Le parcours remarqué d’une pionnière
À trente ans, la réalisatrice congolaise Armel Luyzo Mboumba vient d’inscrire son nom sur la carte du cinéma panafricain en décrochant le Parcours panafricain des producteurs, master exécutif imaginé par l’OIF, Canal+ University et l’ESAV Marrakech. Un jalon salué dans les cercles audiovisuels brazzavillois.
Le diplôme couronne neuf mois d’études hybrides, alternant séminaires intensifs au Maroc et modules en ligne, tout en imposant un rythme quasi professionnel. « Ce programme a été un moment de recentrage et de transformation », confie la productrice, encore portée par l’énergie des derniers pitchs.
Un diplôme panafricain stratégique
Conçu pour outiller une nouvelle génération de producteurs africains, le master balaie chaque étape de la chaîne de valeur, du développement d’un scénario à la stratégie de distribution. Les intervenants calibrent leurs modules sur les réalités budgétaires du continent tout en intégrant les standards internationaux.
Cette dimension comparative a particulièrement marqué Armel, qui dit avoir appris à défendre un budget en euros comme en francs CFA, à négocier les droits voisins et à monter des plans de financement mixtes associant fonds publics, coproducteurs privés et guichets régionaux.
Une immersion de neuf mois au Maroc
Installés dans les studios de l’ESAV, les dix lauréats vivaient au rythme des rushes, des masterclasses et des analyses de cas. Chaque semaine apportait son lot d’exercices, qu’il s’agisse de simuler un entretien avec un vendeur international ou de recalibrer un calendrier de tournage.
Pour la photographe de formation, le dépaysement fut double: géographique et professionnel. « Passer de mes plateaux artisanaux à un environnement académique structuré a élargi mes horizons », souligne-t-elle. Les soirées se prolongeaient souvent en débats sur la place du cinéma africain dans l’économie mondiale.
Des compétences consolidées
Au fil des modules, Armel a affûté sa lecture juridique. Elle maîtrise désormais les contrats de coproduction, la segmentation des cessions de droits et la chronologie des médias, autant de points cruciaux pour sécuriser un projet face aux investisseurs et garantir un retour sur recettes.
Le volet créatif n’a pas été sacrifié. Storytelling visuel, direction d’acteur, relation producteur-réalisateur: autant de thématiques explorées en ateliers pratiques. « Cette alternance technique-artistique m’a permis de consolider ma posture de productrice-auteure », observe-t-elle, se disant prête à accompagner des talents émergents de Brazzaville.
Un réseau continental
Au-delà des savoirs, le PPP joue sur l’effet promo. Les dix diplômés, venus de huit pays, ont constitué un véritable think tank informel, échangeant documents juridiques, conseils de casting et contacts de fonds. « Nous avons décidé de rester connectés pour coproduire de manière circulaire », annonce Armel.
Cette solidarité se prolonge déjà sur les marchés. À Dakar, durant les Journées cinématographiques de la Francophonie, la jeune productrice a partagé un stand avec ses camarades ivoiriens et béninois, mutualisant frais de communication et temps de présentation pour séduire les mêmes distributeurs européens.
La dimension genre et responsabilité
Première femme congolaise diplômée du programme, Armel mesure la portée symbolique de sa réussite. « Je ne peux pas être la seule à ce niveau », dit-elle. Dès ce trimestre, elle animera des ateliers pour étudiantes en audiovisuel, afin de leur transmettre les outils qui encore manquent.
Le mentorat s’accompagnera d’une politique d’ouverture à La Forge Production. Stagiaires issues des écoles de Massengo et Mouyondzi y découvriront les rouages du set, de la mise en scène à la post-production. L’objectif est clair: multiplier les passerelles et créer une relève mixte et qualifiée.
Des ambitions pour le cinéma congolais
Revenir au pays signifie pour elle structurer durablement sa société. Dans ses cartons, deux longs métrages portés par des scénaristes de Pointe-Noire, un documentaire musical sur la rumba et une série jeunesse animée en techniques hybrides. Tous viseront les plateformes et les festivals de premier plan.
Le positionnement est clair: produire depuis Brazzaville mais penser le marché continental et diasporique. La démarche rejoint les orientations de la Stratégie nationale de la culture, qui encourage cofinancements privés et coproductions régionales pour accroître la visibilité des œuvres congolaises sur les écrans mondiaux.
Dialogue avec les institutions culturelles
Armel souhaite bâtir un pont durable avec les autorités. Elle prépare un mémorandum proposant incitations fiscales, guichet unique pour les tournages et renforcement des archives audiovisuelles. « Les créateurs et l’État ont un intérêt commun: positionner le Congo comme hub de production stable et attractif », estime-t-elle.
Appuyée par son nouveau réseau, la productrice prévoit également de faire circuler ses futurs films dans les collèges et centres culturels du pays, en partenariat avec le ministère concerné. Un moyen, dit-elle, « de cultiver un public exigeant et fier de voir des histoires lui ressembler ».
À court terme, l’objectif est de finaliser le développement de son premier long métrage de fiction, prévu pour 2025. Le scénario, inspiré d’un fait divers brazzavillois, sera présenté au Fespaco l’an prochain. « Nous viserons ensuite une sortie parallèle en salles et sur plateformes », assure-t-elle.

