Brazzaville célèbre la sortie de la CERC
Le 3 octobre, le temple Lumière du Monde, dans le quartier Poto-Poto de Brazzaville, a vibré sous les chœurs et tambours d’un office d’action de grâce. La Confédération des Églises de Réveil du Congo, CERC, y vivait sa sortie officielle, saluée par responsables et fidèles.
Au cœur de cette liturgie, l’apôtre Germain Ndeke, président de la CERC, a rappelé la vocation première de l’organisation : soutenir l’État dans l’encadrement moral et spirituel des Congolais, dans une dynamique de partenariat respectueux des institutions républicaines.
« Nous voulons accompagner le gouvernement dans sa noble mission de cohésion nationale », a-t-il martelé, sous les applaudissements d’une assistance où l’on reconnaissait des représentants du ministère de l’Intérieur, des responsables politiques et plusieurs figures de la société civile chrétienne.
Un partenariat spirituel avec l’État congolais
Installée comme interface entre près de 1500 assemblées et les pouvoirs publics, la CERC entend clarifier la représentativité d’un mouvement évangélique foisonnant, souvent éclaté en micro-dénominations. L’objectif affiché reste la construction d’un dialogue cohérent avec l’administration.
Cette articulation a déjà séduit plusieurs cadres du ministère en charge des Affaires religieuses, qui y voient un moyen de fluidifier les échanges autour des questions de réglementation, de fiscalité ou de gestion des terrains à vocation cultuelle.
L’apôtre Ndeke insiste : « Notre démarche n’est pas politique, elle est citoyenne ». Selon lui, le renouveau moral auquel appelle le chef de l’État trouve un relais naturel dans les églises de réveil, héritières d’une longue tradition d’entraide communautaire.
Une réforme morale pensée de l’intérieur
La question de la réforme spirituelle, évoquée dans plusieurs interventions, fait écho aux dérives qui ont récemment entaché le paysage religieux, entre faux miracles et fortunes soudaines de pasteurs autoproclamés. La CERC promet un code d’éthique interne, appuyé sur des formations continues.
L’évêque Léandre Mouyouna, dans sa prédication centrée sur Ésaïe 60:10 et Jean 12:32, a rappelé que la bannière du Christ ne peut flotter qu’au-dessus d’institutions exemplaires. Il invite chaque assemblée à publier ses comptes et à se doter de conseils de sages.
Des ateliers itinérants sont programmés dans les douze départements pour vulgariser cette charte. Les pasteurs y aborderont transparence financière, prévention des abus et accompagnement des jeunes, avec l’appui d’experts juridiques et de psychosociologues issus de l’Université Marien-Ngouabi.
Former des acteurs clés de la transformation
Renforcer les capacités des églises passe aussi par l’accès aux technologies. La CERC veut déployer une plateforme numérique permettant la formation à distance des prédicateurs, le partage de documents doctrinaux et la diffusion en direct des grandes rencontres nationales.
Un premier test a été réalisé durant la cérémonie : grâce à une liaison satellitaire, des fidèles de Pointe-Noire et d’Owando ont suivi l’office en temps réel. L’expérience, saluée par les télécoms partenaires, préfigure l’évangélisation augmentée chère aux jeunes pasteurs.
Le volet social n’est pas oublié. Un fonds interne, alimenté par les dîmes, doit soutenir des microprojets agricoles et artisanaux dans les zones rurales. « La foi se concrétise dans l’assiette », résume la pasteure Mireille Boussouka, chargée du programme Développement et Diaconie.
Unité chrétienne et impact sociétal
Au-delà de la sphère confessionnelle, l’émergence de la CERC suscite un intérêt académique. Sociologues et politologues y voient un laboratoire de gouvernance collaborative, où l’État partage la responsabilité morale avec des acteurs non étatiques capables de mobiliser des foules chaque week-end.
Le professeur Romaric Mavoungou, de l’Institut national des sciences de gestion, souligne que « l’autodiscipline religieuse peut renforcer le civisme, si elle s’accompagne d’initiatives tangibles comme le nettoyage des quartiers ou le soutien aux écoles ». La CERC prévoit d’ailleurs des journées citoyennes trimestrielles.
En attendant, l’organisation consolide ses bases administratives. Le siège national sera inauguré prochainement dans le deuxième arrondissement de Brazzaville, avec un centre de documentation ouvert au public et un studio média destiné à produire des émissions éducatives en langues locales.
Pour l’apôtre Ndeke, la page est tournée sur les divisions observées par le passé. « Chaque église garde son identité, mais notre pays gagne quand nous parlons d’une seule voix », confie-t-il, convaincu que l’union spirituelle peut inspirer l’unité nationale prônée par les autorités.
Perspectives régionales pour la CERC
Dans la sous-région CEMAC, plusieurs unions pentecôtistes observent l’initiative congolaise. Des délégations du Gabon, du Cameroun et de la RCA ont assisté à la cérémonie, promettant de s’inspirer du modèle de coordination présenté par Brazzaville pour harmoniser leurs propres cadres juridiques.
Un protocole d’accord est en cours de rédaction afin de créer, d’ici 2025, un Conseil des Églises de Réveil d’Afrique centrale. L’objectif serait de mutualiser les ressources théologiques, partager les bonnes pratiques administratives et organiser des croisades transfrontalières orientées jeunesse.
Pour les spécialistes, cette dimension régionale pourrait renforcer l’influence diplomatique douce du Congo, en capitalisant sur un réseau religieux structuré. Elle offrirait aussi des opportunités économiques aux sociétés de transport, d’impression et de production audiovisuelle mobilisées lors des grands rassemblements évangéliques.
Dans le même élan, la CERC projette un institut régional de musique gospel à Pointe-Noire, destiné à professionnaliser les chorales et à attirer des productions internationales, preuve que spiritualité et industrie créative peuvent avancer de concert.

