Brazzaville accueille le Women Economic Forum 2025
En ce début d’octobre 2025, le hall lumineux de l’hôtel Hilton des Tours jumelles résonne d’accolades et de poignées de main. Brazzaville accueille la 2e édition du Women Economic Forum, rendez-vous majeur du leadership féminin en Afrique centrale.
Sous le haut patronage de Madame Antoinette Sassou Nguesso, première dame de la République du Congo, l’événement se place cette année sous le signe de « l’inclusion financière », thème choisi pour répondre aux attentes pressantes des entrepreneures congolaises.
Inclusion financière au cœur des débats
À la tribune, Mme Blandine Malila, conseillère spéciale et directrice de cabinet, ouvre officiellement les travaux, rappelant que la capacité d’accéder au crédit constitue « une question de liberté, de dignité et de droit » pour chaque femme congolaise.
Le décorum institutionnel est assuré : à ses côtés siègent la représentante résidente du PNUD, Mme Adama-Dian Barry, les ministres Nicéphore Fylla de Saint-Eudes et Gislaine Ingrid Ebouka-Babakas, ainsi que des élues de la municipalité de Brazzaville.
Alliances institutionnelles et partenaires internationaux
Dans la salle, experts, banquiers, incubateurs et créatrices d’entreprises partagent témoignages et cartes de visite. Les organisatrices misent sur l’hybridation des profils pour favoriser la mise en réseau et l’accès aux solutions de financement innovantes, de la micro-assurance aux fonds de garantie.
Pour Mme Barry, l’enjeu dépasse le simple partage d’expériences. Elle rappelle qu’en Afrique, une femme sur quatre entreprend, mais que moins de 10 % des prêts bancaires leur sont destinés, un paradoxe qu’elle juge urgent de corriger avec des produits financiers sur-mesure.
L’accord de coopération entre le Forum et le PNUD mise ainsi sur le programme PROMISE, conçu pour soutenir la création de 50 000 entreprises d’ici 2030, dont la moitié pilotées par des femmes, grâce à des lignes de crédit assorties d’outils d’accompagnement digital.
Célébrer le génie féminin congolais
Au-delà des chiffres, l’ambiance célèbre l’audace féminine. « Célébrer le génie féminin, c’est reconnaître cette force créatrice, immense et résiliente », lance Mme Flavie Lombo, présidente de la Chambre Nationale des Femmes Cheffes d’Entreprises, sous les applaudissements d’un public multigénérationnel.
Dans les couloirs, des stands exposent des cosmétiques bio de la Cuvette, des applications d’agritech développées à Pointe-Noire ou encore des accessoires de mode upcyclés à Ouesso. Chacune illustre la diversité des secteurs où le leadership féminin congolais s’affirme.
Genius, catalyseur d’entrepreneuriat
L’un des piliers du Forum reste le programme Genius, lancé l’an passé pour accompagner artisanes, commerçantes et agricultrices dans cinq villes du pays. Objectif affiché : former mille femmes en incubation et deux cents en accélération, tout en facilitant leur formalisation juridique.
Genius propose des formations au marketing digital, à la gestion comptable et à l’usage des plateformes de paiement mobile, domaines identifiés comme des maillons déterminants pour accéder à des marchés plus vastes, y compris au sein de la future zone de libre-échange continentale.
Appui des collectivités et du secteur bancaire
Le maire adjoint Corine Andzembo voit dans ces initiatives « un signal fort » pour la jeunesse : « L’inclusion financière fédère les énergies d’Oyo à Dolisie ». Elle espère que la dynamique inspirera d’autres collectivités à consacrer des budgets aux incubateurs locaux.
Pour les banques congolaises présentes, le débat porte sur la perception du risque. Elles examinent la création de lignes de microcrédit garanties par l’État ou par des dispositifs multilatéraux, à l’image de ce que pratique déjà la Banque de développement des États d’Afrique centrale.
ZLECAF et ouverture continentale
Les participantes échangent aussi sur la ZLECAF. Mme Barry invite à « imaginer des femmes congolaises vendant des produits à base de manioc à Nairobi ou Cape Town ». La libre circulation des biens pourrait tripler la taille du marché accessible aux micro-entreprises dirigées par des femmes.
Si l’agenda officiel enchaîne panels et ateliers, les couloirs fourmillent de discussions plus pragmatiques : comment négocier un taux d’intérêt ou sécuriser une chaîne logistique? Ces apartés, souvent conduits en lingala ou en kituba, témoignent d’un écosystème entrepreneurial en pleine effervescence.
Feuille de route et engagements 2030
La 2e édition du WEF s’achèvera par une déclaration commune engageant les institutions publiques, les entreprises privées et les partenaires techniques à renforcer l’éducation financière dans les lycées et à multiplier les fonds de roulement destinés aux PME tenues par des femmes.
En quittant l’hôtel, beaucoup retiennent cette phrase diffusée sur les écrans géants : « L’avenir de l’Afrique sera construit par des femmes déterminées à ne pas être laissées pour compte ». À Brazzaville, cet avenir semble déjà s’esquisser, signature d’un Congo confiant dans son potentiel.
Impact économique et plan d’essaimage
Selon un rapport de la Banque mondiale présenté en marge du Forum, l’inclusion financière pourrait générer 1,2 % de croissance supplémentaire annuelle au Congo d’ici 2028, à condition d’élargir la bancarisation numérique et de réduire les écarts de genre dans l’accès aux services d’épargne.
Les organisatrices annoncent déjà une tournée post-Forum dans les départements du Niari et de la Sangha pour vulgariser les recommandations. Des caravanes mobiles réuniront banquiers, formateurs et entrepreneures locales, garantissant que l’élan né à Brazzaville irrigue l’ensemble du territoire national.
Cap sur l’édition 2026
Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour 2026, avec l’ambition d’ouvrir le Women Economic Forum à de nouvelles délégations d’Afrique australe.

