Auteur/autrice : Marius Bilombo
La rumba élevée au rang de patrimoine Le 14 décembre 2021, l’UNESCO classait la rumba congolaise au patrimoine immatériel de l’humanité. Cette consécration couronne soixante-cinq ans d’indépendance musicale durant lesquels orchestres et solistes du Congo-Brazzaville ont rythmé bals populaires, révolutions esthétiques et renommée internationale. Paul Kamba, l’étincelle fondatrice Bien avant cette ferveur, Paul Kamba, surnommé « Tata Paulo », posait les premières bases de la modernité sonore. Né à Mpouya en 1912, il fonde en 1941 Victoria Brazza, brassant rythmes traditionnels et guitares hawaïennes, une audace saluée de Brazzaville à Cotonou. Son répertoire foisonnant, porté par le succès d’« Esengo…
Brazzaville s’apprête à vibrer au son de Correction Le 20 septembre prochain, l’Esplanade de la Préfecture vibrera sous la voix de Reine Makoua, artiste brazzavilloise décidée à installer son premier album Correction dans les mémoires. Entre tradition kingoli et pulsations afrobeat, la soirée promet une immersion inédite. Produit par la promotrice culturelle Perly Dambendzet, le concert se veut rassembleur : mélomanes exigeants, curieux de nouveautés et ambassadeurs de la sape y testeront en direct l’Afro-Ngoli, ce style hybride dont Reine Makoua espère faire l’étendard d’une génération. Dans une brève rencontre avec la presse, la chanteuse confie avoir conçu Correction comme « un…
Les lycées brazzavillois en ébullition musicale Au tournant des années 1970, les cours de récréation de Brazzaville bruissaient déjà d’arpèges. Collégiens et lycéens troquaient les manuels pour des guitares artisanales, motivés par les tubes qui franchissaient le fleuve et par l’envie d’inscrire leur propre nom sur la carte sonore du Congo. Cette effervescence donna naissance à une constellation d’orchestres dits « amateurs ». Ils n’avaient ni salaire ni producteur, mais disposaient d’une audience fervente : la jeunesse urbaine. Dans les lucarnes radiophoniques du dimanche, leurs démos côtoyaient les géants confirmés, installant un dialogue intergénérationnel inattendu. 14 avril 1974 : acte…
Échos d’une jeunesse brazzavilloise Dans les ruelles sablonneuses de Brazzaville des années 1950, un jeune mélomane nommé Célestin Kouka promène déjà son sourire et sa guitare, convaincu que le rythme peut réunir des quartiers entiers autour d’une sono bricolée. Celui que le public appellera bientôt Celio apprend rapidement à tresser la rumba, hérite des conseils de ses aînés du gospel paroissial, puis forge une esthétique mêlant élégance vestimentaire, suavité vocale et discipline d’orchestre qui impressionne ses proches. Naissance des orchestres légendaires En 1956, aux côtés de Franco Luambo, il participe à la fondation d’OK Jazz, laboratoire où la guitare sémi-acoustique…
Pointe-Noire s’apprête à vibrer Pointe-Noire a le goût des grandes retrouvailles culturelles, et le retour du Festival international de musique et des arts en est la preuve vivante. Du 12 au 14 septembre, le quartier 418 Makayabou deviendra l’épicentre sonore d’une ville déjà réputée pour ses nuits électriques. L’événement, porté par Médard Mbongo et son ONG Mb Production, franchit le cap symbolique de la douzième édition. L’initiative, née dans un cercle d’amis mélomanes, s’est élargie au fil des ans jusqu’à fédérer partenaires privés, collectivités locales et un public intergénérationnel acquis à la cause musicale. Cette année, les organisateurs promettent trois…
Festi Jeunesse 2024, un rendez-vous citoyen Le 23 août prochain, l’esplanade du stade Alphonse-Massamba-Débat se transformera en gigantesque forum culturel avec la troisième édition de Festi Jeunesse, placée sous le patronage de l’honorable Alban Kaky, figure engagée de la promotion des initiatives civiques portées par et pour la jeunesse. Porté par la devise Investir en toi, c’est investir dans le futur, Apprends, grandis, deviens, l’événement entend replacer les jeunes Congolais au centre du développement durable, combinant concerts, ateliers et débats pour inspirer une génération appelée à devenir force motrice d’une économie créative et inclusive. Autonomisation: priorité nationale Au Congo-Brazzaville, la…
Dans les salons du ministère Le hall feutré du cabinet ministériel vibrait, ce 7 août 2025, au rythme discret des salutations protocolaires. Au terme d’une audience brève mais dense, la ministre Marie France Hélène Lydie Pongault recevait des mains de l’ambassadrice du Venezuela, Laura Evangelia Suarès, trois tam-tams venus de l’autre rive de l’Atlantique. Le don, destiné au Musée panafricain de la musique et au FESPAM, dépasse la simple offrande d’instruments: il s’inscrit dans une dynamique de diplomatie culturelle qui, depuis plusieurs années, rapproche Brazzaville et Caracas autour du langage universel des percussions. Un geste symbolique de diplomatie culturelle Pour…
Un single comme rituel culinaire Sur la plateforme vidéo YouTube, le compteur affiche déjà plusieurs milliers de vues : « Gastronomie africaine », premier extrait du prochain album de Black Panther, installe d’emblée une atmosphère de grande table. Pendant six minutes, l’artiste met en scène le bruit d’un pilon, les crépitements de l’huile, un chœur d’enfants et des vers scandés comme l’égrènement patient d’un manioc. Le choix d’un tel métissage sonore n’est pas fortuit. « La cuisine est la première langue que l’on apprend avant même de parler », confie le poète, rappelant que la transmission culinaire précède souvent l’instruction…
FESPAM, héritage d’un panafricanisme mélodieux Lorsque l’Organisation de l’unité africaine confia à Brazzaville le soin d’accueillir, dès 1996, le Festival panafricain de musique, l’objectif était limpide : doter le continent d’une tribune artistique à la mesure de son rêve d’unité. Plus qu’un simple rendez-vous festif, le FESPAM s’érige alors en instrument diplomatique, célébrant la pluralité des esthétiques africaines tout en façonnant un récit commun. De Dakar à Lagos, les grands festivals culturels des décennies précédentes avaient déjà ouvert la voie ; Brazzaville devait, elle, en assurer la continuité sur le versant musical. Près de trente ans plus tard, ce legs…
Brazzaville met la lumière sur l’héritage féminin Sur les berges du fleuve Congo, le Palais des Congrès s’est transformé en salle de mémoire vivante durant la douzième édition du Festival panafricain de musique. Dans l’obscurité feutrée de la projection officielle, présidée par Denis Sassou Nguesso, les premières notes chaloupées de la rumba ont fait surgir les portraits de Lucie Eyenga, Mbilia Bel, Faya Tess, Barbara Kanam et Mariusca Moukengue. Toutes, pionnières ou ambassadrices contemporaines d’un genre musical désormais inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité, ont enfin obtenu une visibilité à la mesure de leur influence. Une caméra qui réécrit la…
