplomatie sportive
Au-delà de la pelouse, le parcours de Congo B porte des attentes qui dépassent le cadrage-débordement. Avec plus d’un tiers de la population ayant moins de vingt-cinq ans, la République du Congo voit dans le football un puissant levier de cohésion sociale. Les autorités nationales accompagnent le mouvement : des partenariats publics-privés ont favorisé la réhabilitation des académies régionales, tandis que des programmes de bourses encouragent la poursuite d’études supérieures des athlètes.
Le volet diplomatique n’est pas en reste. Lors de la récente visite à Brazzaville du président de la CAF, Patrice Motsepe, les discussions ont porté sur l’organisation d’événements de jeunesse et sur la mise en valeur du tourisme sportif. Dans une conjoncture continentale concurrentielle, réussir une campagne au CHAN permettrait de renforcer l’image d’un pays stable et résolument tourné vers l’intégration régionale.
Un groupe D ouvert mais piégeux
Le tirage effectué à Abidjan a placé le Congo dans le groupe D, aux côtés du Nigeria, du Sénégal et du Soudan. Sur le papier, l’adversité semble relevée, mais l’historique récent invite à la prudence des favoris. En amical, les Diables rouges locaux avaient dominé Madagascar et buté d’une courte tête seulement sur le Sénégal, preuve que les écarts se réduisent.
Pour leur entrée en lice à Lusaka le 5 août 2025 face au Soudan, les Congolais ambitionnent de frapper fort. « Nous voulons livrer un message d’assurance : respecter tout le monde, ne craindre personne », martèle le capitaine Dimitri Bissiki. Les préparateurs physiques misent sur un stage de haute altitude à Dolisie afin d’optimiser l’endurance anaérobie, élément capital dans des tournois à cadence resserrée.
Perspectives au-delà de la compétition
Quelle que soit l’issue de la campagne, la sélection A’ s’érige déjà en incubateur pour l’équipe première. Plusieurs cadres, à commencer par le latéral gauche Lorry Mayombo, sont pressentis pour figurer sur la liste des qualifications à la Coupe du monde 2026. Cette porosité entre sélections illustre la volonté de la Fédération d’instaurer une filière technique unifiée.
À plus long terme, l’ambition est claire : faire du football une industrie culturelle structurante, capable de générer de l’emploi et d’attirer des investisseurs étrangers. Les réformes en cours dans la gestion des droits télévisuels et la création d’un fonds de soutien médical aux joueurs constituent des jalons tangibles. En cela, la trajectoire de Congo B, conjuguant performance sportive et responsabilité sociétale, esquisse un modèle que d’autres nations d’Afrique centrale observent avec intérêt.

