Un stage stratégique avant le scrutin 2026
Dans le hall lumineux du Pefaco Hôtel, les carnets s’ouvrent, les micros s’allument : cinquante femmes journalistes de Brazzaville attaquent trois jours d’ateliers. Soutenue par l’Unesco et le ministère de la Communication, la session vise une couverture électorale plus inclusive.
Le timing n’est pas anodin. La présidentielle des 17 et 22 mars 2026 approche et les rédactions calent déjà leurs dispositifs. Renforcer l’expertise féminine, c’est, selon les organisateurs, garantir des angles moins explorés et un regard attentif aux préoccupations des citoyens.
Un parterre institutionnel notable
Thierry Moungala, ministre de la Communication, ouvre les travaux tout sourire. « Votre perspective est indispensable à la construction d’un avenir partagé », glisse-t-il, saluant la dimension humaine que les femmes apportent au traitement de l’information.
À ses côtés siègent Henri Bouka, président de la Cour suprême et de la CNEI, Médard Milandou, nouveau patron du Conseil supérieur de la liberté de communication, et Fatoumata Barry Marega, représentante de l’Unesco. Leur présence confère à la formation un poids institutionnel rare.
Compétences accrues face aux défis numériques
« Chaque téléphone peut devenir une salle de rédaction improvisée », rappelle Mme Barry Marega. Dans cette jungle de contenus, la responsabilité journalistique prend une valeur accrue. Les ateliers sur la vérification des faits et la traçabilité des sources captent immédiatement l’attention.
Les participantes s’essaient à l’analyse d’images, examinent les métadonnées, apprennent à débusquer les faux comptes. Avec humour, la reporter Eliane Ngoyi confesse qu’elle a découvert des outils dont elle ignorait l’existence : « Je rentre en rédaction avec une boîte à outils digitale neuve. »
Voix féminines pour une couverture apaisée
Le formateur Arsène Sévérin Ngouéla insiste sur l’écoute active. « Approcher une électrice dans un marché demande la même rigueur qu’interviewer un candidat », explique-t-il. Ici, on parle ton, posture corporelle, formulation de questions qui évitent la confrontation stérile.
Selon un rapport du CINU cité durant la session, seules 24 % des sources citées en période électorale sont des femmes. En misant sur les reporters féminines, le Congo espère diversifier les récits et réduire les tensions liées à la désinformation.
Sécurité, impartialité et déontologie au cœur
Gaston Ololo, de la CNEI, détaille les procédures d’accréditation, zones sensibles et horaires de dépouillement. Les échanges virent parfois au concret : comment réagir face à une foule agitée, que faire si son matériel est confisqué ?
Joachim Mbanza décortique le code d’éthique congolais, rappelant que la neutralité n’interdit pas l’empathie. Il encourage les participantes à expliciter leur méthode de travail pour gagner la confiance du public et à signaler tout conflit d’intérêts.
Un écho enthousiaste chez les participantes
À la pause, la journaliste radio Nadège Ibalambou partage son impression : « J’ai vingt ans de micro, mais je ressors avec une vision rafraîchie. Savoir poser un cadre sécurisé pour nos invités est essentiel avant de penser à l’audience. »
Pour Justine Okemba, créatrice de contenu en ligne, l’événement marque une reconnaissance : « On parle beaucoup de parité, moins de formation. Avoir les deux, c’est un signal fort pour celles qui débutent. » Le murmure d’approbation dans la salle lui donne raison.
Quel impact pour l’écosystème médiatique congolais ?
En sortant, chaque participante repart avec un guide imprimé, un groupe de discussion sécurisé et des contacts directs au sein des institutions. Autant de garde-fous destinés à fluidifier le travail le soir du scrutin et à éviter les impasses informationnelles.
Les rédactions de Brazzaville envisagent déjà des rubriques dédiées aux enjeux de genre, preuve que la dynamique dépasse la salle de formation. Si le pari de l’Unesco est tenu, 2026 pourrait voir émerger une couverture électorale plus sereine et plus diverse.

