Une première cohorte tournée vers l’action
Le campus flambant neuf d’Adistrat, niché dans le quartier Moukondo, vibrait ce 24 octobre au son des applaudissements. Trente jeunes, désormais diplômés en marketing digital, recevaient leurs attestations sous les flashes des appareils et le regard fier de leurs proches.
Créée en mars, l’école orientée numérique boucle ainsi son premier cycle complet. Six mois auront suffi pour hisser Adistrat parmi les structures qui comptent dans la galaxie congolaise de la formation tech.
Le succès de cette première vague confirme l’intuition de la directrice générale Aimée Grazelia Mianzenza : miser sur la jeunesse et la pratique pour accélérer la transition digitale du pays.
Un programme centré sur la pratique
Le cursus mêle 80 % de travaux concrets et 20 % de théorie, un ratio rare dans l’enseignement supérieur local. Les étudiants apprennent à bâtir un plan social-media, concevoir des visuels, tourner et monter une vidéo, puis analyser les chiffres pour ajuster la stratégie.
Cette pédagogie par l’action répond à un marché du travail qui valorise la compétence immédiate. « Les connaissances théoriques passent, les savoir-faire restent », insiste Mme Mianzenza, convaincue que chaque diplômé doit pouvoir créer son agence ou accompagner une PME dès la sortie.
Les participants ont aussi planché sur la rédaction de business plans simplifiés. L’exercice, mené par l’ancien étudiant Chris Willy Ibouanga devenu formateur, leur a permis de simuler le lancement d’un service de livraison ou d’un studio créatif, en évaluant coûts, marge et positionnement.
Le parrainage de Diesel Gucci, symbole d’ambition
La présence du chanteur Diesel Gucci, parrain de la promotion, a ajouté une touche show-biz à la cérémonie. Casquette noire et sourire large, l’artiste a félicité « des bâtisseurs d’opportunités » et rappelé que le digital transforme aussi l’industrie musicale.
Pour le rappeur, soutenir une école locale permet d’ancrer son succès dans l’écosystème brazzavillois. « Former n’est pas un luxe, c’est une responsabilité », a-t-il martelé avant de promettre d’accompagner certains projets étudiants via ses réseaux.
Son engagement résonne avec la volonté nationale de promouvoir les industries culturelles, secteur où les synergies entre créativité et technologie créent de nouveaux emplois.
Des intervenants inspirants
Plusieurs personnalités sont passées en classe durant le semestre, dont le rappeur franco-congolais Niska, des start-uppers locaux et des responsables marketing de chaînes télé. Tous ont partagé leurs succès mais aussi leurs écueils, histoire de rappeler que le numérique reste un terrain exigeant.
Les sessions se sont souvent terminées en ateliers pratiques. Une masterclass sur la publicité Facebook a, par exemple, conduit les étudiants à lancer une campagne réelle pour un restaurant du centre-ville, avec budget serré et reporting en direct.
Ces mises en situation, saluées par l’agence cliente, ont renforcé la confiance des apprenants et validé la pertinence d’un enseignement ancré dans les besoins locaux.
Un tremplin vers l’entrepreneuriat numérique
Sur les quarante étudiants passés par Adistrat depuis mars, une dizaine travaille déjà comme freelances en gestion de réseaux sociaux ou création de contenus. Les autres peaufinent leurs portfolios pour démarcher des PME, voire lancer leur propre marque de cosmétiques ou de vêtements.
Adistrat prévoit de suivre ses alumni grâce à un incubateur interne. Le dispositif offrira mentorat, salles équipées et accès à un petit fonds d’amorçage, conditionné à la viabilité des projets.
Pour Mme Mianzenza, la réussite passe par l’auto-emploi : « Notre rôle est d’encourager l’audace et de sécuriser les premiers pas. » Un credo qui rencontre l’attention de sociétés télécoms désireuses de recruter des créateurs de contenus.
Une certification reconnue
Les diplômes remis portent le sceau d’Adistrat et celui d’un cabinet d’audit partenaire qui a validé le référentiel de compétences. Ce double tampon rassure les parents mais aussi les recruteurs, de plus en plus sensibles aux standards de qualité.
Un comité pédagogique, composé d’universitaires et de professionnels, réalise un contrôle continu des cours pour garantir l’actualisation des modules chaque trimestre, notamment sur les algorithmes des réseaux sociaux qui évoluent sans cesse.
Cette rigueur académique devrait faciliter, à terme, la reconnaissance officielle du cursus auprès des autorités éducatives, une étape que la direction dit préparer « avec méthode, sans précipitation ».
Perspectives pour la jeunesse congolaise
L’essor d’écoles privées comme Adistrat témoigne d’un intérêt croissant pour les compétences numériques au Congo-Brazzaville. Face à un taux de connexion mobile en progression, les entreprises locales cherchent des profils capables de valoriser leurs marques en ligne.
Pour la trentaine de diplômés, la prochaine étape consiste à transformer les applaudissements en contrats. Dès les semaines qui viennent, ils entameront la prospection auprès de restaurants, associations et PME croisés durant la formation.
La direction espère étoffer l’offre avec d’autres modules liés à l’innovation, conformément à l’ambition affichée dès la création de l’école.
À Brazzaville comme à Makoua, nombre de lycéens suivent déjà les vidéos TikTok des lauréats qui partagent leurs astuces de montage ou de storytelling. Ce bouche-à-oreille digital crée un effet d’aspiration que l’école espère canaliser vers ses prochains recrutements.

