Christelle Nanda sacrée des deux rives du fleuve
L’année 2024 s’ouvre sur un éclat pour Christelle Nanda. L’actrice a raflé, à Kinshasa puis à Brazzaville, le trophée de Meilleure actrice de la République du Congo et le prestigieux Prix du Mérite Denis-Sassou-N’Guesso pour son rôle dans « Violent ».
Ces distinctions, qui saluent à la fois le talent individuel et la vitalité du cinéma national, placent Nanda au centre d’une dynamique créative transfrontalière. « Ces prix m’obligent à rester à la hauteur », confie-t-elle, sourire pudique mais regard décidé (Les Dépêches de Brazzaville).
Une performance muette mais bouleversante
Dans « Violent », réalisé par Albe Diaho, Nanda incarne Therez, femme prisonnière d’une violence conjugale insidieuse. Le personnage parle peu ; tout passe par la posture, le tremblement d’une main, la lumière changeante du regard.
« Le silence est parfois plus chargé qu’un monologue », note l’actrice. Le tournage inversé, concentré sur quatre jours intenses, a exigé d’elle une endurance mentale et physique rare. Chaque scène, filmée hors chronologie, imposait de retrouver instantanément l’émotion exacte.
Responsabilité artistique et ambition collective
Recevoir deux trophées rapproche-t-il du sentiment d’aboutissement ? « Pas du tout », répond Nanda. Elle voit plutôt un appel à creuser plus profond, à porter des récits qui sondent la société congolaise dans ses nuances, ses douleurs et ses élans.
Elle souhaite que ces lauriers stimulent un dialogue durable avec les décideurs culturels. « Le cinéma peut devenir un secteur structurant, créateur d’emplois et d’image pour le pays », insiste-t-elle, soulignant l’importance de financements pérennes et de formations spécialisées.
Les médias, chaînon culturel manquant
Pour Nanda, la visibilité d’un film naît dans la presse avant même l’affiche en salle. « Nous manquons encore de critiques formés, capables d’accompagner le public », avance-t-elle, plaidant pour des rédactions culturelles fortes.
Elle estime qu’un média engagé documente le processus créatif, interroge les enjeux économiques et garde en mémoire les œuvres. « Sans cette caisse de résonance, notre production reste confidentielle », résume-t-elle, appelant radios, journaux et plateformes à s’ouvrir davantage.
La place des femmes, un foyer de création
Les distinctions reçues par Nanda témoignent aussi d’un glissement des lignes de pouvoir devant et derrière la caméra. « Le regard féminin enrichit l’esthétique et la narration », affirme-t-elle, citant l’arrivée de jeunes réalisatrices et cheffes opératrices.
Elle encourage l’industrie à offrir des personnages féminins complexes, ancrés dans la réalité congolaise. « Plus nos rôles sont authentiques, plus le public se reconnaît », explique-t-elle, convaincue qu’un cinéma inclusif est synonyme de créativité démultipliée.
Construire un cinéma à la mesure du pays
Brazzaville et Pointe-Noire possèdent déjà des salles modernes, mais le réseau reste mince. Nanda rêve d’une politique de diffusion qui irrigue tout le territoire, des festivals scolaires jusqu’aux plateformes de streaming régionales.
Elle applaudit les récents partenariats public-privé qui soutiennent les productions locales, tout en appelant à des dispositifs fiscaux incitatifs. « Les histoires sur grand écran façonnent l’imaginaire collectif », rappelle l’actrice, persuadée que la valeur symbolique rejaillit sur l’économie.
Messages aux aspirantes actrices
Aux jeunes femmes qui l’interrogent sur les chemins possibles, Nanda répond invariablement : travail, patience et fidélité à soi-même. « Rien ne s’obtient gratuitement, mais chaque effort laisse une trace », dit-elle.
Elle conseille de choisir des projets qui résonnent avec leurs convictions. « L’important est de savoir poser un non ferme lorsque le personnage dénature vos valeurs », poursuit-elle, évoquant sa propre trajectoire faite d’attentes et de refus assumés.
Prochains rôles, mêmes exigences
Forte de sa nouvelle visibilité, l’actrice prépare deux longs métrages : un drame social tourné à Dolisie et un thriller psychologique écrit par un scénariste de la diaspora. « Je sélectionnerai, comme toujours, des rôles porteurs de sens », promet-t-elle.
Elle envisage également de coproduire des projets émergents, utilisant son réseau pour attirer des capitaux, mais refuse de céder sur la qualité. « Le succès ne doit pas devenir une excuse pour la facilité », martèle-t-elle, rieuse mais résolue.
Un écho régional déjà perceptible
Le double sacre a immédiatement suscité l’intérêt de festivals africains. Des programmateurs de Dakar, Ouagadougou et Yaoundé ont sollicité « Violent ». « Cette circulation des œuvres élargit notre horizon », se réjouit Nanda.
Elle y voit la preuve qu’un film né à Brazzaville peut toucher des publics multiples sans perdre son identité. « Notre singularité est notre force », conclut-elle, bien décidée à porter la bannière congolaise sur les plus grands écrans du continent.

