Une figure pionnière de la vidéo congolaise
Né en 1971 dans le district vallonné de Djambala, Anicet Rodrigue Mongala appartient à la première génération de techniciens qui ont fait passer l’image télévisuelle privée au Congo-Brazzaville de l’artisanat à la diffusion nationale.
Ses débuts remontent aux années 1990, période bouillonnante où les caméras portables arrivaient tout juste dans les rédactions et ouvraient une fenêtre neuve sur la vie culturelle de Brazzaville.
Des plateaux de Djambala aux studios de DRTV
Après un passage formateur à Télé-Congo, Mongala rejoint en 2002 la chaîne privée Digital Radio Télévision, plus connue sous l’acronyme DRTV, voulue comme un laboratoire d’innovations par son fondateur, le général Norbert Dabira.
Le jeune cadreur y gagne vite une réputation d’athlète de l’image, capable de porter de lourdes optiques sur l’épaule tout en gardant un cadrage stable, même lors des concerts secoués par la rumba ou des meetings en plein soleil.
La rigueur derrière le surnom « Trépied »
Dans les couloirs de la rédaction, ses pairs le baptisent « Trépied » parce que ses plans fixes semblaient vissés au sol, traduisant une rigueur héritée de longues séances d’entraînement où il chronométrait la respiration avant d’appuyer sur le déclencheur.
C’est cette même précision qui lui vaut la confiance de la direction de DRTV pour filmer les grands rendez-vous officiels, des inaugurations d’infrastructures au point presse présidentiel, et offrir aux téléspectateurs un regard clair, sans effets inutiles.
Compagnon discret des temps présidentiels
L’histoire retiendra que Mongala a souvent été la première silhouette que l’on aperçoit derrière l’objectif lors des visites de Denis Sassou Nguesso dans les quartiers modernisés ou lors des sommets sous-régionaux tenus à Brazzaville.
Sans jamais s’imposer, il trouvait l’angle qui devait rendre l’allocution lisible pour un public aux attentes diverses, mêlant la rigueur du reportage à une conscience aiguë du rôle pédagogique de la télévision publique et privée.
Une longue maladie mise entre parenthèses
À partir de mi-2022, la santé du cadreur s’érode silencieusement ; un diagnostic lourd l’éloigne des plateaux et le cloue à domicile, où il continue pourtant de débriefer ses jeunes collègues par téléphone afin de rester connecté au rythme de la régie.
Le 2 septembre 2023, la nouvelle de son décès à l’hôpital de Brazzaville se propage comme une onde de choc dans les groupes WhatsApp des reporters, rappelant aux professionnels la fragilité d’un métier souvent pratiqué dans l’urgence.
Installée à ses côtés jusqu’au dernier souffle, sa fille Anicette, étudiante en droit, confie que son père « souhaitait filmer un jour l’essor des industries créatives congolaises pour montrer au monde l’imagination qui bouillonne ici ».
Réactions et hommages du monde médiatique
À DRTV, un studio a immédiatement été rebaptisé Salle Mongala, preuve tangible de l’empreinte qu’il laisse sur la chaîne fondée sur la complémentarité entre radio et télévision.
L’Union nationale des journalistes du Congo salue un « technicien exemplaire et humble », rappelant qu’il avait pris part à des ateliers visant à améliorer la retransmission des Journées du patrimoine culturel.
De jeunes réalisateurs, comme Prisca Mavoungou, soulignent que ses conseils sur le choix des focales et le mixage de la lumière naturelle demeurent une référence pédagogique, bien au-delà du cercle strict de la télévision.
Un legs en mouvement pour la jeune génération
Paradoxalement, la disparition du cadreur rappelle la nécessité de documenter le travail des artisans de l’ombre ; un collectif d’étudiants de l’Institut supérieur des arts et métiers annonce déjà un court métrage hommage tourné avec la caméra épaule qu’il préférait.
Plusieurs influenceurs culturels invitent aussi les autorités à penser un prix spécial Anicet Mongala lors du Festival panafricain du cinéma de Brazzaville, afin de stimuler les vocations dans un contexte où la demande de contenus vidéo explose.
En attendant, les rushes qu’il a captés dorment dans les archives de la chaîne, prêtes à refaire surface lors d’un best-of ou d’un documentaire historique, rappelant que la caméra, même posée, continue de dialoguer avec l’avenir.
Anicet Mongala n’aura jamais cherché les projecteurs ; pourtant, sa façon de raconter un pays par un simple mouvement de zoom reste inscrite dans la mémoire collective, preuve qu’une image stable peut, à sa manière, faire bouger tout un continent.
L’évolution technique vue à travers son parcours
Quand la télévision congolaise est passée au format haute définition en 2015, Mongala a suivi une formation express à Paris avant de revenir partager, dans un français imagé, les nouvelles grammaires de la profondeur de champ avec ses collègues plus jeunes.
Il répétait alors que « la technologie n’est qu’un stylo, c’est l’œil qui raconte l’histoire », une formule qui résonne encore aujourd’hui dans les masterclasses virtuelles organisées par l’Association congolaise des métiers de l’audiovisuel.
Sa démarche inspirait également les reporters de provinces ; lors d’une mission à Ouesso en 2018, il avait improvisé une formation de rue pour montrer comment stabiliser un smartphone avec une simple écharpe, anticipant le tournant mobile-journalisme qui s’impose aujourd’hui.
À Djambala, un atelier photo prévu en décembre portera son nom, signe que l’histoire du cadreur se poursuit hors écran.

