James Gassongo, du chiffre aux lettres
À 59 ans, James Gassongo, comptable de formation, s’impose discrètement dans le paysage littéraire congolais. Après avoir signé son premier roman, Tuez-le-nous! Le couloir de la mort, en 2021, il revient avec Les malades en vadrouille, un recueil de nouvelles sombre et incisif.
Publié aux Éditions Le Lys Bleu à Paris, l’ouvrage rassemble huit récits courts qui se répondent. Chacun explore le malaise d’une cité imaginaire mais familière, rongée par l’injustice. L’auteur aborde des thèmes universels sans jamais céder au pathos, préférant une lucidité presque clinique.
Le livre sera disponible dans les librairies congolaises en décembre 2025, délai logistique fréquent pour les coéditions avec la France. Gassongo se dit « pressé de sentir le pouls du public local », convaincu que la spécificité congolaise nourrira la discussion autour de ses personnages.
Les malades en vadrouille : huit récits coup de poing
Qui sont ces « malades » errants ? « Ils incarnent toutes celles et ceux qui, abandonnés des structures, continuent pourtant de marcher », explique l’écrivain. Sa cité fictionnelle ne saurait être réduite à un simple portrait à charge ; elle reflète plutôt les contradictions d’un monde urbanisé en mutation.
Chaque nouvelle éclaire un angle particulier : l’attente interminable au service d’urgences, la violence larvée d’une cour commune, la fuite d’un rescapé en quête d’air. La brièveté augmente la tension, comme si l’auteur ciselait huit éclats d’un même miroir brisé.
On y rencontre des personnages sans nom, signalés par leur fonction ou leur douleur. Ce choix, assumé, généralise le propos. « Dans la rue, nous ne retenons pas toujours le prénom de ceux que nous croisons, mais leur posture raconte tout », rappelle Gassongo.
Le ton, direct, refuse la complaisance. Les descriptions s’appuient sur un vocabulaire chirurgical, presque journalistique, sans exclure l’émotion. L’humour noir surgit parfois, rappelant que la résilience congolaise sait rire pour mieux dénoncer. Cette tension narrative rend l’ensemble étonnamment addictif.
Derrière chaque page, on perçoit l’ombre d’hôpitaux débordés, de couloirs administratifs et de familles à court de solutions. Pourtant l’écriture refuse le fatalisme. Les silhouettes poursuivent leur route, rappelant que la vie, même chancelante, conserve une énergie que personne ne peut confisquer.
Une écriture pour réveiller la conscience citoyenne
Comptable le jour, romancier la nuit, Gassongo revendique une double rigueur. Les chiffres lui ont appris la précision ; la littérature, l’ambiguïté. Cette alliance confère à ses textes un rythme méthodique où le regard analytique soutient une compassion jamais larmoyante.
L’écrivain cite volontiers Sony Labou Tansi et Ahmadou Kourouma, maîtres du réalisme transpercé de poésie. Il s’en différencie toutefois par la brièveté et par une focalisation extrême sur l’état de santé collectif, sujet dont il observe les indicateurs comme un auditeur financier.
Son ambition reste avant tout citoyenne. « Écrire, c’est stimuler un questionnement, pas installer le désespoir », martèle-t-il. Les malades en vadrouille invite donc à la vigilance : notre environnement psychique dépend de choix individuels autant que d’une solidarité active au quotidien.
Distribution au Congo : enjeux et opportunités 2025
Pourquoi ce décalage de diffusion ? Les tirages initiaux sont produits en France, puis réorientés vers le réseau d’Afrique centrale une fois la demande évaluée. Cette stratégie, courant dans l’édition francophone, limite les invendus et garantit un prix final accessible.
À Brazzaville comme à Pointe-Noire, plusieurs libraires annoncent déjà des précommandes. La plateforme congolaise Leslecteurs.cg prévoit une version numérique simultanée. « L’intérêt est là, surtout du côté des étudiants en lettres », souligne Aimée Bemba, responsable du club de lecture Univers Livres.
Le ministère de la Culture, soucieux d’encourager la création nationale, a inscrit l’ouvrage sur la liste prévisionnelle des titres recommandés pour les bibliothèques municipales 2025. Ce soutien pourrait amplifier la visibilité de Gassongo et stimuler des rencontres publiques une fois l’auteur rentré.
Les responsables de l’Association des éditeurs du Congo saluent également la sensibilité sociale de l’ouvrage. Selon leur président, « tout texte capable de réveiller l’empathie mérite un accompagnement logistique ». Une tournée de dédicaces est donc étudiée pour les salons du livre de 2026.
Premières critiques et réception africaine
En France, les premières chroniques saluent une prose dense, proche du conte philosophique. Le magazine Africultures évoque « un uppercut littéraire d’une redoutable justesse ». Sur les réseaux, des lecteurs partagent des extraits marquants, signe d’une appropriation rapide du texte.
L’auteur apprécie ces retours mais garde la tête froide. « Le véritable examen aura lieu à domicile », confie-t-il. Persuadé que la fiction dialogue avec l’environnement social, il dit compter sur les clubs de lecture congolais pour prolonger la réflexion.
Certains critiques observent que l’ouvrage s’inscrit dans une tendance africaine récente : utiliser la maladie comme métaphore sociopolitique, de Nairobi à Abidjan. Les malades en vadrouille se distingue néanmoins par son découpage, qui rend chaque symptôme parfaitement visible et mémorable.
À l’heure où les voix littéraires congolaises s’exportent de plus en plus, la parution confirme une vitalité créative. Gassongo, alliant rigueur professionnelle et sensibilité artistique, démontre que l’écriture peut devenir un instrument d’hygiène collective, aussi concret qu’une ordonnance partagée.

