Un nouveau visage à la tête des Diables rouges
Le football congolais s’apprête à tourner une nouvelle page avec la nomination de Fabrizio Eraldo Cesana à la tête des Diables rouges, une désignation annoncée depuis plusieurs semaines et confirmée devant la presse brazzavilloise le 29 août.
Le technicien italien, jusque-là responsable des moins de dix-sept ans, succède à Paul Put et hérite d’une sélection marquée par un parcours houleux dans les qualifications pour la Coupe du monde 2026, ponctué de défaites et d’un forfait contre le Niger.
Son discours inaugural, ferme sans emphase, a mis l’accent sur la jeunesse, la cohésion et la patience, des valeurs qui résonnent avec l’ambition gouvernementale de faire du sport un facteur d’unité nationale et de rayonnement régional.
Entre héritage local et diaspora
Cesana a retenu vingt-quatre joueurs, dont dix-sept issus du groupe qui a disputé le dernier Championnat d’Afrique des nations, preuve que la continuité sert de colonne vertébrale à son projet.
Les sept appelés de la diaspora, pour la plupart en activité en Turquie, Italie ou Émirats arabes unis, apportent une expérience internationale bienvenue mais arrivent fréquemment à la dernière minute, compliquant la construction des automatismes collectifs.
« La cohésion compte davantage que les changements constants », a-t-il martelé, assumant une prédilection pour une ossature locale qui puisse travailler régulièrement au centre technique de Kintélé, loin des contraintes des calendriers européens.
Cette orientation s’inscrit dans la politique fédérale axée sur la valorisation des clubs domestiques, parmi lesquels l’AS Otohô ou l’Étoile du Congo, régulièrement soutenus lors des compétitions interclubs régionales.
Un premier défi nommé Tanzanie
Le 5 septembre, le stade Alphonse-Massamba-Débat accueillera la Tanzanie pour le baptême du feu du nouvel entraîneur, un adversaire que Cesana décrit comme « compact, puissant et doté de fortes individualités ».
Si le Congo n’a pas encore engrangé le moindre point dans ce groupe, l’objectif immédiat reste la victoire, ne serait-ce que pour préserver les chances mathématiques et, surtout, redonner confiance à un public passionné mais exigeant.
« Je ferai les trois matches et après on verra si le coach est bon ou pas », a plaisanté l’Italien, conscient qu’un succès rapide installerait son discours dans le réel et non dans l’abstraction des projets à long terme.
Vers une stratégie à long terme
Derrière l’urgence, Cesana pose déjà les jalons d’un chantier plus vaste : former une base stable, capable de porter les couleurs nationales jusqu’aux éliminatoires de la CAN 2027, sans se contenter d’éclats sporadiques.
Le staff compte intensifier l’utilisation des bases de données vidéo et des outils de performance, domaine dans lequel la fédération a récemment investi, conformément aux orientations du ministère des Sports en matière de modernisation.
Plusieurs analystes saluent cette démarche. « Le défi est de traduire la science des données en résultats visibles sur le terrain, sans perdre l’identité de jeu congolaise fondée sur la spontanéité technique », rappelle l’ancien international Oscar Ewolo.
Dans les bureaux de la fédération, on insiste sur la nécessité d’une synergie entre programmes de formation et infrastructures, un axe stratégique qui devrait bénéficier du nouveau complexe multisports annoncé sur les bords du fleuve.
Liste des 24, miroir d’une ambition équilibrée
Trois gardiens locaux, menés par Simon Ulrich Samba, encadrent une défense où l’on retrouve l’infatigable Béranger Itoua et le jeune Djigo Saikou, révélation du championnat algérien.
Au milieu, la polyvalence de Chandrel Massanga complète l’activité de Vincent Nzaba, alors que Digne Pounga, formé à Atalanta, apporte la touche transalpine qui n’est pas sans rappeler le parcours même du sélectionneur.
Devant, la fougue de Deo Gracias Bassinga s’articule avec la puissance de Mignon Koto, tandis que Carly Ekongo, héros du dernier derby ferroviaire, incarne l’espoir populaire d’un renouveau offensif capable de faire vibrer Brazzaville.
La ferveur des supporters et l’enjeu social
A Brazzaville, les abords du stade se parent déjà des couleurs rouge et vert. Les vendeurs ambulants, éternels baromètres de l’enthousiasme populaire, écoulent écharpes et vuvuzelas tandis que les réseaux sociaux se gorgent de messages d’encouragement.
Pour de nombreux jeunes, la sélection nationale représente un ascenseur symbolique : si l’équipe gagne, l’idée d’une réussite collective transcendante semble soudain possible, malgré les défis économiques quotidiens.
Le sociologue Clément Louamba note que « chaque victoire sportive agit comme une catharsis sociale, elle renforce le sentiment d’appartenance et apaise temporairement les tensions urbaines », un constat déjà observé lors des belles campagnes de la génération 1972.
Un marché des talents en mouvement
Les recruteurs européens suivent déjà plusieurs noms de la liste, notamment Grace Mavoungou et Janard Berlhod Mbemba, preuve que ces éliminatoires servent aussi de vitrine individuelle.
La fédération affirme vouloir protéger ses pépites à travers des clauses de formation et un suivi juridique accru, afin que le départ de jeunes talents s’accompagne de retombées financières pour les clubs formateurs et le développement local.
Cet écosystème, désormais mieux structuré, s’aligne sur le plan national de soutien aux industries sportives, à la croisée des enjeux économiques et culturels, exposé lors du dernier Forum Investir au Congo.
Dans ce contexte, le duel face à la Tanzanie dépasse le cadre sportif ; il cristallise une dynamique nouvelle où performance, formation et image du Congo convergent vers un même horizon d’excellence.

