Un atelier stratégique pour structurer l’élan créatif
Dans la salle du conseil départemental de Loango, le 1ᵉʳ août a fait date pour l’artisanat du Kouilou. À l’invitation de la délégation consulaire départementale, plus d’une centaine de créateurs venus de Diosso, Matombi, Mvouti et Madingo Kayes ont confronté leurs expériences aux analyses d’experts. Cette rencontre, première pierre d’un programme lancé en janvier, entend répondre au double défi de la professionnalisation et de la compétitivité des métiers d’art, domaines que le gouvernement inscrit parmi les leviers essentiels de la diversification économique.
Représentant le préfet, Célestin Louembe a rappelé que « la valorisation des savoir-faire artisanaux complète utilement les grands projets nationaux ». Le propos a trouvé écho chez Edgar Hardy, président de la DCDK, qui voit dans cet atelier « un laboratoire de solutions où artisans, autorités et partenaires étrangers construisent ensemble une filière créatrice d’emplois durables ».
Formation et cadre légal : clarifier les statuts artisans
Le premier panel a levé les zones d’ombre qui freinent l’essor de la profession. Martin Patrick Anfoula, greffier chef du tribunal de commerce de Pointe-Noire, a détaillé la procédure d’immatriculation et les avantages conférés par un statut juridique reconnu. Dandy Moukouaga, directeur départemental de l’Artisanat, a quant à lui insisté sur la nécessité d’un dialogue continu entre administration et acteurs de terrain afin de garantir la lisibilité des textes en vigueur.
Cette pédagogie juridique trouve un écho particulier auprès d’un public encore trop souvent dépourvu de références normatives. L’accès à l’information, sanctuarisé par la DCDK, doit permettre aux jeunes créateurs de passer du savoir empirique à l’entreprise formelle, condition sine qua non pour prétendre aux dispositifs d’appui étatiques et internationaux.
Financements : Figa, Fonea et partenaires au rendez-vous
La question cruciale de l’investissement a occupé le second panel. Mary Serge Maurille Ngamou, responsable du Fonea, a expliqué que le fonds cible prioritairement les initiatives à fort impact local, alliant tradition et innovation. Benoît Mangala, de la Chambre consulaire de Pointe-Noire, a détaillé les garanties offertes par le Figa, levier financier qui rassure les banques et ouvre l’accès au crédit à des taux préférentiels.
Luca Fazio, consul de Malte, a pour sa part esquissé une dimension internationale, annonçant une foire méditerranéenne ouverte aux exposants congolais. Les artisans ont mesuré l’importance de maîtriser leurs plans d’affaires pour saisir ces opportunités. En filigrane, se dessine l’ambition d’intégrer les circuits mondiaux tout en préservant l’authenticité des productions.
Perspectives régionales pour une filière d’avenir
Au-delà des échanges théoriques, l’atelier s’est conclu par une exposition où bijoux, tenues en raphia et produits agro-alimentaires ont côtoyé les percussions du groupe traditionnel Lio tu kane. Ce moment convivial a matérialisé la synergie public-privé que la DCDK souhaite pérenniser dans les six districts du département.
L’itinérance annoncée de ce dispositif de formation confirme l’engagement des autorités à diffuser les bonnes pratiques, à renforcer l’autonomisation des communautés féminines et à inscrire les talents locaux dans la cartographie économique nationale. À l’heure où le Congo-Brazzaville multiplie les initiatives pour élargir sa base productive, le Kouilou démontre que l’artisanat, loin d’être un secteur marginal, peut devenir un laboratoire d’innovation sociale et un vecteur de rayonnement culturel.

