Un scandale né sur WhatsApp
Début août 2025, trois enregistrements vocaux ont circulé à grande vitesse sur WhatsApp entre Brazzaville, Ouesso et Owando, dévoilant une conversation tendue entre l’archevêque d’Owando, Mgr Gelasse Armel Kema, et un catéchiste proche du diocèse septentrional.
Dans ces fichiers, l’archevêque exprimait des propos jugés offensants à l’égard de son confrère, Mgr Armand Brice Ibombo, nouvel évêque de Ouesso, et visait même la communauté ethnique de ce dernier, déclenchant stupeur et indignation parmi prêtres, séminaristes et fidèles laïcs.
Le diocèse de Ouesso venait à peine de sortir d’une longue vacance épiscopale au cours de laquelle Mgr Kema avait assuré l’intérim pastoral; le contraste entre l’image publique de fraternité et le contenu privé des audios a immédiatement alimenté les discussions.
La médiation épiscopale en action
Dès la diffusion, le Conseil permanent de la Conférence épiscopale du Congo s’est réuni à Brazzaville sous la présidence de Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou pour évaluer l’impact de la crise et proposer une réponse ecclésiale concertée.
Plusieurs sources internes rapportent qu’un premier projet de communiqué, très institutionnel, a semblé trop lisse aux yeux de certains pasteurs, conscients que l’émotion populaire nécessitait une démarche plus incarnée et, surtout, la présence physique des protagonistes devant leurs communautés.
« Un message papier ne suffit pas à guérir une blessure sonore », résume le théologien laïc Jean-Baptiste Okoua, sollicité comme conseiller; c’est ainsi que fut imaginée une liturgie de réconciliation en deux temps, à Owando puis à Ouesso, placée sous l’égide de l’archevêque métropolitain de Brazzaville.
Un double geste de pardon
Le dimanche 17 août 2025, la cathédrale Christ-Roi d’Owando, pleine à craquer, a vu Mgr Kema se lever après l’homélie, se tourner vers l’autel et déclarer d’une voix émue: « Mon frère, je demande pardon pour mes paroles inacceptables ». L’assemblée est restée suspendue.
Le lendemain, le même rite s’est répété à Ouesso, mais inversé: cette fois, Mgr Ibombo a publiquement offert sa main à son confrère, rappelant que l’unité du clergé reste le premier témoignage rendu à l’Évangile dans la Sangha forestière.
Le médiateur, Mgr Manamika, insiste sur la réciprocité du processus: « Le pardon n’est pas le monopole de celui qui a fauté, mais un pont que l’autre accepte de traverser ». Ces paroles ont été reprises dans la presse catholique régionale.
Résonance auprès des fidèles
Des vidéos captées par smartphone montrent des applaudissements nourris, des larmes et même des chants improvisés en langues locales; l’émotion a franchi les murs des deux cathédrales pour se propager sur les réseaux sociaux, transformant l’événement en symbole de fraternité retrouvée.
À Ouesso, plusieurs associations de jeunes ont spontanément organisé une marche liturgique vers la paroisse Sainte-Thérèse afin de prier pour la paix dans les familles: « Si nos pasteurs se réconcilient, pourquoi pas nous? », confie Mireille Ngouabi, animatrice de chorale.
Du côté d’Owando, le diocèse a lancé une collecte de vivres pour les pensionnaires de l’orphelinat diocésain, en geste d’action de grâce; la station locale de Radio-Maria a diffusé en continu des chants de réconciliation bantoue durant toute la semaine.
Le poids symbolique du repentir
Au-delà de l’affaire, théologiens et sociologues interrogés soulignent qu’un tel acte public de repentir demeure rare en Afrique centrale, où la culture de l’honneur peut freiner les excuses; d’où la portée pédagogique des gestes posés par les deux prélats.
Le politologue Brice Okemba estime que l’Église catholique, forte de sa maillage territorial, « traduit à sa manière la politique nationale de promotion de la cohésion ». Ses paroles rejoignent celles du ministère des Affaires sociales qui salue régulièrement les initiatives de pacification communautaire.
Dans une tribune, la sociologue Marie-Claire Moutsila rappelle que le pardon public n’est efficace que s’il s’accompagne d’un travail discret de prévention des conflits internes, notamment via la formation des clercs à la communication interculturelle et aux défis numériques.
Dans les séminaires, un module sur l’éthique numérique va être intégré dès la rentrée, confie le père Jacques Nkouka, responsable national de la formation, afin d’éviter que la viralité des applications ne se transforme en boomerang pastoral.
Une Église engagée pour la cohésion nationale
Par son dénouement, l’affaire des audios souligne la capacité de l’Église congolaise à s’autoréguler et à maintenir un climat de sérénité dans un contexte national où paix et développement sont encouragés par les pouvoirs publics.
Cette posture, saluée par les croyants comme par les autorités locales, rappelle que le dialogue interpersonnel reste un outil privilégié pour préserver l’unité, qu’il s’agisse du clergé, de la classe politique ou de la société civile en général.
Plusieurs observateurs notent que cette crise, résolue sans ingérence extérieure, renforce la crédibilité des institutions locales et s’inscrit dans l’élan global vers la responsabilisation des acteurs sociaux au Congo-Brazzaville.
En conclusion implicite, la leçon la plus souvent citée par les fidèles se résume à la devise d’un vieux chant en lingala: « Motema malamu, mboka ezalaka », un cœur bon fait vivre la cité; un refrain qui, depuis Owando, résonne désormais jusqu’aux berges de la Sangha.

