Un parcours hors norme
Né le 22 septembre 1943 à Ntsambitso, près d’Oyo, Benoît Moundélé-Ngollo incarne une curiosité congolaise rare, à la fois général de division, basketteur, karatéka, ancien ministre des Travaux publics, maire puis préfet de Brazzaville, député et surtout, écrivain prolifique.
Cette transversalité éclectique dessine un homme essentiel pour comprendre les dynamiques de pouvoir, de sport et de culture qui traversent la République du Congo depuis l’indépendance, et qui continuent d’inspirer une jeunesse avide d’exemples pluridisciplinaires.
Du village d’Oyo aux tribunes du livre
L’itinéraire littéraire de Moundélé-Ngollo débute à la fin des années 1990, mais se nourrit bien plus tôt, dans la bibliothèque paternelle d’Oyo, de contes batéké et de classiques français feuilletés après les entraînements militaires.
En un quart de siècle, il publie plus de vingt ouvrages auprès d’éditeurs congolais, refusant les sirènes étrangères afin, dit-il, de « planter le drapeau du livre là où bat mon cœur ».
Inventer le snoprac, une signature stylistique
Le néologisme snoprac – contraction malicieuse de « style non conforme aux règles académiques » – résume la démarche de l’auteur, qui bouscule la grammaire, chamboule la ponctuation et privilégie l’oralité vive pour accrocher le lecteur.
Ce parti pris n’est pas une simple coquetterie littéraire ; il traduit la conviction que la langue doit s’adapter aux urgences sociales, en épousant le rythme de la rue de Brazzaville comme celui des réseaux diasporiques.
Thèmes universels, ancrage congolais
Paix mondiale, justice, dignité humaine, écologie, amitié entre les peuples : Moundélé-Ngollo aborde les grands défis du XXIᵉ siècle sans jamais quitter le sol rouge du Congo, qu’il convoque comme laboratoire des espoirs et des dérives planétaires.
On y croise des personnages truculents, des soldats rêveurs, des mamans tenancières de maki, des fonctionnaires tiraillés, autant de miroirs tendus à la société pour interroger la responsabilité individuelle et collective.
Des titres qui claquent comme des slogans
« Piments sucrés sous les tropiques », « Cocktail molotov bourré de vérités détonantes », « Micmacs et tripatouillages politiques en démocratie » : chaque couverture de l’auteur sonne comme une affiche de cinéma, promettant humour, provocation et pédagogie.
Ce marketing intuitif attire un lectorat élargi, y compris dans les quartiers populaires où l’on se passe ses livres comme des partitions de rumba à commenter autour d’un verre de palm wine.
Patriotisme éditorial et cercles littéraires
En confiant ses manuscrits à des maisons locales, Moundélé-Ngollo défend une chaîne du livre qui crée de l’emploi et renforce la visibilité des imprimeurs nationaux, un geste salué par de nombreux acteurs culturels.
Ses préfaciers vont de Sony Labou Tansi à Théophile Obenga ; cette constellation montre la reconnaissance d’un milieu qui voit en lui un passeur entre générations et disciplines.
Lors des salons du livre de Brazzaville ou Pointe-Noire, sa table attire étudiants, diplomates et vétérans de l’armée venus faire dédicacer un volume où ils se reconnaissent parfois en filigrane.
Pourquoi saluer son œuvre de son vivant
À 82 ans, l’écrivain conserve le verbe alerte et le regard drôle. « Rendre hommage posthume, c’est souvent s’excuser trop tard », plaisante-t-il, appelant à célébrer la création pendant qu’elle respire encore.
Plusieurs initiatives se dessinent : un prix littéraire national à son nom, une résidence d’écriture dans son village natal, et une adaptation théâtrale de ses « Sauces piquantes » par de jeunes metteurs en scène.
Perspectives pour une jeunesse lectrice
Au-delà de l’homme, l’enjeu est de réconcilier la lecture et l’action. Ses pamphlets rappellent que réfléchir n’empêche pas d’agir, qu’écrire n’est pas fuir mais prolonger le terrain.
Dans un pays où la politique du Livre se renforce, son parcours offre un modèle conjuguant discipline militaire, créativité littéraire et loyauté nationale, trois piliers d’une modernité congolaise confiante.
Plusieurs lycées intègrent déjà des extraits de ses fictions au programme, signe d’une institutionnalisation de son héritage et d’un message fort envoyé aux élèves séduits par sa verve.

