Un derby populaire sous le signe de la mémoire
Le samedi 11 novembre, le terrain sablonneux du quartier Kibina, dans le huitième arrondissement Madibou, vibrait sous les chants des supporters. Jeunesse Sportive de Kibina et Golden Boys s’y affrontaient pour honorer le cent-vingt-septième anniversaire de la disparition du résistant Bouéta Mbongo.
En plus des deux cents spectateurs massés autour des lignes blanchies à la craie, plusieurs notables locaux étaient présents, venus saluer une initiative qui mêle sport, tradition et transmission. L’odeur du poisson braisé se confondait aux youyous alors que l’arbitre donnait le coup d’envoi.
Bouéta Mbongo, héros du Pool
Né vers 1860 dans la vallée verdoyante de Kimpandzou, Bouéta Mbongo mena, avec un petit groupe d’alliés, une résistance déterminée aux exactions coloniales françaises. Les récits oraux évoquent son courage et sa connaissance du terrain, qui retardèrent l’avancée des troupes jusqu’à son exécution, le 11 novembre 1898.
Sa décapitation sur les berges de la Loufoulakari par le lieutenant Lucien Fourneau marque une page sombre de l’histoire du Pool. Pourtant, la mémoire populaire a conservé son nom, souvent transmis lors des veillées, comme symbole d’insoumission et de dignité pour les générations actuelles.
Kibina, foyer de talents footballistiques
La JSK, fondée en 1993, nourrit les rêves des adolescents du quartier, détenteur de trois titres de champion d’arrondissement. De son côté, le jeune club Golden Boys attire une génération plus connectée, active sur les réseaux sociaux, qui veut prouver que discipline et numérique peuvent s’accorder.
L’affiche était donc prometteuse. À la septième minute, Christ Miénanzambi déclenchait une frappe lointaine qui surprenait le portier adverse et faisait exploser la tribune improvisée. Dans la foulée, l’égalisation éclair de Grace Minou Louzolo rappelait que le spectacle serait total, sous le regard attentif des anciens.
Une égalisation éclatante qui a tenu le public en haleine
La reprise de volée de Louzolo heurtait la transversale avant de franchir la ligne, déclenchant quelques secondes de suspense. L’arbitre, après consultation de ses assistants, validait le but et calmait les protestations. Dans ce derby, chaque geste technique résonnait comme une offrande à l’esprit du héros célébré.
Le score n’évolua plus, mais la tension resta palpable jusqu’au coup de sifflet final. Les entraîneurs privilégiaient la possession, conscients qu’un second but pouvait sceller l’histoire. Une pluie légère tombait, ajoutant au décor crépusculaire, tandis que les remplaçants encourageaient sans relâche leurs partenaires restés sur le terrain.
Les jeunes, gardiens de l’histoire collective
À l’issue de la rencontre, deux ballons symboliques furent remis aux capitaines, preuve que l’essentiel demeurait la célébration. « Les jeunes représentent l’avenir; ils doivent maîtriser l’histoire de notre pays », soulignait Isidore Louengo, président de l’association Amis de Bouéta Mbongo, visiblement ému par l’engouement suscité.
Plusieurs élèves de Madibou, encadrés par leurs enseignants, avaient préparé des panneaux retraçant les étapes marquantes de la vie du résistant. Entre deux chants, ils lisaient des extraits, rappelant que le sport peut devenir une salle de classe à ciel ouvert, où dates et valeurs se croisent.
Le rôle des familles dans la citoyenneté
Sur le bord du terrain, Djonis Saminou, défenseur de Golden Boys, insistait: « Les parents doivent guider leurs enfants pour aider l’État contre la délinquance juvénile ». Son appel, salué par des applaudissements, résonnait avec l’objectif global de la manifestation: unir les forces vives autour d’un idéal civique.
Dans les gradins, des mères commentaient la qualité technique de leurs garçons tout en rappelant l’importance des devoirs scolaires. Les pères, eux, échangeaient sur les possibilités d’inscrire les talentueux joueurs dans des académies de la capitale, preuve que le football demeure un ascenseur social prisé.
Engagement associatif et soutien institutionnel
L’association AABM, créée en 2016, organise conférences, expositions et tournois pour faire connaître Bouéta Mbongo. Si ses membres saluent certaines collaborations avec la mairie de Madibou, ils espèrent bientôt une implication élargie d’institutions culturelles, afin de pérenniser la manifestation et d’élargir sa portée pédagogique.
Interrogé à la fin de la rencontre, un représentant de la Direction départementale des sports a reconnu l’intérêt de soutenir davantage de telles initiatives, soulignant que la jeunesse constitue une priorité nationale. Des discussions seraient en cours pour renforcer l’appui logistique lors des prochaines éditions, notamment en matière d’équipements.
Vers une mémoire sportive pérenne
Avec ce nul plein de promesses, la JSK et les Golden Boys se donnent déjà rendez-vous la saison prochaine. Les dirigeants ambitionnent d’inviter d’autres clubs, voire de créer un trophée Bouéta Mbongo. L’idée ferait écho aux tournois mémoriels qui fleurissent à travers le continent et rassemblent populations.
En regagnant leurs ruelles éclairées de lampes solaires, les enfants continuaient de scander le nom du héros. La nuit de Kibina s’achevait dans la ferveur, rappelant qu’un peuple vivant de sa mémoire avance plus sûr. Le football, simple jeu, venait d’offrir une leçon d’histoire partagée par tous.
Prochaine étape, l’AABM prépare un livret bilingue français-kituba retraçant la vie de Bouéta Mbongo. Il sera offert aux écoles de Madibou et du Pool afin d’unir lecture, sport et mémoire durable patriotique locale.

