Un choc à Annaba, des tribunes aux écrans
La dernière note est tombée comme un riff final : Nigeria 2, Congo 0. Dans un stade d’Annaba pourtant acquis à la cause des Diables rouges, l’échec a résonné jusqu’aux maquis de Brazzaville, lieu symbolique des célébrations sportives nationales.
Avec deux points au compteur, les Congolais ferment la marche du groupe D. Les statistiques sont implacables, mais le scénario reste serré : un but annulé contre le Soudan, une barre transversale face au Sénégal, puis les filets nigérians restés vierges jusqu’à la 56ᵉ minute.
« Nous n’avons jamais décroché, mais nous avons manqué de souffle sur la dernière montée », soupire le gardien Pavelh Ndzila, encore casque d’écoute sur les oreilles, conscient que les supporters retiendront avant tout la sortie prématurée.
Les clés tactiques d’une sortie prématurée
Sur le plan collectif, l’équipe a oscillé entre pressing haut et repli bas, sans véritable transition. Le sélectionneur Isaac Ngata avait misé sur un 4-3-3 modulable, mais les pistons se sont rarement projetés ensemble, laissant l’avant-centre Junior Makiesse isolé.
Le Nigeria, au contraire, a insisté sur les couloirs ; Yusuf a trouvé la faille en profitant d’un marquage désorganisé. « Le manque de repères vient d’un championnat à l’arrêt plusieurs mois pour raisons sanitaires », rappelle le technicien rwandais Antoine Hey, invité des plateaux d’ACF.
Physiquement, la différence s’est creusée à la reprise. Dix ballons perdus dans le premier quart d’heure de la deuxième période contre le Nigeria ont acté la cassure. Le deuxième but d’Alimi dans le temps additionnel cristallise un déficit de lucidité collective.
Pourtant, l’axe Batokio–Mabiala a longtemps repoussé les assauts. Cette solidité partielle nourrit le discours fédéral : « Nos garçons ont montré du cœur », affirme le président de la Fédération congolaise, Jean-Guy Blaise Mayolas, qui préfère parler d’“apprentissage accéléré”.
Une préparation domestique en question
La Ligue 1 congolaise a repris tardivement, laissant les internationaux locaux sans compétition de haut niveau pendant huit semaines. « On ne forge pas une condition cardio en camp fermé seulement », glisse le préparateur kenyan Moses Wanjala, engagé pour le stage de Dolisie.
Les primes, versées tardivement, ont fait couler autant d’encre que de sueur. Si le ministre des Sports Denis Christel Sassou Nguesso a assuré que « toutes les obligations contractuelles ont été respectées », la rumeur a enflé sur un versement fractionné la veille du match décisif.
Le staff a dû composer avec trois forfaits musculaires avant même la phase de groupes. Le capitaine Bercy Gandzé concède que « l’adrénaline ne remplace pas le mélange volume-intensité qu’on trouve dans les championnats réguliers ».
À l’échelle régionale, certaines fédérations organisent désormais des mini-ligues estivales. La FECOFOOT envisage de dupliquer ce format, convaincue que « le rythme se cultive, il ne s’achète pas », selon son directeur technique, Valdo Mbenza.
Échos des vestiaires et regards d’experts
Dans le couloir menant aux bus, le sélectionneur a félicité chaque joueur. Geste simple, mais important : la Fédération voulait montrer l’unité du groupe malgré le résultat. « Nous ne sommes pas passés loin », assure le milieu Durel Avounou, casque vissé sur la tête.
Les analystes de Radio Congo Brazzaville relativisent la déception : sur quinze tirs cadrés concédés en trois matchs, seuls trois ont fini au fond. « La base défensive existe, on doit maintenant muscler la projection et la finition », résume le statisticien Cyrille Mavoungou.
Sur les réseaux, artistes et influenceurs ont réagi. Le rappeur Yekima a tweeté un soutien : « On tombe, on se relève. Le foot reste notre poésie de rue. » Ce croisement entre culture urbaine et football illustre la place identitaire du sport dans la créativité congolaise.
Plusieurs académies privées proposent déjà des stages mixtes sport-études. L’ancien international Oscar Ewolo plaide pour « un pipeline clair de progression métier » afin que la sélection s’appuie sur des talents aguerris, sans perdre l’âme batailleuse qui la caractérise.
Cap sur l’avenir : pistes de renouveau
À court terme, la FECOFOOT prévoit deux amicaux en octobre contre le Bénin et le Togo, afin d’enchaîner minutes officielles et tests tactiques. Les supporters espèrent aussi la réouverture complète du stade Alphonse Massamba-Débat pour accueillir ces rencontres.
Le programme Vision 2026, lancé l’an dernier, cible la création d’un centre d’excellence à Oyo, avec un encadrement médico-sportif partagé. « Nous progressons à petits pas, mais dans la bonne direction », assure la conseillère technique Nathalie Okemba.
Le rendez-vous des éliminatoires de la CAN 2025 pointe déjà ; les Diables rouges n’auront pas le luxe d’une longue introspection. Ils avancent avec l’idée que chaque revers peut devenir moteur. L’histoire du football africain fourmille de ces rebonds imprévus.
