Brazzaville prépare son grand colloque
Le 18 décembre, dans les couloirs feutrés du Palais du Peuple, un projet a franchi une étape décisive : celui d’un colloque international dédié à Mgr Benoît Gatsongo, prélat visionnaire disparu il y a bientôt quarante-cinq ans, dont l’aura continue d’irriguer la société congolaise.
Un héritage spirituel et scientifique à l’honneur
Figure majeure de l’Église catholique au Congo-Brazzaville, Mgr Gatsongo fut aussi un penseur attentif aux mutations sociales des années d’indépendance. Ses homélies, conservées dans les archives diocésaines, abordaient déjà la place du dialogue interreligieux et de l’éducation citoyenne dans la construction nationale.
Le colloque de janvier 2026 vise à revisiter ces écrits, à les croiser avec les recherches contemporaines et à mesurer leur pertinence pour les défis actuels. « Nous voulons offrir une lecture renouvelée de son message », confie le théologien Fidèle Makosso, membre du comité scientifique.
Le rôle moteur du Sénat congolais
Reçu en audience par le président Pierre Ngolo, le comité d’organisation a exposé le budget prévisionnel, chiffré à cinquante-sept millions de francs CFA, couvrant logistique, publications et accueil des intervenants étrangers. Le Sénat est sollicité pour un accompagnement financier mais aussi institutionnel.
« La Haute Chambre entend soutenir toute initiative qui éclaire la mémoire nationale et renforce la recherche », a rappelé le sénateur Sylvestre Milandou, voyant dans ce colloque un vecteur de rayonnement pour le pays. Un comité mixte Sénat-organisateurs doit se réunir dès janvier 2025.
Au-delà de l’appui financier, la chambre haute pourrait mettre à disposition ses infrastructures, notamment la salle des Conférences internationales, réputée pour son équipement audiovisuel. Cette perspective garantirait un haut niveau de prestations et réduirait les coûts liés à la location de sites privés.
Trois jours de travaux pour éclairer une vie
La première journée, centrée sur la cérémonie d’ouverture, donnera la parole à des historiens, à des représentants ecclésiaux et à des témoins directs de l’action pastorale de Mgr Gatsongo. Une leçon inaugurale, encore confidentielle, devrait être prononcée par un éminent universitaire camerounais.
Les deuxième et troisième journées seront rythmées par des panels thématiques sur la gouvernance ecclésiale, la réalité sociopolitique des années 1970, et la place de la doctrine sociale dans le développement. Chaque intervention sera évaluée par un comité de lecture avant d’être intégrée aux actes officiels.
Une programmation ouverte à la jeunesse
Le comité prévoit une session spécifique pour les étudiants des universités Marien Ngouabi et Kintélé. Ils pourront présenter des posters scientifiques ou des performances artistiques inspirées de la pensée de Mgr Gatsongo, créant ainsi un pont entre recherche académique et expressions créatives.
« La jeunesse est attendue, car elle porte l’avenir du pays », insiste Mgr Brice Ibombo. Des bourses de transport et d’hébergement seront attribuées aux participants résidant hors de Brazzaville, grâce au concours de partenaires privés sensibles à la valorisation du patrimoine spirituel.
Un concours numérique sera lancé sur les réseaux sociaux pour recueillir vidéos, podcasts et illustrations dédiés à la vie de l’évêque. Les lauréats verront leurs créations projetées durant le colloque, illustrant l’engagement des natifs du numérique pour le patrimoine.
Vers un rapport aux résonances nationales
À l’issue des travaux, un rapport final rassemblera recommandations et perspectives. Il sera transmis aux ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur pour nourrir les politiques publiques en matière de recherche historique et de valorisation des figures nationales.
Les organisateurs ambitionnent également une diffusion au sein des établissements secondaires, sous forme de modules pédagogiques. Un partenariat avec la télévision publique est évoqué afin de capter les moments forts et de les rendre accessibles à la diaspora.
Une figure qui dépasse les clivages
Depuis son ordination épiscopale en 1963, Mgr Benoît Gatsongo avait multiplié les initiatives de dialogue, même durant les périodes de turbulence politique. Son approche inclusive reste citée en exemple par de nombreux observateurs, qu’ils soient croyants ou non.
Pour l’historienne Obamba Loufoua, « le prélat a su conjuguer engagement pastoral et sens aigu de l’État ». Une articulation qui, selon elle, mérite d’être étudiée à la lumière des défis actuels de cohésion sociale et de consolidation institutionnelle.
Le colloque se veut donc un espace de dialogue dépassant les appartenances politiques ou religieuses, fidèle au parcours de celui qui prônait la pluralité des loyautés au service d’un même idéal national.
Un horizon 2026 déjà en chantier
D’ici au lancement officiel, plusieurs étapes jalonneront l’agenda : appel à communications, mobilisation des financements, édition des supports. Les organisateurs envisagent aussi une tournée de sensibilisation à Pointe-Noire, Dolisie et Oyo pour élargir l’adhésion populaire autour du projet.
La perspective de janvier 2026 laisse donc un délai confortable pour peaufiner la dimension internationale de la rencontre. Des académiciens de Kinshasa, Dakar et Paris ont déjà manifesté leur intérêt, promettant une diversité de regards sur l’œuvre de l’évêque congolais.
En soutenant cette initiative, les pouvoirs publics consolident la place de la recherche dans le récit national et mettent en lumière une figure qui continue d’inspirer le vivre-ensemble. Ce pari sur la mémoire, loin d’être nostalgique, s’inscrit dans une dynamique de projection.

