La genèse d’un projet itinérant
Au cœur d’une matinée humide de juillet à Brazzaville, un long conteneur blanc flanqué du logo tricolore du Fonds national d’appui à l’employabilité et l’apprentissage a pris la lumière sous le regard attentif du ministre Hugues Ngouelondelé. Derrière cette carrosserie de quatorze mètres dort une ambition gouvernementale mûrie avec méthode : déplacer le centre de formation vers l’apprenant plutôt que l’inverse. Le Fonea, bras financier de l’État en matière de qualifications, répond ainsi à un diagnostic partagé par nombre d’observateurs du marché du travail congolais : la concentration des dispositifs d’apprentissage dans les seuls pôles urbains freine la mobilité sociale de milliers de jeunes établis dans les districts périphériques.
L’accord tripartite conclu avec le CEFA des métiers de l’électricité et le projet Mosala signe l’acte de naissance d’une unité mobile pensée comme un laboratoire roulant. Patrick Robert Ntsibat, directeur général du Fonea, n’a pas dissimulé sa satisfaction : « Nous changeons d’échelle en rendant l’apprentissage nomade, au plus près des réalités territoriales ». La phrase résume à elle seule la philosophie d’une institution qui, depuis sa création en 2019, joue la carte d’un développement équilibré.
Une salle de cours high-tech sur 14 mètres
Le dispositif se présente sous des allures de conteneur maritime prolongé, monté sur remorque, extensible à l’horizontale. Dans ses flancs coulisse un espace climatisé capable d’accueillir vingt-trois apprenants autour de tables modulaires et d’un tableau interactif. Les extincteurs, l’éclairage LED basse consommation et le groupe électrogène de 65 kVA soulignent la volonté de fonctionner en autonomie, même dans les zones enclavées. Le sol, recouvert d’un revêtement époxy antidérapant, témoigne d’une réflexion poussée sur la sécurité, tandis qu’une plate-forme élévatrice garantit la prise en charge des personnes à mobilité réduite. En somme, un condensé de centre de formation, certifié aux normes, mais capable de franchir pistes et bief sans renoncer au confort pédagogique.
Former partout, réduire les inégalités
L’arrivée de cette salle de classe sur roues répond à un impératif d’équité territoriale. Les statistiques du ministère révèlent qu’à peine un tiers des jeunes vivant hors des capitales départementales a accès à une formation qualifiante régulière. En arpentant successivement Ouesso, Djambala ou Madingou, l’unité mobile rend tangible l’égalité des chances, concept souvent invoqué mais encore difficile à matérialiser. « C’est la première fois qu’un équipement de cette nature atteint notre district », confiait, enthousiaste, Angélique Kouloungou, conseillère municipale de Sibiti. Au-delà du symbole, l’enjeu est de créer de véritables passerelles professionnelles dans les métiers de l’électricité, secteur identifié par l’Agence congolaise pour l’électrification et l’énergie renouvelable comme l’un des plus porteurs des dix prochaines années.
Aligner l’offre aux besoins du marché
Les modules proposés – électricité résidentielle et tertiaire, systèmes photovoltaïques classiques, démarrage et contrôle des moteurs, sécurité anti-incendie et anti-intrusion connectée – traduisent le souci d’adéquation entre apprentissage et demande réelle des entreprises. Dans un contexte où les chantiers d’électrification rurale se multiplient, les compétences en installation solaire deviennent un sésame pour l’employabilité locale. Les formateurs, issus du CEFA, dispensent un programme mêlant théorie, travaux pratiques et certification continue, une approche jugée indispensable par l’Organisation internationale du Travail pour maintenir la compétitivité des jeunes africains sur un marché régional en évolution rapide.
Cap vers la duplication nationale
Présenté comme un projet pilote, le véhicule devrait être le premier maillon d’une flotte. Le Fonea évoque déjà la mise en chantier de deux nouvelles unités, l’une axée sur la mécanique automobile, l’autre sur la maintenance des réseaux numériques. Financements publics, partenariats privés et coopération internationale composent la matrice budgétaire envisagée. L’institution table sur un rythme de rotation de six semaines par localité afin de former, en année pleine, près de 2 000 apprenants. À moyen terme, l’objectif consistera à faire émerger des techniciens capables non seulement d’intégrer les entreprises nationales, mais également de répondre aux appels d’offres transfrontaliers impulsés par la Zone de libre-échange continentale.
Au-delà des chiffres, cette innovation pédagogique participe d’une diplomatie intérieure qui valorise mobilité, inclusion et excellence. Elle illustre de façon concrète la volonté affichée par les autorités de soutenir une jeunesse connectée aux défis énergétiques contemporains. Sur la route rouge qui reliera demain Impfondo à Pointe-Noire, le conteneur blanc du Fonea pourrait bien devenir la silhouette familière d’un Congo qui choisit d’emmener la connaissance là où elle n’attendait pas de passer.

