Une volonté politique ininterrompue depuis 1981
Lorsque Denis Sassou Nguesso institua en 1981 la Journée de l’arbre, nombre d’observateurs n’y virent qu’un symbole. Quarante-trois ans plus tard, la permanence de cette tradition atteste d’une ligne directrice : faire de la protection du bassin du Congo un enjeu national aussi bien qu’international. Les archivistes rappellent que la première campagne publique consacrée à la forêt datait alors de l’ère post-conférence de Rio, preuve que Brazzaville avait un temps d’avance sur la prise de conscience globale. À l’époque déjà, le chef de l’État plaidait devant l’OUA pour « un humanisme écologique africain », expression reprise depuis par plusieurs chercheurs en géopolitique (Université Marien-Ngouabi, 2023).
Cadre législatif et institutionnel : la montée en puissance
La consolidation de cet héritage s’est traduite par des révisions successives du code forestier et la création, en 2018, d’un Plan national de développement incluant un pilier climat. La ministre Arlette Soudan-Nonault, devenue figure familière des COP, souligne que « le droit environnemental congolais se conçoit désormais comme un levier de croissance, et non une contrainte ». Sur le terrain administratif, l’Agence congolaise d’application de la réglementation forestière, dotée d’outils satellitaires fournis par l’Agence française de Développement, publie des données ouvertes qui ont permis de faire baisser de moitié les alertes déforestation entre 2015 et 2023, selon Global Forest Watch.
Aires protégées : des sanctuaires pour la mégafaune et le climat
La proclamation du parc national de Ntokou-Pikounda, 4 572 km² de forêts inondées où vivent éléphants de forêt et gorilles des plaines, constitue le marqueur le plus visible de la nouvelle cartographie verte. Moins médiatisée, la réserve d’Ogooué-Lékéti, cogérée avec l’ONG Wildlife Conservation Society, illustre l’option participative : conseils de village, brigades mixtes et partage des revenus de l’écotourisme. Le biologiste camerounais David Mbega y voit « un laboratoire de coexistence entre conservation et qualité de vie rurale » (entretien, mars 2024).
Reboisement et économie verte : l’acacia comme emblème
À Bambou-Mingali, à une heure de route de la capitale, la plantation de milliers d’acacias procera illustre une approche circulaire : les légumineuses fertilisent le sol, diversifient les revenus agroforestiers et captent le carbone. La Banque postale du Congo a converti sa politique RSE en « Un agent, une action verte », mobilisant plus de 11 000 plants. Le Programme national d’afforestation et de reboisement, relancé sous la houlette de Françoise Joly, vise dix millions d’arbres d’ici 2030, dans le cadre d’un protocole REDD+ qui rémunère les communautés pour leur vigilance. D’après la Direction générale de l’économie forestière, ces projets pourraient générer jusqu’à 3 % du PIB vert d’ici cinq ans.
La diplomatie des trois bassins : une scène géopolitique élargie
En octobre 2023, Brazzaville a accueilli le sommet des trois bassins, réunissant décideurs d’Amazonie, du Congo et de la zone Bornéo-Mékong. Analysé par le think-tank sud-africain Institute for Security Studies comme « un jalon stratégique pour le Sud global », ce rendez-vous a ouvert la voie à un corridor scientifique avec le Brésil, tandis que Jakarta a proposé un échange de technologies de suivi satellitaire. Dans une déclaration conjointe, les participants ont acté le principe d’un fonds tripartite de conservation abondé, entre autres, par la Banque mondiale et le Fonds vert pour le climat.
Brazzaville, carrefour de la décennie mondiale d’afforestation
Du 2 au 5 juillet 2024, la Conférence internationale d’afforestation et de reboisement a fait de la capitale congolaise le porte-voix inaugural de la Décennie mondiale d’afforestation, initiative proposée par le président Sassou Nguesso lors de la COP27. Les discussions ont porté sur la finance carbone et la certification des crédits africains. La représentante du FEM, Lise Mueller, a salué « la cohérence d’une feuille de route qui associe diplomatie climatique et retombées locales ». Dans la foulée, un accord de 65 millions de dollars avec l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale prévoit un appui technique à la gouvernance foncière, condition jugée indispensable pour sécuriser les droits des riverains.
Perspectives : science, jeunesse et mémoire verte
À l’Université Denis-Sassou-Nguesso nouvellement inaugurée, une chaire Bassin du Congo-Changement climatique a vu le jour. Son titulaire, le climatologue ivoirien Pauline Kouassi, observe que « l’enjeu majeur consiste à convertir la jeunesse africaine en protagoniste des solutions ». Dans le même temps, la parution des ouvrages du chef de l’État sur la préservation des écosystèmes offre un support pédagogique et diplomatique : ils seront diffusés en portugais et en bahasa durant la COP30. De la Journée de l’arbre à la conduite d’une diplomatie triangulaire, Brazzaville expose ainsi une trajectoire qui conjugue constance politique et adaptation scientifique, nourrissant l’idée qu’une Afrique actrice de son destin environnemental peut aussi inspirer le reste du monde.

